L’heure des Arabes Israéliens

Les députés arabes du parti Hadash-Taal lors d'une conférence de presse après une réunion avec le président Reuven Rivlin, le 15 avril 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les députés arabes du parti Hadash-Taal lors d'une conférence de presse après une réunion avec le président Reuven Rivlin, le 15 avril 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

S’il s’avère, comme le promettent les sondages d’opinion, que le parti de Lieberman passe le seuil d’éligibilité, Israël se retrouvera le 18 septembre au matin dans une situation embarrassante où elle comprendra que les résultats d’avril étaient, ô surprise, représentatifs de la volonté de la société Israélienne.

Comme lorsque chaque année, au 1er septembre, les institutions israéliennes ressentent avec étonnement que la rentrée des classes est déjà là. C’est un sport israélien que d’être étonné des choses les plus élémentaires, car nous devons le dire, il est difficile de planifier en avance dans notre pays.

Cela a des avantages, comme enseigner l’improvisation à notre jeunesse, mais aussi des inconvénients, lorsque après avoir goudronné une nouvelle route, la compagnie des eaux doit rouvrir ce macadam noir afin d’y insérer des tuyaux, et de refermer quelques jours avant que la compagnie d’électricité ne doive, à son tour, rouvrir le même passage pour y faire passer ses propres câbles.

Cette fois-ci, nous sommes face à une situation que nous ne connaissions pas. Faire deux campagnes d’élections la même année pour s’assurer que les Israéliens pensaient vraiment ce qu’ils pensaient la première fois.

Face aux listes présentées, le seul changement susceptible d’étonner le pays est la réaction des Israéliens face à l’omniprésence de Lieberman dans le débat pour imposer une espèce de boycott des partis religieux orthodoxes en Israël.

Une légende israélienne dit que les partis qui font tomber un gouvernement sont toujours punis aux urnes, mais si ce n’est réellement qu’une légende, Lieberman passera le seuil d’éligibilité et nous nous retrouverons dans le même schéma qu’en avril avec quatre blocs pour établir un gouvernement.

Les deux blocs classiques avec à droite le Likoud, la nouvelle droite et les partis religieux et à gauche, le nouveau parti Bleu et Blanc, le parti travailliste et l’extrême gauche. Deux autres blocs comptent chacun une dizaine de mandats avec le parti de Lieberman dont personne ne sait ce qu’il veut, et les partis Arabes. Pour instaurer un gouvernement dans ces conditions, il faudra donc casser au moins un de ces quatre blocs, sinon, nous retournerons aux urnes en avril 2020.

Le parti Bleu Blanc a tenu la distance en avril et il est probable qu’il réussisse la même prouesse en septembre bien que selon la composition de ce parti hétéroclite, il est le premier candidat à la scission.

La droite fait l’objet d’efforts plus intenses afin de casser le Likoud en misant sur un putsch à l’encontre de Netanyahou en personne. Une partie des députés du Likoud sont déjà sollicités par la gauche afin de se joindre à un gouvernement d’union nationale, sans Netanyahou, avec Benny Gantz à sa tête et en rotation avec Lapid, ou même sans rotation.

Le parti de Lieberman, s’il passe le seuil d’éligibilité, restera toujours une énigme et se joindra au gouvernement quel qu’il soit pour un ou deux ans avant de démissionner, comme il l’a fait tout au long des 20 dernières années. Essayer de savoir comment Lieberman réfléchit serait fascinant mais j’aimerais me pencher sur le dernier bloc qui reste, lui, une tache indélébile depuis la création de l’État d’Israël.

Si nous nous référons à leurs députés qui ne manquent pas une seule occasion de salir le pays qu’ils sont censés représenter, la société arabe serait foncièrement anti-Israélienne. Les députés Arabes israéliens ne donnent pas dans la critique ni de l’État ni de ses institutions, ils ne se battent pas pour les intérêts de ceux qui les ont élus mais évoluent dans une escalade de diffamation mensongère constante. À tel point que tous les gouvernements qui se sont établis en Israël n’ont pas inclus ces partis dans leurs coalitions.

Les Arabes ne souffrent pas de discriminations raciales comme voudraient nous le faire croire beaucoup trop d’organismes, mais d’un isolement politique appliqué avec diplomatie à cause des actes et des positions révoltantes des députés qui les représentent.

Par exemple, une députée qui prend part à une flottille anti-israélienne et qui ment de façon scandaleuse sur l’altercation entre les forces israéliennes et les émeutiers qui étaient sur le Marmara et un autre député qui a tout simplement accusé Ehud Barak « d’écouter de la musique classique en tuant des enfants » sur un plateau de télévision.

