L’insubmersible

Benjamin Netanyahu lors de la réunion de cabinet hebdomadaire au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 24 novembre 2019. (Photo AP / Sebastian Scheiner, Pool)
Benjamin Netanyahu lors de la réunion de cabinet hebdomadaire au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 24 novembre 2019. (Photo AP / Sebastian Scheiner, Pool)

Incroyable mais vrai ! Sous le coup de trois mises en examen dans trois affaires différentes, après onze années au pouvoir sans discontinuer, après avoir échoué à former un gouvernement à deux reprises, Binyamin Netanyahou pourrait bien créer la surprise lors de ces troisièmes élections le 2 mars prochain.

Son parti, le Likoud, est placé en tête dans des sondages, phénomène nouveau à quelques jours de l’ouverture des bureaux de vote. Les raisons de cette survie politique hors du commun sont pourtant simples à analyser. Elles tiennent d’abord à la simplicité du discours valorisant sans nuance la politique du chef de gouvernement sortant : une position diplomatique du pays renforcée, une économie consolidée, une sécurité assurée dans un environnement hostile.

Cela conduit l’électeur hésitant – celui qui fera la décision – à refuser de sanctionner un Premier ministre dont le mandat s’achève avec un taux de chômage inférieur à 4 %, qui parle d’égal à égal avec les grands de ce Monde, et tient à bonne distance les Iraniens. On objectera que la persistance d’inégalités sociales, les mauvaises relations avec l’Union européenne, et les conditions de vie impossibles infligées aux habitants du sud du pays par les milices de Gaza, viennent ternir ce bilan flatteur et on aura raison.

Mais l’opposition est bien timide sur ces questions. Plus encore, sur nombre de thèmes fondamentaux, comme celui de la mise en œuvre du plan Trump, Benny Gantz ne se distingue guère de son rival. Il a même refusé le débat télévisé que lui proposait Binyamin Netanyahou. Grave erreur qui prend les allures d’une dérobade.

On connaît les raisons de ce refus : Benny Gantz conteste la légitimité d’un Premier ministre mis en examen, et plus encore son aptitude à former un gouvernement alors que son procès doit s’ouvrir devant le tribunal de Jérusalem le 17 mars. Le raisonnement n’est pas sans fondement, mais emporte l’adhésion des seuls convaincus.

A l’instar des démocrates américains, qui en voulant destituer Donald Trump ont privilégié une approche judiciaire c’est-à-dire à la fois morale et procédurale du débat politique, le bloc du centre-gauche israélien risque bien de connaître le même sort que ses amis d’Outre Atlantique : une défaite sans appel.

Un revers électoral signifierait pour Benny Gantz et les siens le refus des Israéliens de s’engager dans une aventure politique dont ils perçoivent mal les objectifs. Sentiment d’incertitude qui se transforme en crainte et conduit l’électeur à privilégier la continuité lorsqu’il glisse son bulletin dans l’urne.

Surtout à l’heure où les fanatiques du régime des mollahs au Nord, ceux du Hamas et du Jihad islamique au sud, et leurs alliés partout, inquiètent des Israéliens qui demandent d’abord à être rassurés. Et cela, King Bibi, l’insubmersible, sait faire.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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