L’Institution nationale des Invalides, mémoire vivante de notre pays

Le foyer de l'Institut National des Invalides, lieu de retrouvailles des pensionnaires © MB
Le foyer de l'Institut National des Invalides, lieu de retrouvailles des pensionnaires © MB

A l’écart du tumulte parisien figure un lieu ayant traversé les siècles, l’INI, établissement public administratif à vocation de soin, sous la tutelle du Ministère des Armées. Fort de ses 412 employés, il incarne la déférence envers tous ceux qui ont servi notre nation et les accompagne jusqu’au bout.

Non loin du Dôme, lieu de repos éternel de Napoléon 1er, le visiteur est très vite saisi par la solennité des lieux, le panneau « interdit aux touristes » dissipe son insouciance. Ce lieu de vie a été pensé et conçu pour les blessés de guerre. Le médecin général inspecteur Michel Guisset, directeur de l’INI, précise : « Cette institution reste unique en France depuis 350 ans.

On peut trouver des établissements analogues à l’étranger mais pour autant ils ne proposent pas les mêmes soins dans les mêmes conditions ». D’une superficie de plus de 13 hectares, l’hôtel des Invalides est le fruit de la volonté de Louis XIV. A l’époque, le centre de Paris était occupé par de vieux soldats, la plupart estropiés, qui se retrouvaient sans ressources.

Le roi eut l’idée de faire bâtir un lieu à la hauteur de ces blessés, jusqu’à 6000 en ce temps-là. Située à l’écart de Paris, la Plaine de Grenelle, très exposée au vent, s’est imposée comme le lieu idéal pour balayer les épidémies. Elle l’est restée durant le Covid. L’édifice se devait d’être grandiose, à l’image de la France et du roi. L’architecte Libéral Bruant conçut toute la structure de l’hôtel des Invalides. Pour le Dôme et l’église Saint-Louis des Invalides, le roi fit appel à Jules Hardouin-Mansart.

L’hôtel était une structure entièrement autonome : boulangers, cuisiniers, tailleurs, cordonniers, ébénistes, sculpteurs… Louis XIV, qui était visionnaire, croyait en l’aptitude de chaque soldat à travailler au service de la France. Ce lieu de mémoire prit un nouvel essor grâce à Napoléon, qui venait régulièrement rendre visite à ses soldats. Pourvoyeuse de grands scientifiques, l’institution a toujours été avant-gardiste.

En temps de guerre Larrey, père de la médecine d’urgence, a permis à la chirurgie d’accomplir d’énormes progrès. Parmentier qui avait pour objectif de nourrir les soldats en cas de disette a effectué les premières expériences de chimie alimentaire.

Un lieu de mémoire et de réparation

Aujourd’hui, trois médecins s’occupent à temps plein du centre des pensionnaires, essence même du lieu, qui comprend 80 lits. Il est réservé aux blessés et pensionnés, sans limite d’âge (militaires ou civils de guerre, anciens résistants ou déportés, blessés en opération ou en activité). Tous sont soignés et accompagnés avec dévouement. Aidés par des bénévoles de l’Ordre de Malte et de la Croix-Rouge ils participent à de nombreuses activités sociales et culturelles : visite de musées, vacances en famille… accompagnés d’infirmiers et aides-soignants leur permettant d’avoir la vie la plus normale possible.

Le foyer de l’Institut National des Invalides, lieu de retrouvailles des pensionnaires © MB

L’INI dispose aussi d’un pôle de réhabilitation post-traumatique de 50 lits pour les grands blessés, avec un plateau technique et des moyens humains considérables : médecins rééducateurs, psychiatres, kinésithérapeutes, prothésistes, ergothérapeutes, psychomotriciens, psychologues, neuropsychologues, instructeurs de la marche. Il est ouvert aux militaires et aux civils (grands blessés amputés, paraplégiques, tétraplégiques). Chaque blessé militaire suit un parcours spécifique pouvant durer des mois, voire des années.

Michel Guisset, médecin Général Inspecteur de l’INI ©ODM

Le Général Michel Guisset explique : « limiter le handicap, l’accepter, concevoir une nouvelle vie avec ce& handicap, tel est le défi de ce centre où l’écoute et la bienveillance sont les maîtres mots ». La balnéothérapie est une étape essentielle de la rééducation et le cercle sportif facilite aussi la réadaptation et la réinsertion. L’INI possède de plus un Centre d’Etudes et de Recherche sur l’Appareillage des Handicapés travaillant sur les prothèses et fauteuils de demain. Il est délocalisé à Créteil et Woippy.

Le Gouverneur des Invalides, le Général de corps d’armée Christophe De Saint-Chamas ajoute : « l’honneur de l’institution est de traiter avec la même sollicitude le soldat, comme les victimes d’attentats. Nous avons parmi nos pensionnaires Monsieur L, ciblé par le terroriste Mohamed Merah. L’armée l’a pris en charge non pas en tant que victime mais en tant que militaire ».

Espace de balnéothérapie © MB

Il précise qu’ il y a une différence fondamentale entre une personne victime aléatoire et une personne attaquée pour ce qu’elle représente. Le Gouverneur tient à ne pas assimiler les victimes d’attentats à des victimes de guerre, bien qu’elles aient les mêmes droits. Cette distinction juridique est capitale pour le Gouverneur afin de « ne pas traiter Daech comme le serait un état, le terrorisme étant juste un procédé ».

Les aumôniers aux armées, un rôle essentiel pour les pensionnaires

L’armée compte des personnes de toutes confessions, ou sans confession et les aumôniers aux armées remplissent une mission noble au sein de l’INI.

