Liberté animale, plat de Pessah végétalien

CC BY 2.0
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L’ensemble du peuple d’Israël s’apprête à fêter l’une des plus grandes fêtes du calendrier hébraïque, la fête de Pessah, commémorant la Sortie d’Egypte des Hébreux soumis à la vile condition d’esclaves. Le plat traditionnel, venu de nos aïeuls, se compose de trois matsoth (galettes sans levain), de multiples herbes, d’un os d’agneau ou de poulet et d’un œuf[1].

Nombre de Juifs végétaliens se posent naturellement les questions suivantes :

Comment remplacer l’os d’agneau et de poulet, tous deux élevés dans des conditions rappelant la condition cruelle d’esclaves que vécurent les Hébreux en Egypte ? L’os et l’œuf, d’origine animale, sont-ils obligatoires ? Ne s’agit-il point d’une coutume ayant force de loi (halacha) ? Pouvons-nous en modifier l’ordre (seder) ?

Avant de répondre à ces deux questions, revenons à la source biblique où l’on apprend combien Moïse, le libérateur des Hébreux, prend grand soin des animaux. Une première fois à Midian, après avoir sauvé les filles de Yitro des bergers, Moïse, en personne, prend bien soin d’abreuver leur troupeau (Exode 2 : 17). Une deuxième, Moïse précise à Pharaon que les moutons, les chèvres, les bœufs, tous les animaux des Hébreux sortiront, eux aussi, d’Egypte (Exode 10, 9).

Quant au plat de Pessah, sa préparation est d’ordre symbolique :

La salade verte, en hébreu חָסָה HaSsaH, dont la racine signifie « protection » divine, celle dont ont bénéficié les Hébreux lors des Dix Plaies et de leur sortie d’Egypte ; le חֲרוֹסֶת HaRoSseT (mélange onctueux de fruits – dattes, pommes, noix, raisins secs, jus d’orange…} renvoie à la couleur du mortier, mélange d’argile et de paille, fabriqué par les Hébreux en esclavage. La matsa médiane, brisée en deux, dont la plus grande partie est dénommée afikoman, symbolise le sacrifice pascal ! Les Sages d’Israël, en l’absence de Temple, n’ont donc point hésité, pour transmettre le narratif historique de la Sortie d’Egypte, à remplacer l’animal par de la farine végétale !

L’on pourrait donc imaginer, en vertu de cette inquiétude de transmission, appliquer ce principe à l’os, impliquant la mort de l’animal auquel il appartenait, et à l’œuf non fécondé, supposant la stérilité :

L’os, « זְרוֹעַ ZeRoa » en hébreu, rappelle « זְרוֹעַ le bras » de l’Eternel libérant les fils d’Israël (Deutéronome 4 : 34). Il peut parfaitement être substitué par des graines « זְרָעִים ZeR’aYiM », terme se composant de la même racine verbale que « os ».  Alors que l’os renvoie à la notion de mort, la graine, quant à elle, nous rappelle le message de Vie, de germination, d’épanouissement et de résurrection inhérente à la période du printemps et du renouveau intérieur.

Le sacrifice pascal d’origine animale, חֲגִיגָה HaGuIGaH, que l’on avait l’obligation d’apporter au Temple de Jérusalem, a disparu à la suite de la destruction du Temple. Les Sages font alors preuve d’une ingénieuse imagination créatrice en substituant l’animal par un œuf cuit, symbolisant le sacrifice HaGuIGaH, qui était cuit et non point grillé.

Par sa forme ronde, cet œuf rappelle la joie de la fête, tout en exprimant le deuil de la perte du Temple. Il peut être remplacé par, entre autres, des lentilles corail, par exemple, qui, par leur forme ronde et leur couleur orange, expriment la joie de la fête, mais en même temps, étant un plat servi la veille de Tisha BeAv, comme l’œuf, expriment le deuil de la perte du Temple.

Ainsi, des lentilles corail, cuites, pourraient être placées dans le Plat de Pessah. Cela ne fera que susciter le questionnement ! Le choix de la forme concentrique ou même elliptique tire son origine du terme חֲגִיגָה HaGuIGaH composé de trois radicales ח.ג.ג. H.G. G. signifiant « tourner en cercle » renvoyant à la notion de cycle et de Vie, de renouvellement. Le mot חַג HaG, en hébreu, signifiant « fête », tire d’ailleurs son origine de cette même racine ח.ג.ג. /H.G. G.

Le Plat de Pessah possède une haute valeur symbolique et dépasse de loin toute considération d’ordre halachique. C’est la réflexion des Sages d’Israël qui, après le drame de la destruction du Temple de Jérusalem, sauvera le peuple d’Israël d’une perte inexorable.

N’ayons crainte d’apporter notre part de réflexion à celle de nos Sages pour le bien de la cause animale, sans pour autant porter atteinte au message universel de Liberté s’appliquant à toutes les créatures de la Planète Terre. Ce plat, d’une certaine manière, doit également nous rappeler que le temps est venu de prôner l’abolition de la mort chez l’animal.

Effectivement, l’on apprend à Pessah que la libération des hommes est indissociable de celle des animaux !

Nous pouvons donc conserver l’essence même de notre Tradition ancestrale tout en protégeant le monde animal, conformément aux principes fondamentaux de respect du droit animal.

Je vous souhaite חַג פֶּסַח שָׂמֵחַ Hag Pessah Sameah dans le respect d’autrui et de l’animal.

[1] Cet article est né grâce à mes étudiants et aux lecteurs de mon livre « Vision hébraïque du végétalisme ou la réparation cosmique du monde » qui s’interrogent sur la préparation du plat de Pessah (Keharat Pessah) et comment remplacer les symboles animaux par des symboles végétaux.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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