LFI : dissoudre ou embastiller l’anti-République ?

Le fondateur du parti La France Insoumise (LFI) Jean-Luc Melenchon prononçant un discours lors d'une manifestation pour un cessez-le-feu à Gaza et en solidarité avec le peuple palestinien devant l'Office des Nations unies, à Genève, le 3 février 2024. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)
Le fondateur du parti La France Insoumise (LFI) Jean-Luc Melenchon prononçant un discours lors d'une manifestation pour un cessez-le-feu à Gaza et en solidarité avec le peuple palestinien devant l'Office des Nations unies, à Genève, le 3 février 2024. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

La question de la dissolution de La France insoumise doit être sur la table.

C’est ce qu’a martelé il y a quelques jours Charles Rodwell, député Ensemble pour la République[1].

Toute dissolution d’un parti politique est un aveu de faiblesse de la démocratie

La concurrence des idées, même les plus extrémistes, est vitale :

  • elle permet de dévoiler la haine pour ce qu’elle est,
  • et de rappeler aux citoyens leur capacité de discernement.

Dissoudre, c’est admettre que l’on craint la force d’attraction de l’adversaire. C’est un geste qui, paradoxalement, sape la confiance dans le peuple, au nom du peuple.

Il faut tolérer jusqu’à la limite où l’intolérance de LFI menace d’abolir la tolérance elle-même. Mais cette limite n’appelle pas la dissolution administrative : elle exige en revanche la sanction judiciaire, sévère, ciblée, précise, lorsque la parole se fait projectile, que le verbe devient acte de haine. Voilà ce qui devrait être la vraie force de l’État de droit. Voilà en France sa faiblesse fatale.

Il ne faut donc pas dissoudre LFI, mais débattre publiquement, afin de dénoncer ce qu’il est devenu : un mouvement néo-fasciste, dont les représentants sont des agents actifs de propagation de la haine et de la violence en France.

LFI : un néo-fascisme de « gauche »

LFI et ses compagnons de route reproduisent point par point les attributs du fascisme.

  • Un chef providentiel

Tout fascisme commence par un homme qui se rêve en incarnation de la communauté et de la justice, en prophète d’un peuple humilié. Hier Mussolini, aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon. Tout doit se dire sous son autorité, tout doit s’effacer derrière sa voix. Autoritaire, il concentre tout sur sa personne. « La République, c’est moi » !

  • Un parti sectaire

Le fascisme se nourrit toujours de structures sectaires. LFI n’est pas un parti démocratique : c’est une secte politique comme l’a montré le très bien documenté La Meute. On y entre par allégeance, on en sort par excommunication. L’esprit critique est banni, la dissidence sanctionnée, la discipline totale.

  • La haine des Autres

Le fascisme a toujours eu besoin d’un ennemi fédérateur et de bouc- émissaires. Hier les Juifs, le communisme, puis les Arabes, aujourd’hui les « ultra-riches », les « journalistes complices », les « sionistes », parfois même « les Blancs ». Ou même la France !

  • L’instrumentalisation identitaire

Le fascisme hier exaltait l’ultranationalisme, aujourd’hui il exalte, via la gauche radicale, le communautarisme islamique. Mais le mécanisme reste le même : imposer la suprématie d’un groupe identitaire contre l’idée d’une nation citoyenne.

On prétend que l’alliance LFI-islamisme n’est qu’un calcul électoral. C’est inexact. Il ne s’agit pas d’un mariage contre-nature, mais d’une association de combat (comme l’extrême droite l’avait été avec un catholicisme intégriste). Les deux partagent la même haine de la République universelle et le même objectif : abattre la démocratie libérale. LFI s’agenouille devant l’islamisme politique parce qu’elle en épouse les totems : le voile comme bannière, la ségrégation religieuse comme horizon, la haine d’Israël et de l’Occident comme ciment. Ce n’est pas de l’opportunisme : c’est une fraternité liberticide.

