« Libération », proxy de papier qui atomise Israël

Depuis le 13 juin 2025, Libération enchaîne les « papiers » qui, sous couvert d’analyses d’experts ou de critiques politiques, laissent libre cours à une hostilité systématique envers Israël.

Il ne s’agit pas ici de contester la critique légitime d’un gouvernement, ni de prétendre qu’Israël échapperait à tout examen moral, ni que Libération est hostile aux Juifs, ce serait une calomnie. Il s’agit de pointer une dérive intellectuelle où la haine d’Israël redevient dans ce journal un totem idéologique.

Une complaisance envers les discours les plus extrêmes

Le 20 juin 2025, Libération publie une interview de Monique Chemillier-Gendreau. Celle-ci appelle la communauté internationale à « faire plier » Israël pour imposer une solution à deux États. Pourquoi pas, mais ce qui inquiète, est le fait que le journal omet de l’interroger sur ces points majeurs exclusifs de toute paix future :

  • le refus massif, depuis des décennies, exprimé par une majorité de Palestiniens, d’accepter un État juif aux côtés d’un État palestinien, et le double discours de l’Autorité palestinienne selon son public ;
  • le caractère irréconciliable du « droit au retour », ce mythe juridique non négociable pour les Palestiniens, avec l’existence d’un État juif ;
  • aucune mention des appels constants à la destruction d’Israël depuis 1948, que ce soit par des États, des partis ou des factions armées, pouvant expliquer le refus d’Israël de se retirer des territoires, face à une population majoritairement hostile et islamisée.

Puis, horreur de la désinformation criminelle, Chemillier-Gendreau affirme, sans susciter la moindre réaction journalistique, qu’Israël aurait « amorcé la solution de l’extermination » à Gaza. On laisse donc, sans contradiction ni mise en contexte, une falsification ignominieuse.

L’indignation à « intentionnalité variable »

Le 21 juin 2025, Libération affiche en une le nombre de victimes iraniennes à la suite des frappes israéliennes. Mais pas un mot sur les blessés ou morts israéliens, ni sur les objectifs systématiquement civils visés par les missiles iraniens.

Le principe implicite semble être : plus vous subissez de pertes civiles, plus vous êtes moralement légitime.

La capacité d’Israël à se défendre et donc à réduire les massacres de masse qui résulteraient des attaques iraniennes permet donc de ne pas dénoncer les crimes de guerre de l’Iran. La technologie de protection et les abris israéliens sont utilisés par Libération pour diluer la gravité des actes iraniens.

C’est donc une « éthique numérique » et non une morale intentionnelle qui prévaut au sein de la rédaction de Libé : l’Iran vise des massacres en ciblant des civils et échoue en grande partie, mais cela ne fera l’objet d’aucune condamnation, puisque « le compte n’est pas bon ».

Il suffit d’ailleurs de relever le nombre d’interviewés depuis une semaine : quasiment que des civils iraniens, très peu d’Israéliens (sauf quelques citoyens arabes pour blâmer à juste titre Israël).

Une « myopie stratégique » à sens unique

Le 21 juin 2025, Libération publie une interview de l’historien militaire G. Lasconjarias intitulée :

Dans sa guerre contre l’Iran, Israël fait montre d’une myopie stratégique.

Pourquoi pas. Essayons de comprendre. L’historien craint un « embrasement régional » (sempiternel argument universel dès qu’il s’agit d’Israël). Pourtant, on s’attendrait à ce qu’un historien identifie la source du risque : les agissements bellicistes de l’Iran et ses supplétifs surarmés, qui cherchent depuis 15 ans à harceler, affaiblir et détruire Israël, la dernière grande opération étant le génocide localisé du 7 octobre.

Non, pour Libération, ce ne sont jamais ces régimes ou groupes terroristes qui portent la responsabilité du « risque d’embrasement » ou de « déstabilisation ». C’est toujours Israël qui, dès qu’il tente de s’extraire de cet étau visant à l’étrangler, se voit accusé d’aggraver la situation.

