L’UE met fin à l’accord de coopération policière avec Israël

Le chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Josep Borrell, à droite avec le ministre israélien du renseignement, Elazar Stern, avant la réunion du Conseil d'association UE-Israël au bâtiment du Conseil de l'UE à Bruxelles, le lundi 3 octobre 2022. (AP Photo/Virginia Mayo )
Le chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Josep Borrell, à droite avec le ministre israélien du renseignement, Elazar Stern, avant la réunion du Conseil d'association UE-Israël au bâtiment du Conseil de l'UE à Bruxelles, le lundi 3 octobre 2022. (AP Photo/Virginia Mayo )

Le 15 septembre 2022, était signé entre Josep Borrell, haut représentant de l’Union et Elazar Stern, ministre israélien du renseignement, un accord permettant aux polices israélienne et européenne de partager des informations en temps réel en particulier des renseignements en matière de criminalité et de terrorisme.

Cet accord, considéré comme une nouvelle étape importante dans la collaboration israélo-européenne, avait été saluée par Omer Bar Lev, le ministre israélien de la Sécurité publique : «La criminalité et le terrorisme ont atteint un niveau sans précédent à l’échelle mondiale, il était important de finaliser ces négociations interminables, pour renforcer la coopération entre les agences».

Jérusalem et Bruxelles avaient également signé une collaboration qui concerne exclusivement les territoires israéliens dits souverains, excluant de facto les implantations israéliennes de Cisjordanie. Mais, une première conséquence à la suite de la constitution du nouveau gouvernement israélien incluant l’extrême-droite, s’est ouvertement exprimée.

Il s’agit de la première mesure de rétorsion prise par l’Union européenne qui n’a pas perdu de temps et qui a décidé de geler sa coopération avec la police israélienne, en raison des «craintes» suscitées par la politique du prochain gouvernement. Selon le quotidien Haaretz, «l’UE a informé l’ambassadeur d’Israël, Haïm Regev, qu’elle allait, pour l’instant, cesser de faire avancer le projet d’accord de coopération en matière de renseignement entre la police israélienne et l’Agence européenne de police (Europol)». Cette décision est la première indication européenne que le changement de politique israélienne prévu en Cisjordanie va nuire à la coopération avec l’Union européenne. Aussi, il y aurait «une pression en Europe pour réduire la tolérance envers Israël maintenant que le gouvernement a changé».

Le chef du département des coopérations policières de l’Union, Rob Rosenberg, a déclaré que l’accord final «pourrait inclure des exceptions mineures» aux dispositions relatives à la coopération avec Israël en Cisjordanie, qui ne seraient limitées qu’à «des situations de menaces matérielles et à la nécessité de protéger la population civile».

S’appuyant sur le droit international, l’Union européenne considère la Cisjordanie comme un «territoire occupé», et appelle Israël à mettre fin à la «colonisation dans ce territoire palestinien». L’UE veut inclure une clause empêchant Israël d’utiliser toute information reçue de l’Europe dans les territoires.

Selon Haaretz, au cours des dernières années, les informations transmises par Israël ont contribué à déjouer une série d’attaques terroristes sur le sol européen, tandis que les informations transmises par les Européens ont aidé à «combattre le crime organisé en Israël».

Les Européens s’inquiètent au niveau régional et international que des personnalités d’extrême-droite, nommées conformément aux accords de coalition à des postes sensibles en matière de sécurité, se sont vu accorder de larges pouvoirs sur les forces de sécurité israéliennes en Cisjordanie. Ils font pression pour que l’Europe soit moins indulgente envers Israël maintenant qu’il y a un changement de gouvernement.

Un autre point de friction était la coopération entre les deux parties dans les territoires selon un rapport allemand qui précise qu’en tant que «force d’occupation, Israël a des devoirs de sécurité dans les territoires sous son contrôle». Par ailleurs, selon Grace O’Sullivan, membre du Parti vert irlandais au Parlement européen : «En règle générale, l’UE ne devrait pas conclure d’accords avec des démocraties illibérales, en particulier dans les domaines de la sécurité. Nous avons retenu le financement de la Hongrie en raison de son approche illibérale, et nous avons sanctionné la Russie pour occupation. Nous ne devrions pas obliger Israël à respecter d’autres normes que celles que nous avons fixées pour les autres».

L’UE s’inquiète que la police des frontières, unité militaire composée de 2.000 soldats, ne soit plus sous l’autorité du commandement central de l’armée israélienne mais sous celui de Ben Gvir.

O’Sullivan estime que «tous les démocrates en Europe sont très préoccupés par le gouvernement entrant en Israël et son programme anti-LGBT, anti-femme et anti-palestinien. Un gouvernement d’extrême droite est mauvais pour les gens ordinaires en Israël et en Palestine».

Il est à craindre que ce genre de problème ne surgisse systématiquement comme du temps où Avigdor Lieberman était un ministre des Affaires étrangères persona non grata dans les chancelleries européennes. Il faut donc s’attendre à de sérieuses difficultés avec l’Europe.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
Comments