La vie de tous les jours aux côtés d’Arabes israéliens ne reflète pas cet état d’esprit, tel qu’il est représenté par ces députés sulfureux. Ce sont surtout des partis à connotations communistes, et surtout anti-Israéliens.

Pourtant, s’il est vrai d’un côté que les chiffres et les tendances de l’insertion de la société arabe en Israël sont extraordinaires, indépendamment de leurs représentants il existe un malaise entre ces deux groupes éthiques et il ne faut pas être journaliste ou chercheur pour prendre conscience de la disparité qui existe entre les Juifs et les Arabes. Un simple voyage dans un village arabe en Israël peut fournir plus de réponses qu’un livre ou même une conférence sur le sujet.

Le moment est peut-être venu aujourd’hui d’enrayer l’engrenage de l’animosité arabe envers les Juifs non seulement avec des pays arabes alentours, mais aussi et surtout avec les Arabes qui vivent en Israël.

Des changements pointent à l’horizon et des relations secrètes entre Israël et des pays arabes sortent de leurs cachettes. Le blogueur saoudien qui a ouvertement affiché son soutien à Israël avant d’être molesté sur le mont du temple par des Arabes Israéliens témoigne de ce rapprochement entre pays arabes et Israël.

Des Arabes mitoyens d’implantations juives dans les frontières de 1967 et vivant sous l’autorité palestinienne, souhaitent la réussite de Netanyahou et lui envoient des messages par maires interposés lors de meetings politiques. La vie quotidienne où se mélangent Juifs et Arabes dans les universités, les lieux de travail, les centres commerciaux et les hôpitaux entre autres, font aussi leur effet et réussissent à détruire les idées révoltantes que l’Autorité palestinienne s’efforce de créer à force de clips mensongers, de caricatures grotesques et de livre scolaires problématiques.

Le plan de Trump et certaines des décisions des dernières années de l’Administration américaine vis-à-vis de l’Iran et du conflit au Proche Orient ont aussi leur influence bienfaisante sur ce que nous voyons ces derniers temps.

En Israël cependant, les leaders des partis arabes continuent de vivre dans la même bulle que ceux de l’Autorité palestinienne en réclamant une solution à un État et un droit de retour qui mine les pourparlers entre Juifs et Arabes depuis les débuts des accords d’Oslo. Il n’y a aucune raison pour que les Arabes ne se joignent pas aux partis sionistes de la Knesset et délaissent les extrémistes de gauche se battre coude à coude avec les extrémistes de droite afin de passer le seuil d’éligibilité.

Les Arabes sont non seulement une source d’électorat potentiel pour le bien de l’État mais surtout un argument de choc pour contrer et se battre contre la diffamation de l’État qu’ils connaissent beaucoup mieux que les bien penseurs progressistes qui se plaisent à mentir et à diffamer.

Les citoyens israéliens chrétiens ou musulmans qui combattent activement et ouvertement pour l’État d’Israël sont trop méconnus et il n’y a pas de raison pour que ces derniers ne reçoivent pas les micros des médias tout comme les Juifs français prennent ouvertement position pour leur État qui est la France.

Il ne faut pas croire que les intérêts des Arabes Israéliens sont représentés par leurs députés actuels, et il faut œuvrer dans leurs quartiers, leurs villes et leurs villages afin de normaliser tout simplement le statut d’Israël comme État Juif et démocratique, comme l’État nation du peuple juif qui sait donner aux minorités vivant en son sein, une vie pleine, d’égal à égal, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que la majorité juive du pays.

Les excentriques resteront alors ce qu’ils sont : une minorité qui ne pourra plus se jouer de la démocratie Israélienne avec des arguments plus extravagants et dangereux que populistes.

à propos de l'auteur
Journaliste, chimiste, traducteur et ingénieur, Bruno J. Melki utilise une approche scientifique dans ses recherches journalistique afin de présenter la réalité d’un des conflits les plus médiatisé, mais aussi des plus falsifié, de l’histoire contemporaine. Après avoir poursuivi des études de chimie, de statistiques et avoir travaillé en recherche pendant plusieurs années à l’Université de Jérusalem, Bruno J. Melki rejoint le monde de la haute technologie Israélienne. Il publia en parallèle une chronique économique hebdomadaire en Hébreu dans Makor Rishon et traduisit le livre de Ben-Dror Yemini : L’Industrie du Mensonge.
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