Lire la Torah à Bahreïn : “Be-Reshit” ou les prémisses de la récolte de l’Éternel

“Bienvenue à Bahreïn !”, déclarait la semaine dernière avec ravissement un journaliste bahreïni, en hébreu, à une collègue de la chaîne israélienne Kan, médusée.

“J’aime la langue hébraïque, la langue des Prophètes et du Roi David” poursuivait le jeune homme avec un grand sourire, dans un hébreu parfait, avant d’expliquer qu’il aimait Jérusalem,”capitale du Roi David” et qu’il appréciait tout particulièrement la chanteuse Ofra Haza. Mais le plus étonnant était la conclusion: “Mon mot préféré en hébreu est Bereshit, le premier mot de la Torah”.

Pour comprendre les raisons cachées de l’engouement que l’hébreu et Jérusalem suscitent chez ce jeune habitant de Bahreïn – et peut-être aussi le sens profond des événements que nous vivons actuellement – il faut s’arrêter sur la signification du mot Bereshit, premier mot de la Bible. La traduction la plus courante de Bereshit (בראשית) est “Au commencement”, mais elle n’épuise évidemment pas le sens du verset qui ouvre la Genèse. Comme l’explique Rashi, citant un verset du prophète Jérémie, “le monde a été créé pour Israël, que l’écriture appelle le commencement de Sa moisson” (ראשית תבואתו).

Ce verset fameux est commenté par le Rabbi Shnéour Zalman de Lady, un des grands maîtres du hassidisme, en expliquant que “Tout comme un homme qui sème pour récolter davantage, Dieu, désirant que s’accroisse la révélation de la divinité dans le monde, a semé Israël qui est sa récolte” (1).

Ainsi, au cours de son exil interminable, le peuple Juif a pu – selon cette explication – diffuser la parole de Dieu parmi les nations, avec plus ou moins de succès… Mais à présent que l’exil prend fin et que le peuple Juif revient sur sa terre, quel sens nouveau donner au verset de Jérémie ? Et quel rapport avec le jeune homme de Bahreïn et son amour pour l’hébreu et pour Israël ?

Un élément de réponse à cette question nous a été donné dans la parasha Ki Tavo, que nous avons lue ce shabbat, qui commence par ces mots : “Quand tu seras arrivé dans le pays que l’Eternel ton Dieu te donne en héritage… tu prendras des prémisses de tous les fruits”. (ראשית כל פרי האדמה). Comme l’explique le rav Ashkénazi-Manitou, l’offrande des prémisses est étroitement liée à l’entrée en Terre d’Israël.

Ainsi, l’explication communément admise du “rôle d’Israël parmi les nations”, liant l’exil à la diffusion de la parole divine, est à présent renversée et la mitsva des Prémisses prend une signification nouvelle et pour ainsi dire contraire.

Car c’est seulement maintenant, une fois Israël revenu sur sa terre, qu’Israël devient véritablement “Reshit tévouato”, les “prémisses de la moisson divine”. Et c’est maintenant que “tous les peuples de la terre commencent à voir que le nom de l’Eternel est associé au tien”, c’est-à-dire au nom d’Israël, peuple de Dieu.

Voilà ce qu’un jeune habitant arabe de Bahreïn – et des millions d’autres personnes à travers le monde – comprennent aujourd’hui, en lisant Bereshit et en voyant les prodiges que le peuple d’Israël, “prémisse de Sa moisson”, réalise sur sa Terre retrouvée…

(1) Cité par Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz z.l. dans leur beau livre Le chandelier d’Or, Verdier 1988.

à propos de l'auteur
Pierre est né à Princeton et a grandi à Paris avant de faire son alyah en 1993. Il a travaillé comme avocat et traducteur. Il a notamment traduit en français l'autobiographie de Vladimir Jabotinsky. Pierre vit depuis plus de 20 ans à Jérusalem et a collaboré avec des publications francophones, parmi lesquels le Jerusalem Post et Israel Magazine. Il est passionné par le sionisme et son histoire.
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