  • La violence

La violence fasciste n’apparaît jamais d’un seul coup : elle commence par les mots. Invectives permanentes, intimidations numériques, insultes en meeting, pressions sur les intellectuels. C’est tous les jours que les mots frappent ; LFI et les islamistes ont en commun d’avoir, depuis de nombreuses années, préparé le terrain aux violences physiques antisémites et/ou terroristes.

Le renoncement de l’État

Le responsable principal, c’est l’État républicain lui-même, ses dirigeants aux discours martiaux mais aux actes indigents. Il a cru qu’il suffisait de diaboliser les outrances verbales de LFI, de fermer quelques mosquées salafistes, d’expulser deux prédicateurs radicaux, ou encore de poser un bracelet électronique à un antisémite fanatique.

Or ce que vit la France, et en particulier les Juifs, mais aussi les musulmans victimes de racisme, procède d’une cause unique : le renoncement de l’État à frapper réellement les discours de haine. Tant que ces incitations ne seront pas sanctionnées par de lourdes peines d’emprisonnement, elles continueront d’empoisonner l’espace public, de légitimer les violences et d’alimenter le terrorisme.

La France est le pays le plus frappé par le nombre d’attentats islamistes, les complots islamistes déjoués et la violence antisémite. C’est le pays où le discours de haine de l’extrême gauche sur la place publique est le plus virulent, mais où, paradoxalement, la justice n’applique pas la loi !

Comment peut-on laisser impunis des responsables politiques qui qualifient régulièrement de « légitimes » les massacres du Hamas ? ils ne participent plus à un débat : ils célèbrent le crime. Présenter l’assassinat de 1 200 innocents comme un acte de résistance, c’est introduire une logique exterminationniste. Où s’arrêterait-on si tuer des civils est légitime ? À six millions ? Cette rhétorique est un appel au génocide.

Impunité

Le cas le plus récent d’un sentiment d’impunité est révélateur : le député LFI Thomas Portes s’est rendu au Liban pour rencontrer des membres du FPLP, organisation classée terroriste par l’Union européenne. Il s’est recueilli devant la tombe de Mohammed Youssef al-Najjar, l’un des planificateurs du massacre des JO de Munich en 1972, et a posé fièrement aux côtés de Georges Ibrahim Abdallah, l’icône de la gauche radicale qui a remplacé Trotsky (probablement trop juif désormais).

L’apologie implicite du terrorisme a des racines : elle vient des discours à peine subliminaux, et d’une justice mutique face à ces dérives historiques de LFI qui ont moins scandalisés que les sorties racistes de Jean-Marie Le Pen. Mélenchon, pendant un meeting pour les présidentielles 2017, attaque Manuel Valls :

Il est lié de manière permanente à la communauté juive et à l’arrogance de Netanyahu.

En 2019, après l’attentat de Halle en Allemagne, il évoque une « campagne du CRIF » et un climat orchestré pour les municipales : il s’agit d’une assimilation de l’antisémitisme à une manœuvre politicienne[2].

En janvier 2022, après l’attaque antisémite de Colleyville aux États-Unis, le Duce Rouge, encore lui, déclare qu’il y a « trop de commémorations » en France, et que « la Shoah a monopolisé la mémoire ».

Sans parler des défilés LFI/pro-palestiniens ; tolérance de l’État français vis-à-vis de slogans comme :

  • « Israël assassin »,
  • « Israël = nazi »,
  • « Khaibar ya Yahoud »[3].

La nazification d’Israël est évidemment une incitation à haïr les Juif, le fait d’appeler en toute occasion à boycotter des artistes ou sportifs israéliens, est une manière d’inciter à la haine contre les Juifs, puisqu’aucun représentant d’un autre pays au monde ne subit le même sort. Les mots ont préparé les actes antisémites actuels.

En droit français, l’apologie du terrorisme et la provocation à la haine ou à la violence (loi 1881, art. 24) sont sanctionnées jusqu’à 5 ans d’emprisonnement.

Quel auteur de propos incitateurs à la haine ou qui a fait l’apologie du terrorisme antisémite a passé une nuit en prison ?

L’explosion de l’antisémitisme et la terreur islamiste en France sont aussi le résultat d’une justice qui refuse de punir – autrement que par des sursis, des amendes ou des TIG dérisoires – les cas isolés où la haine est au ban des accusés.

