Lucie Randoin rejoint la tour Eiffel

Illustration : la tour Eiffel. (Crédit : Pixabay/rm76ster)
Illustration : la tour Eiffel. (Crédit : Pixabay/rm76ster)

Première femme biologiste à l’Académie de médecine, Lucie Randoin a développé les sciences de la nutrition et joué un rôle majeur dans le développement d’aliments composés vitaminés ou complémentés dans la France d’après-guerre.

La maire de Paris a annoncé officiellement l’inscription de Lucie Randoin au projet de « Panthéon scientifique » féminin visant à équilibrer la fresque souhaitée par Gustave Eiffel. Elle fera partie des 72 noms de femmes scientifiques dont la liste vient d’être dévoilée officiellement.

Cette contribution mémorielle entend aussi rappeler que Lucie Randoin avait hébergé pendant l’Occupation une traductrice bibliographe d’origine russe, naturalisée française et de confession juive.

Pendant la guerre de 1914-1918, Lucie Randoin a assuré, à titre bénévole, la direction des « Travaux pratiques au Laboratoire de Physiologie » de la Sorbonne, en l’absence du chef de travaux et des préparateurs, tous mobilisés d’octobre 1914 à janvier 1918.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a conservé des sérums et vaccins de l’Institut Pasteur dans les sous sols de l’Institut d’Hygiène militaire de 1943 à 1944, à destination de la Résistance.

Dans un courrier adressé au directeur du CNRS en octobre 1944, elle fait également mention d’autres faits de résistance au sein de son service durant l’occupation allemande.En effet, le « Laboratoire de Physiologie de la Nutrition » qu’elle dirigeait a hébergé temporairement un prisonnier évadé qui fit partie des Forces françaises de l’intérieur, un membre du Comité directeur de l’OCM, une traductrice bibliographe d’origine russe, naturalisée française et de confession juive, ainsi que quelques jeunes hommes affiliés au laboratoire et réfractaires au service du travail obligatoire.

De même, Lucie Randoin n’a cessé de faire, plus ou moins clandestinement, des conférences sur l’alimentation, en zone libre et zone occupée. Directrice de l’Institut scientifique d’hygiène alimentaire (ISHA), rue de l’Estrapade, Lucie Randoin résidait au numéro 16 de cette rue au cœur du Quartier latin.

Juste avant et juste après-guerre, la nutrition fut englobée dans une problématique alimentaire globale et mondiale, et posée en particulier lors de l’importante conférence de Hot Springs organisée en 1943 à l’initiative de Roosevelt, comme une question cruciale pour le bien-être de l’humanité et une condition de la paix dans le monde.

Lucie Randoin avait compris que les sciences de la nutrition pouvaient offrir un brassage détonnant de traditions terriennes séculaires mais aussi ouvrir les voiles d’un monde maritime en mouvement.

En date du 28 mai 1940, Lucie Randoin avait rejoint la Station biologique de Roscoff (laboratoire en biologie marine et océanographique de la Sorbonne). Ses publications furent très largement partagées auprès d’innovateurs dans les sciences de la nutrition et mises en pratique via des relations épistolaires avec Théophile Lognoné (1895-1974), fondateur des industries Probiomer.

à propos de l'auteur
Originaire de la cité corsaire de Saint-Malo sur la côte d’Émeraude, Kevin Lognoné est un analyste en capacités partenariales, managériales et d'innovation. Français du sixième département breton (diaspora), il a réalisé plusieurs tours du monde et publie régulièrement des carnets de voyages qui participent au renouvellement du champ des « borders studies ».
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