Le propos de l’historien est d’ailleurs plus nuancé que le titre sensationnaliste (c’est dire le souci d’exactitude de la rédaction), lequel précise :

Il semble qu’il y ait une sorte de myopie…

Mais on ne comprend pas, en lisant l’interview, en quoi Israël serait myope. Il s’agit en fait de discréditer le gouvernement en insinuant qu’il ne discerne pas ce que l’historien, lui, a compris, sans que ce dernier précise l’objet de sa réflexion lucide.

Pire encore, pour discréditer l’attaque israélienne, l’historien affirme ne pas savoir si Israël « vise réellement à détruire les capacités nucléaires iraniennes ». Voilà un scoop ! Ce faisant, l’auteur fabrique un doute imaginaire. Nier que l’objectif fondamental et évident d’Israël est la destruction des capacités nucléaires de l’Iran, sans réaction du journaliste, relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Mais quels seraient alors les objectifs d’Israël ? Et là, mystère, car si l’auteur feint de douter que l’objectif principal soit l’éradication du programme nucléaire iranien, il ne fournit pas d’autres objectifs. Alors à quoi rime son propos ? À conclure astucieusement que l’Iran « ne se déclarera jamais vaincu », puisqu’Israël n’a pas fixé ses objectifs (ce qui est faux), de sorte qu’Israël s’engagerait dans une guerre sans fin, provoquant … Un embrasement général. Satanique Israël ! L’avantage du dogmatique est qu’il retombe toujours sur sa tête, fût-elle vide, c’est moins douloureux.

L’inégalité d’accès aux abris ? Mais quid des missiles iraniens ?

Le 20 juin 2025, dans sa rubrique CheckNews, souvent d’une qualité indéniable, Libération titre :

En Israël, les frappes israéliennes relancent le débat sur l’inégalité d’accès aux abris anti-aériens.

L’article souligne à juste titre les disparités criantes entre quartiers juifs et arabes ou bédouins, notamment dans le Néguev. Cette réalité constitue un scandale qu’il faut exposer.

Mais ce qui choque, c’est que Libération n’exprime aucune critique contre les frappes iraniennes visant délibérément des civils. Mutisme absolu depuis le 13 juin, pas un éditorial ou une tribune (alors que ce journal à l’indignation facile habituellement s’agissant de droits humains extra-israéliens) qui blâmerait le régime iranien pour chercher à semer la mort de civils innocents, à une exception près : si des destructions dans les villages arabes peuvent servir à dénoncer, non pas l’Iran, mais Israël. L’attaque elle-même est normalisée, sa cause escamotée.

La prose assassine de Mathieu Lindon

Le même jour, Mathieu Lindon, chroniqueur maison, s’illustre par une charge contre Netanyahu :

Quand Netanyahu aura dégommé les principaux ennemis d’Israël, il lui restera à éradiquer la justice de son pays.

J’ignorais que les ennemis d’Israël étaient aussi inoffensifs que la justice israélienne, mais si on peut les placer sur un même plan pour relativiser le caractère sanguinaire de ces derniers, allons-y !

Il poursuit :

Israël a le droit de se défendre, c’est indéniable. Mais l’Iran aussi.

Dès lors que l’Iran ne vise que des civils, Lindon considère que ce crime de guerre est légitime. Mais cela ne suffit pas pour placer la supériorité éthique de l’Iran sur Israël. Lindon, pour relativiser la menace, ose écrire encore :

L’ambition de détruire l’entité sioniste était un peu présomptueuse.

Comment le sait-il ? Il n’en sait rien. Mais donner crédit aux ambitions génocidaires de l’Iran le contraindrait à soutenir Israël, ce qui n’est pas envisageable. Donc, mieux vaut réduire ces objectifs étaticides à de simples élucubrations, auxquelles Israël serait coupable d’accorder le moindre crédit, comme prétexte à une guerre perpétuelle…

En effet, Lindon conclut en suggérant que Netanyahu devrait rebaptiser son ministère de la Défense en « ministère de l’Attaque ».

En résumé, Israël a le droit de se défendre, par pétition de principe, mais il restera un vilain agresseur obsédé par des fantasmes. Voilà l’une des positions de Libération.