Sansal le penseur abandonné, Abdallah le terroriste glorifié

LFI et la gauche radicale ont fait le choix de la Terreur : Mélenchon se croît l’héritier de Robespierre, mais il est plutôt en droite ligne de Doriot.

La preuve : abandonner l’homme de la liberté, glorifier celui qui a du sang sur les mains.

  • Boualem Sansal, écrivain libre, a payé de sa liberté le courage de dénoncer l’islamisme : prison, bannissement, silence gêné d’une certaine gauche qui détourne les yeux. Si Sansal avait été enfermé en Israël, nous aurions assisté à une émeute planétaire. LFI en tête de flottille.
  • Georges Ibrahim Abdallah, terroriste condamné pour complicité dans l’assassinat de diplomates français et américains, est quant à lui porté aux nues : ses partisans le travestissent en « résistant », en « prisonnier politique », comme s’il était un maquisard.

Ainsi va une certaine « gauche » : elle laisse croupir l’écrivain qui défend la liberté, mais élève au rang de martyr l’homme qui a tué des innocents.

L’avertissement de Weimar

En 1922, en Allemagne, le ministre juif et républicain Walter Rathenau, figure de la République de Weimar, fut assassiné par un groupe terroriste d’extrême droite. Que fit la droite nationaliste ? Elle glorifia ses assassins comme des patriotes, transformant un meurtre politique en geste héroïque. La République, trop faible pour frapper, envoya un signal mortel : on pouvait tuer un intellectuel juif et républicain sans être maudit.

La même année, en Italie, le député socialiste Giacomo Matteotti fut enlevé et assassiné par les escouades fascistes de Mussolini. Là encore, loin de condamner, le régime en construction couvrit les tueurs. Ce fut l’un des tournants qui ouvrit la voie à la dictature.

L’histoire est pourtant claire : ce n’est pas l’excès de liberté qui tue les démocraties, au contraire (laissons même les islamistes s’exprimer sur tous les plateaux de télévisions et radio mainstream face à des contradicteurs), mais l’absence de sanction ferme contre les propagateurs de haine.

La République de Weimar n’est pas morte de trop de répression, mais de trop de complaisance :

  • aux communistes, on infligeait des peines lourdes ;
  • aux nazis, des peines symboliques.

Hitler, coupable de haute trahison après le putsch de 1923, n’a fait qu’un an de prison ; et en a profité pour transformer son procès en tribune. Les SA pouvaient assassiner ou terroriser sans craindre la justice : sur 354 meurtres politiques d’extrême droite, plus de 300 restèrent impunis.

La France n’est pas Weimar mais la similitude est là

Hier, l’absence de sanction sévère contre les crimes politiques ; aujourd’hui, la même indulgence face aux discours de haine à profusion de LFI et des islamistes. Or, quand l’État abdique devant la haine :

  • les extrêmes prospèrent,
  • la terreur s’étend,
  • et les démocraties s’écroulent, minées par la lassitude d’un peuple qui ne supporte plus la lâcheté de ses dirigeants.

C’est exactement ce que vit aujourd’hui la France, prise dans la tenaille idéologique et violente que forment LFI et l’islamisme. Au bénéfice direct d’une extrême droite qui n’attend qu’une chose : ramasser les débris. Et accroître le chaos. Une extrême droite qui s’alliera probablement un jour avec les islamistes pour se maintenir au pouvoir, et que rejoindront alors de nombreuses brebis égarés de LFI.

[1] Voir la vidéo de Charles Rodwell.

[2] Après les massacres de 3 militaires et la tuerie de l’école juive Ozar Hatorah, Mélenchon avait déclaré : « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre [pour] montrer du doigt les musulmans ».

[3] « Khaybar, Khaybar , ya yahud » est la première partie du slogant « Khaybar, Khaybar, ya yahud, jaish al Mohammed sauf yaud », référence à la bataille de Khaybar de l’an 628 traduit par « Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l’armée de Mahomet reviendra ».

à propos de l'auteur
Eric est avocat en droit social à Paris.
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