L’instabilité change de camp

La salle plénière de la Knesset avant l'ouverture du Parlement, le 25 septembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
La salle plénière de la Knesset avant l'ouverture du Parlement, le 25 septembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« La stabilité économique et la stabilité politique ». C’est le message que les trois hommes forts du gouvernement, le Premier ministre Naftali Bennett, son successeur désigné Yaïr Lapid, et le tout-puissant ministre des Finances, Avigdor Liberman, ont voulu faire passer au cours d’une conférence de presse imprévue en début de semaine.

L’opposition ayant été incapable de réunir 61 députés pour s’opposer au budget, elle aura beaucoup de mal à faire voter une motion de censure dans les mois, voire les années qui viennent. Selon toute vraisemblance, c’est donc fin mars 2023, date-limite pour l’adoption du prochain budget, que la question se reposera… dotant ainsi la coalition d’une stabilité qui lui faisait défaut.

Pourtant les sujets de conflits ne manqueront pas au sein du gouvernement : la loi sur l’interdiction pour un mis en examen au pénal d’être Premier ministre qui divise la droite ; le projet de retour d’un consulat américain à Jérusalem-Est qui oppose la droite et la gauche ; la loi sur le regroupement des familles (israéliennes et palestiniennes) qui voit la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, jouer un jeu très personnel…

Il y aura encore bien des affrontements et des crises au sein de ce gouvernement pas comme les autres, mais la coalition a montré qu’elle savait surmonter ses divisions en usant de tous les artifices : amendements des projets de lois, votes différés, retraits de textes…

En fait, pour le moment, aucun des francs-tireurs du gouvernement n’a intérêt à quitter la coalition : ni Benny Gantz qui entend jouer un rôle d’équilibre dans les relations avec l’Autorité palestinienne, ni Ayelet Shaked dont personne au Likoud ne veut le retour. Car au sein du grand parti de l’opposition, c’est déjà le trop-plein de candidats à la succession de Binyamin Netanyahou : Youli Edelstein, Tsahi Hanegbi, Miri Regev, Avi Dichter, Israël Katz, Nir Barkat…

De façon troublante, aucun de ces postulants ne voulait donner d’interview à un grand média après le vote du budget. C’est sans doute que dans l’opposition, les grandes manœuvres ont commencé avec un seul sujet à l’ordre du jour : comment s’en débarrasser ? Les statuts du Likoud prévoient l’organisation de primaires six mois avant les élections, mais le comité central du parti peut en décider autrement.

Binyamin Netanyahou avait bâti toute sa stratégie sur une chute rapide du gouvernement, objectif inatteignable dans la nouvelle séquence politique qui s’ouvre. De toute façon, son but principal – échapper à la justice – semble aussi s’éloigner. En bref, Binyamin Netanyahou voit ses espoirs s’envoler… et les candidats à sa succession se féliciter de l’instabilité grandissante dans laquelle vit celui qu’ils considèrent désormais comme le principal obstacle à leur retour au pouvoir.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments