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L’intervention de Donald Trump dans le procès Netanyahou est inadmissible

Après sa rencontre avec le président américain, le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient une casquette avec l’inscription « Trump avait raison sur toute la ligne ! », dans une photo publiée par la Maison Blanche le 8 juillet 2025. (Crédit : X)
Après sa rencontre avec le président américain, le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient une casquette avec l’inscription « Trump avait raison sur toute la ligne ! », dans une photo publiée par la Maison Blanche le 8 juillet 2025. (Crédit : X)

Donald Trump est un président américain atypique et bien différent de tous ses prédécesseurs. C’est un anticonformiste qui a rompu avec les codes politiques, les règles diplomatiques et les procédures classiques tout en privilégiant les rapports de forces militaires et économiques et en respectant les puissants leaders de la planète. Champion de la communication, utilisant un langage familier, simpliste et populiste, il se présente comme un ami sincère du peuple face aux injustices de l’establishment et des institutions démocratiques. Dans sa conduite incohérente, il réussit toujours à brouiller les cartes. Ses discours sont souvent un écran de fumée pour cacher ses réelles intentions.

Dans l’arène internationale, Trump se permet d’intervenir directement dans les affaires intérieures de certains pays, en jugeant les leaders avec des adjectifs parfois flatteurs et souvent humiliants.

Il qualifie Netanyahou de « héros », rejette les mandats d’arrêts émis contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) et impose des sanctions contre les juges de la Cour. Trump considère que le procès contre le Premier ministre jugé pour fraude, corruption et abus de confiance est une entrave à sa capacité de gouverner. Il persiste et fait pression sur le président Isaac Herzog pour qu’il accorde une grâce présidentielle, coûte que coûte.

Trump estime que Netanyahu doit avoir les mains libres pour gérer les dossiers de sécurité en cours, notamment sur l’Iran et l’avenir de Gaza.

Nul doute, le président Trump est un grand ami de l’Etat d’Israël et du peuple juif. Il l’a prouvé lors de son premier mandat avec la reconnaissance de la souveraineté des hauteurs du Golan et le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Dans la tourmente régionale, le tandem Trump-Netanyahou fonctionne parfaitement malgré certaines divergences. Toutefois, les derniers propos de Trump à l’encontre du président Herzog dépassent l’entendement. Ils franchissent des lignes rouges dans les relations entre deux Etats amis et alliés. Trump doit respecter le président de l’Etat d’Israël et ne pas le traiter vulgairement et publiquement. Pire, Trump intervient de façon grotesque contre la démocratie israélienne et contre le pouvoir juridique, mais aussi contre la majorité écrasante de la Knesset qui a voté en faveur d’Herzog à la présidence de l’Etat.

Benjamin Netanyahou a démenti avoir encouragé Donald Trump à réprimander Herzog mais il n’a pas non plus critiqué l’ingérence inadmissible dans nos affaires. C’est son devoir de défendre à l’étranger le plus haut représentant de l’Etat d’Israël.

Certes, le procès Nétanyahou dure depuis trop longtemps et empoissonne la vie quotidienne des Israéliens. Il est aussi sans précédent dans les annales de la jurisprudence. Pour la première fois on traduit en justice un Premier ministre en exercice pour avoir, entre autres, osé demandé aux propriétaires de journaux, d’équilibrer les articles, offrir une tribune également aux représentants du pouvoir, et rapporter des décisions positives du gouvernement.

Depuis une décennie, certains correspondants des affaires juridiques se comportent souvent comme des inquisiteurs, ils informent, jugent et condamnent à la fois.

Dans ce contexte, l’intervention de Trump est contreproductive, elle provoque des tensions inutiles, déchaîne les passions, divise profondément la société et affaiblit la résilience israélienne face aux menaces proches et lointaines et devant tous les défis à relever. Les Américains savent parfaitement qu’un affaiblissement de l’État juif agirait contre les intérêts stratégiques des États-Unis.

Netanyahou ne doit pas se conduire comme s’il était au-dessus des lois. L’Etat d’Israël n’est pas une république bananière ni un Etat vassal des Etats-Unis.

Il y a des juges honorables à Jérusalem. Le verdict à l’encontre de Benjamin Netanyahou devra être prononcé exclusivement par un tribunal, pas sur la place publique et non pas sur les réseaux sociaux. Quant à la grâce présidentielle, seul Herzog a le pouvoir de prendre une décision définitive.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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