L’influence grandissante des Evangélistes en Israël

Le pasteur évangélique américain John Hagee assistant à un sommet de Christian United For Israel (CUFI) à Jérusalem, le 8 mars 2010, photo par Abir Sultan / Flash 90
Le pasteur évangélique américain John Hagee assistant à un sommet de Christian United For Israel (CUFI) à Jérusalem, le 8 mars 2010, photo par Abir Sultan / Flash 90

Sous le mandat de Donald Trump la politique américaine au Moyen-Orient était pratiquement influencée et élaborée par les Évangélistes chrétiens. Par amitié pour le président américain, Benjamin Netanyahou les a tolérés en Israël, voire encouragés, sans se rendre compte de l’effet néfaste d’une communauté très active.

Ils ont noyauté l’église de Bethléem au point d’imposer leur rôle dans le conflit israélo-palestinien. Ils sont obsédés par la prophétie qui acte que les Juifs qui ne seront pas massacrés, seront convertis au christianisme d’où leur soutien indéfectible au peuple juif car Dieu ramène les Juifs sur leur terre. La Droite israélienne, obnubilée par leur opposition aux « gauchistes », a sous-estimé le danger que représente le fanatisme du mouvement chrétien sioniste.

Leur importance est grandissante aux États-Unis où ils représentent un quart des Américains. Ils sont totalement intoxiqués car ils se qualifient de sionistes chrétiens croyant aux prophéties bibliques qui prônent que les Juifs doivent être soutenus pour retourner dans leur patrie spirituelle. La théologie de leur mouvement prétend qu’une fois tous les Juifs réunis en Israël, Jésus reviendra et provoquera leur conversion massive pour ceux qui se soumettront et la mort pour les autres. Ils ont en fait une définition morbide du sionisme.

Trump s’est appuyé sur eux pour exercer son influence sur la région alors que la Droite considérait qu’il agissait pour le bien politique d’Israël. Les Israéliens idolâtres de Trump n’ont pas compris qu’ils subissaient en fait un lavage de cerveau pour faire croire que le président américain agissait pour leur bien et celui de leur État.

Les Évangélistes ont prospéré dans les quartiers les plus pauvres des États-Unis à coup de millions à travers l’organisation IFCJ (Alliance internationale des Chrétiens et des Juifs à but non lucratif en créant un pont entre les Chrétiens et les Juifs et en offrant à Israël et au peuple juif du monde entier des soins humanitaires et une aide vitale.

Pour masquer leur véritable objectif, les Évangélistes ont procédé à des collectes de fonds pour Tsahal, souvent sous l’égide de feu Sheldon Adelson au point de transformer leur histoire de foi en question d’argent et d’influence politique. On ne comprend pas que Netanyahou ait pu plonger dans ce piège et que ses alliés religieux juifs orthodoxes ne l’aient pas mis en garde. Mais ce qui enthousiasme la Droite est que les Palestiniens n’entrent pas dans le projet évangélique. Pour eux ils n’existent pas dans leur vision.

Les Évangélistes sont contre l’avortement et contre les droits des Lgbt. Malgré cela, Netanyahou les considère comme les «meilleurs amis d’Israël». Bien que la Droite israélienne veuille ignorer que les Chrétiens évangéliques ont un plan pour les Juifs, elle se défend en prétendant que leur projet reste théologique, sur fondement de la Bible. Les nationalistes juifs feignent d’ignorer que l’objectif des Évangélistes est le massacre des Juifs. Le malheur reste que les Israéliens ne prennent pas au sérieux ces menaces.

Les Évangélistes apprécient Israël parce qu’il est l’allié des gouvernements de droite, souvent racistes, comme la junte militaire du Myanmar ou des régimes autoritaires du Brésil et de l’Inde. On comprend difficilement l’alliance d’Israël avec les Evangéliques blancs fanatiques et racistes qui a trouvé son apogée avec le lien avec Donald Trump. La Droite israélienne est satisfaite quand les Évangélistes affirment que la terre que Dieu a promise à Abraham appartient au peuple juif impliquant que tout cession d’une partie de ces territoires devient un péché. Comment peut-on avoir des amis de ce genre ?

Mais cette alliance n’est pas nouvelle. Menahem Begin considérait les Évangéliques comme une force électorale vitale dans la politique américaine et les sionistes chrétiens comme un élément clé de la relation diplomatique d’Israël avec les États-Unis sachant qu’ils prônent l’effacement des Palestiniens. D’où leur soutien à l’annexion de la Cisjordanie. Les racistes se sont infiltrés au sein de la population israélienne et leurs millions de dollars leur attribuent une étiquette de bienfaiteurs. Nul ne pense que les vrais Juifs aient besoin de ce genre d’alliés qui finiront par les dévorer.
Article initialement publié dans Temps et Contretemps.
à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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