L’Islam en France

Domaine public
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Le 7 juillet 2020 la commission d’enquête du Sénat sur l’Islam a publié son rapport.

Cette commission avait été créée le 14 novembre 2019 à l’initiative du groupe le Républicains qui est le premier groupe au Sénat. Le but de cette commission était d’apporter des propositions sur les actions à mener par les autorités publiques pour combattre le  développement de la radicalisation islamiste en France.

La commission d’enquête a d’abord voulu faire connaître la progression « inquiétante » de la radicalisation qui mène à un développement violent d’une partie de la communauté islamique contre l’autorité et les valeurs de la République et tenter d’en connaître les raisons.

La radicalisation a entraîné l’apparition d’un séparatisme islamique dans les territoires de la République. La commission a aussi constaté que l’action des services de renseignements n’est pas bien exploitée et que les acteurs locaux sont inégalement conscients de ce phénomène.

Un premier objectif a été atteint par la commission puisque le nouveau Premier ministre Jean Castex a repris à son compte dans sa déclaration de politique générale du 15 juillet 2020, les termes de séparatismes communautaires qu’il faut éradiquer car ils mettent en danger l’unité de la République ; ainsi le nouveau Premier ministre a mis fin au flou artistique dans lequel la conception présidentielle évoluait dans ce domaine.

Quelques jours avant la publication de ce rapport la contestation des lois aurait été illustrée par les meurtres d’une jeune gendarme et d’un conducteur d’autobus battu à mort par quatre individus. Diverses sources indiquent que les auteurs seraient d’origine musulmane mais le manque d’informations officielles laisse libre cours aux interprétations des réseaux sociaux.

La commission sénatoriale a entendu 67 personnes des milieux associatif,  journalistique et de la recherche et aussi des acteurs institutionnels et des responsables politiques. Au-delà des convictions et des expériences de chacun, la réalité de la radicalisation islamiste s’est imposée par la multiplication des témoignages de terrain.

Selon la commission, il s’agit d’un phénomène mondial et cette vague de réislamisation sociale et culturelle du monde musulman est encouragée par des gouvernements étrangers. Cette évolution rejoindrait ainsi les  projets de confréries religieuses qui visent  à la transformation des mentalités par l’action en profondeur dans les sociétés. Les acteurs radicaux capitaliseraient sur le ressentiment envers l’Occident, « en présentant la promotion de la Charia » comme la défense d’une authenticité culturelle face à l’occidentalisation.

Ce phénomène touche particulièrement la France du fait de « son histoire et de ses valeurs ».  La commission rappelle à cet égard que la France est une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » dont le principe cardinal est que la citoyenneté prime sur toute autre appartenance, notamment religieuse.

Rien en France ne peut donc justifier que certains individus se définissent d’abord ou uniquement comme croyants. La commission entend se concentrer sur les comportements qui remettent en cause « le vivre ensemble et portent atteinte à la liberté de conscience ».

La commission constate l’essor d’une nouvelle orthopraxie parmi certains musulmans et en particulier chez les jeunes en ce qui concerne le culte, les restrictions alimentaires, les prescriptions vestimentaires et d’apparence.

De plus ce phénomène s’accompagne pour certains d’une volonté d’affirmation en public de leur croyance dans l’entreprise, l’école, les institutions et les services publics et qui entrent en conflit avec les lois de la République. Un sondage de l’IFOP auprès de musulmans en France publié en septembre 2019 montre que 27 % des personnes interrogées pensent que la Charia devrait s’imposer sur les lois de la République. En 2016, l’Institut Montaigne (think tank sur les politiques publiques en France et en Europe) considérait que 28 % des musulmans de France ont adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République.

Le rapport de la commission indique que « l’islamisme est au-delà d’une religion, une idéologie politique imposant l’islam comme norme politique, économique et sociale, et que les islamistes sont ceux qui la propagent ». Les islamistes peuvent faire partie de groupes liés à des mouvements connus comme les Frères musulmans et les salafistes ou d’autres avec des allégeances plus floues. Ces groupes poussent à la confrontation avec l’État français et les valeurs républicaines. La commission ajoute que « l’islam radical est polymorphe et s’insinue dans tous les aspects de la vie sociale » en se  prévalant de la liberté individuelle.

Au-delà des mesures policières la commission suggère une réponse politique prenant en compte le fait que « la France n’est pas un assemblage de minorités mais une nation unie ». La commission  salue l’évolution du Président de la République qui marquerait  sa  rupture avec ses critiques sur « une laïcité revancharde ».

Parmi les auditions de spécialistes nous voudrions faire une place particulière aux explications éclairées du Professeur Youssef  Chiheb, professeur associé à l’université de Paris-13 et Directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement. Nous mentionnons ci-dessous certains extraits significatifs de sa déclaration sous serment du 3 décembre 2019:

Il précise qu’il existe des cours d’arabisation qui sont, avec les évènements culturels organisés par des consulats de pays étrangers, un cheval de Troie pour l’islamisation des enfants et des mineurs afin de freiner leur intégration et assimilation dans la société française.

Il mentionne aussi le rôle ambigu du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) qui serait « un condensé d’orthodoxes et de religieux » et qui n’aurait jamais été clair sur sa position à l’égard des valeurs cardinales de la République. Selon lui plus de 60 % des musulmans de France sont laïcs et ne sont pas représentés au CFCM. Les musulmans qui adhèreraient aux valeurs de la République seraient menacés par les radicaux et dans les pays qui favorisent le radicalisme.

Il regrette la multiplication en toute impunité de sites islamiques sur internet qui verseraient dans l’apologie du terrorisme et déconstruiraient les valeurs de la République. Il indique que pendant longtemps l’État avait pour seuls objectifs  la lutte contre les violences urbaines et la rénovation urbaine « en laissant de côté le traitement de l’islam radical ».

Il regrette aussi que des États étrangers puissent envoyer en France des imams imbibés de doctrine salafiste ou de celle des Frères musulmans ou du wahhabisme. Il recommande de sortir du « politiquement correct » dans les relations avec les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, la première exportant le wahhabisme et le second finançant l’islamisme. Il demande que soient bloqués les financements étrangers en faveur de l’islam de France.

Par ailleurs il déplore la facilité avec laquelle des milliers de personnes peuvent se rendre dans les 214 « Markaz » (il s’agirait de centres de formation) qu’il a recensés au Maghreb et en Egypte et où l’on formerait les personnes à l’Islam radical. A leur retour ces personnes se retrouveraient dans des lieux crisogènes et vecteurs de l’islam radical. Les services de renseignement auraient constamment alerté les autorités et le Gouvernement de l’existence de cette situation.

Il indique aussi à la commission le fait que des radicaux infiltreraient les grandes entreprises françaises et cite l’exemple de la RATP.  Il précise que les prêches en français ne sont qu’une version modérée des versions originales en arabe et qui comprennent un haut niveau de violence. Cette dissimulation s’appelle  la « Taqîya ». Il précise que si les mosquées sont surveillées, ce n’est pas le cas des 1300 salles de prières.

Les indications du Professeur Chiheb sont confortées sur le plan local par la déclaration sous serment du 29 mai 2020, de Madame Nadia Remadna, Présidente de la Brigade des mères et qui fait état de façon très concrète du problème de l’Islam dans la ville de Sevran dans le département de la Seine-Saint-Denis.

Mme Remadna exerce l’activité de travailleuse sociale et d’éducatrice. Après son constat d’une radicalisation qui naissait à Sevran d’où de nombreux jeunes sont partis en Syrie, elle a créé l’association la Brigade des mères en 2014. Elle indique que son association a été menacée plusieurs fois par des élus locaux qui lui ont dit que son action dérangeait et qui ont cédé les locaux de la brigade des mères à des associations islamiques. Selon elle la situation empire et elle indique que si les problèmes ne peuvent être réglés localement, cela sera encore plus difficile à l’échelle nationale.

Des jeunes radicalisés seraient ensuite amenés à radicaliser leurs parents et grands-parents. Des enfants lui auraient déclaré qu’ils souhaiteraient faire le djihad lorsqu’ils seraient plus âgés, estimant qu’il s’agirait de leur devoir. Certains parents seraient en admiration face à ce discours de leurs enfants. Certaines personnes qui cherchent à radicaliser la jeunesse sont parvenues à se faire élire localement ou ont des postes importants.

Des cours d’arabe qui seraient en réalité des cours coraniques où les jeunes filles ont l’obligation de se voiler, ont été organisés pendant les week-ends. Selon elle, l’école publique devrait poser le problème de la radicalisation, comme cela est fait pour les thèmes des femmes victimes de violences conjugales, de la délinquance et de la drogue.

Madame Remadna a rencontré Emmanuel Macron avant son élection à la présidence de la République et lui a parlé de la situation des quartiers ; elle a eu l’impression  qu’elle et lui ne vivaient pas dans le même pays.

La commission d’enquête a cependant refusé de s’engager dans un débat sur la structuration et sur le contenu de la religion musulmane et ne va donc pas vraiment à la racine du problème.

C’est pourtant une question à laquelle on ne peut échapper car les termes mêmes de radical, de salafiste dans lequel « salaf » fait référence aux ancêtres et d’orthopraxie signifient que les adeptes de ces courants appliquent à la lettre leur religion. La  rigidification de la religion pourrait donc être la source de ce que la commission appelle la radicalisation. Comme les deux autres religions monothéistes il semble que l’islam devrait pouvoir évoluer.

L’orthopraxie du christianisme a aussi mené dans le passé à des actes de violences sur des minorités. Sur la pression des croyants le christianisme a été modifié par la réforme suivie de la création de  nombreuses églises réformées qui ne se réfèrent pas à une autorité centrale. Le catholicisme rigide et éloigné de ses racines par de nombreux conciles, a lui-même évolué vers plus de modernité avec le concile Vatican II de 1962 à 1965.

Le Judaïsme a aussi au cours des siècles accumulé dans la diaspora des ouvrages qui ont imposé des règles rigides et devenues anachroniques. L’orthodoxie dans ce cas était peut-être liée à une crainte de perte identitaire en exil. Le judaïsme n’étant pas centralisé, des croyants ont pu créer de nombreuses synagogues réformées qui se réfèrent à un judaïsme en phase avec le monde moderne. Le Judaïsme réformé prend une ampleur substantielle aux Etats Unis. En Israël de nombreux citoyens sont partisans de ce Judaïsme moderne et voudraient que soit mis fin au monopole de l’orthodoxie qui interfère dans la vie civile des citoyen.

à propos de l'auteur
Didier est de formation franco-américaine : Paris -Dauphine, CFA USA et UK. Il a 35 ans d'expérience des affaires internationales (Finances) en tant que Directeur ainsi qu'une connaissance approfondie d'Israël et du Moyen Orient
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