Le commentaire édifiant de Dov Alfon

Le 15 juin 2025, Dov Alfon, écrivain israélien et éditorialiste de Libération, déclarait hâtivement :

Netanyahu a besoin de cet état de guerre perpétuel pour se maintenir.

On pourrait attendre d’un homme de lettres un minimum d’analyse, voire de profondeur. Non. Pour lui, toute cette tragédie n’est qu’un artifice politique pour rester au pouvoir. Gaza, Iran, attaques, stratégie régionale ? Rien de tout cela. Juste un subterfuge. Argument massue qui fait 100 fois par jour le tour du monde.

Comme si la guerre n’était qu’un besoin narcissique de Netanyahu, et non le fruit d’une stratégie régionale visant l’anéantissement d’Israël. Mais même le raisonnement d’Alfon est vicié : en effet, à supposer (ce qui est très probable) que les actes de guerre de Netanyahu sont plus que suspects concernant Gaza, ou qu’il cherche à enliser le conflit probablement à des fins personnelles, serait-ce pourtant que son analyse et son action tendant à l’élimination de la menace iranienne soient infondées ? Cela n’a aucun rapport. Un tel raisonnement d’Alfon est absurde. Le Premier ministre israélien peut agir d’une manière sanguinaire à Gaza et répondre d’une manière salutaire et indispensable face à l’Iran.

La difficulté est que dans l’inconscient très « conscientiser » de Libération, Israël est coupable d’un soi-disant « génocide » à Gaza, de sorte que voir sa population souffrir à son tour « n’est que justice ».

Voilà ce que pensent sans pouvoir l’exprimer Libération et une très grande partie de la gauche occidentale : ils ne condamneront pas les crimes de guerre iranien car au fond d’eux-mêmes il y a une jubilation à voir Israël brûler.

Il n’existera aucune tribune, ni aucune manifestation à gauche pour soutenir la population civile juive. À cause de Gaza ? Mais depuis 1979, donc bien avant Gaza, les diatribes génocidaire de l’Iran contre Israël n’ont jamais suscitées le moindre émoi de la gauche intellectuelle, adepte pourtant des « appels aux centaines d’artistes et intellectuels » pour dénoncer toute dérives anti-humanistes ; oui, sauf celle appelant à l’élimination de « l’entité sioniste ».

La gauche peut sans complexe, au contraire, avec fierté, ostraciser un intellectuel/artiste de gauche israélien à cause du gouvernement israélien (en masse, la gauche a boycotté des Israéliens à différents festivals depuis le 7/10).  Elle n’agira jamais ainsi avec n’importe quelle autre nationalité en criminalisant un homme en fonction de sa nationalité, même s’il dénonce son gouvernement.

Libération, en France, a été le fer de lance de ce mutisme israélophobe, en ne s’indignant jamais de cette dérive raciste virussant l’intellectuel progressiste. Tout est dit. Pas besoin de l’écrire.

Un journal complice d’une normalisation perverse

Libération multiplie donc les articles qui :

  • minorent le danger nucléaire pesant sur Israël ;
  • suspectent Israël de toutes les intentions les plus scabreuses ;
  • nient ou relativisent les attaques contre les civils israéliens ;
  • accordent une place quasi-exclusive aux civils iraniens, soigneusement interviewés, exprimant leurs angoisses existentielles.

Libération participe ainsi à une normalisation perverse du discours de haine.

Une double ironie finale

Libération publie aujourd’hui un numéro spécial en hommage à Jean-Paul Sartre, qui aurait eu 120 ans. Le journal ferait bien de relire La Nausée, ce vertige devant l’absurdité et la mauvaise foi, si parfaitement reflétée par sa posture éditoriale.

Rappelons que Libération avait chaleureusement accueilli la prise de pouvoir par Khomeini en 1979, avant de s’en distancier – un détail qui éclaire sa ligne éditoriale actuelle ? Oui, puisque le réflexe traditionnel de Libération est de soutenir l’ennemi de l’Occident, avant de comprendre tardivement que cet ennemi, c’est aussi le sien. Une myopie éditoriale.

à propos de l'auteur
Eric est avocat en droit social à Paris.
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