Jacqueline Nataf, aumônière israélite des armées ©MB

Jacqueline Nataf, référente israélite, loue son atmosphère chaleureuse : « Nous assistons nos coreligionnaires, pensionnaires, blessés, mais aussi tous ceux qui ont besoin d’une parole, d’un sourire. Ma présence leur permet de se rappeler la pratique religieuse de leur enfance. Beaucoup d’entre eux sont sortis d’Auschwitz, détachés de toute pratique religieuse, comme ce monsieur que je connaissais avant son admission aux Invalides. Il me disait toujours : « Comment veux-tu me parler de D. ? Où était-il quand on tuait les enfants à Auschwitz ? ». Tous revivent les camps chaque nuit. Je les laisse parler s’ils en éprouvent le besoin. Dans le cas contraire, je suis là pour les accompagner, mais pas pour être leur psychologue. Je les écoute, ils savent que je les aime. J’ai leur confiance et celle de leurs familles. Qu’ils croient ou non en D. n’est pas un problème, je suis là pour les réinsérer dans leur histoire et leur témoigner de la sollicitude de la communauté. S’ils ne mangent pas casher, ce n’est pas à moi de les y obliger, ni de porter de jugement, surtout après ce qu’ils ont vécu. Ma façon de les ramener au judaïsme est de leur apporter des hallot et du jus de raisin à chaque shabbat, un panier à l’occasion de chaque fête juive, une corbeille de fruits épluchés pour Tou Bichvat, des gâteaux, jouets, bombons pour Pourim, un seder pour Roch Hachana. Chaque nouvel an juif est l’occasion de convier les autres pensionnaires (100 personnes au total, avec le personnel soignant). A Souccot, la tradition est d’inviter les pensionnaires dans une soucca. Pour Hanoucca, tout le monde est convié à l’allumage des bougies. Un moment très émouvant où se sont succédés une ancienne déportée, le recteur de la cathédrale, et un ancien combattant musulman. Cette année, du fait de la Covid, chaque beignet était présenté dans une petite boîte individuelle. Grâce aux liens que j’ai pu tisser avec le Gouverneur et son bureau, chaque fois que l’un de nos pensionnaires juifs décède, lors de l’hommage officiel, l’aumônier israélite de la région Ile de France officie en uniforme et chante El Malé Rahamim, pour l’élévation de l’âme du défunt. Lors de chaque nouvel an juif, je reçois les vœux de familles de personnes décédées, auxquels je suis très sensible. L’INI est comme une famille ».

Faire connaître les Invalides, un sujet récurrent

Cet idéal de soin s’est perpétué au fil des années. Au XXIème siècle, le centre des pensionnaires reste l’âme de l’INI et ce pourquoi l’institution doit continuer à exister.

Le Général Christophe de Saint Chamas, Gouverneur des Invalides ©MB

Le Gouverneur des Invalides Christophe De Saint-Chamas souligne : « Si l’alpha est l’engagement des troupes, l’oméga est le pensionnaire des Invalides. Avec le directeur de l’hôpital, je suis en charge de l’oméga. Le chef de l’Etat est le protecteur tutélaire des pensionnaires. Lorsqu’il vient se recueillir devant le cercueil du soldat tombé, il pense aussi aux blessés résidant aux Invalides. Ce n’est pas un hasard si au lendemain de sa nomination le chef d’état-major des armées, le Général Thierry Burkhard ainsi que le chef d’état-major de l’armée de terre, le Général Pierre Schill, sont venus aux Invalides rendre visite aux pensionnaires ».

L’avenir de l’institution est une problématique importante pour le médecin général inspecteur Guisset, responsable des finances de l’Institution : « Malgré les rénovations et en raison de l’évolution des normes, nous ne pouvons plus fonctionner normalement sans entreprendre de grosses réparations. Notre objectif est d’atteindre 80 lits au niveau du pôle de réhabilitation ». La rééducation se veut globale, à la fois physique et psychique et le soutien d’importants mécènes comme la fondation Maginot, les Gueules cassées, et Dassault, s’ajoutent aux dotations du ministère des armées et de la santé constituant une aide précieuse pour la poursuite des projets, comme celui de créer des lits pour traumatisés psychiques.

A l’heure de la recrudescence du complotisme, n’y-a-t-il pas des liens à créer avec une institution comme le mémorial de la Shoah ou avec le Ministère de l’éducation ? » Le Gouverneur des Invalides Christophe De Saint-Chamas rappelle : « faire connaître les Invalides est un sujet récurrent. Je suis vice-président du conseil d’administration de l’INI, un établissement dont le personnel est en très grande majorité civil (8 militaires sur plus de 400).

Je veille sur les pensionnaires dont je suis le frère d’armes et mon rôle est de leur exprimer la gratitude du chef de l’Etat, la fidélité des armées et le soutien de toute la nation. Lors des conférences j’explique toujours que les Invalides ne sont pas seulement un musée mais aussi la demeure des invalides ». Chaque année, lors des journées du patrimoine, l’hôtel des Invalides accueille de nombreux jeunes citoyens accompagnés de leurs familles. Souhaitons que les leçons de vie des pensionnaires deviennent des phares pour notre société et puissent inspirer par-delà les générations.

à propos de l'auteur
Diplômée de l’Ecole de journalisme et de communication de Marseille, Magali fait le choix d’un parcours éclectique. Ses sujets oscillent entre le sport, l’écologie, la politique, ou encore l’actualité internationale. Après une expérience au Petit Journal.com de Londres, un parcours de journaliste sportif, elle a collaboré à plusieurs médias francophones (La Presse de Tunisie, Le Soir...). Elle travaille actuellement pour divers journaux israéliens et communautaires depuis la France.
Comments