L’évolution politique des religieux orthodoxes

DOSSIER - Dans cette photo d'archive du mardi 17 septembre 2019, des Juifs ultra-orthodoxes regardent le rabbin Israel Hager voter à Bnei Brak, en Israël. (AP Photo/Oded Balilty, Fichier)
DOSSIER - Dans cette photo d'archive du mardi 17 septembre 2019, des Juifs ultra-orthodoxes regardent le rabbin Israel Hager voter à Bnei Brak, en Israël. (AP Photo/Oded Balilty, Fichier)

Les religieux orthodoxes israéliens sont des politiciens parfaitement intéressés qui savent mettre leur idéologie de côté quand la situation l’exige. Leur seul but est d’obtenir, à n’importe quel prix politique, des financements pour leurs écoles talmudiques.

Pour cela, très pragmatiques, ils sont près à vendre leur vote pour quelques shekels de plus. Ils sont restés longtemps loin de leurs ministères qui subvenaient aux besoins de leurs électeurs qui ne travaillent pas pour étudier. Les yeshivas  s’effondrent par réduction de leur budget.

Mais ils sont inquiets de la tournure que prennent les sondages qui, selon l’instant présent, n’attribuent pas une majorité claire à Netanyahou. Ils ne sont donc pas prêts à se risquer à une exclusivité avec le Likoud si d’autres ouvertures leurs sont proposées, les voies du centre par exemple. Ils annoncent déjà la couleur qu’ils restent ouverts à toutes les propositions à venir.

Pourtant ils avaient fait la fête à la Knesset dans la nuit de la dissolution en se congratulant mutuellement. Les militants du Likoud, Yariv Levin et Dudi Amsalem ont entouré les leaders religieux Moshe Gafni, Yinon Azoulay et Meir Porush, pour se féliciter de la chute du gouvernement. Mais au réveil, le matin, ils ont compris que la situation n’était pas aussi évidente que prévue. L’issue des élections n’était pas inscrite sur le marbre. Le gouvernement de transition ne s’est pas désintégré dans des querelles intestines et la lutte interne et feutré au Likoud a prévalu. Beaucoup de conditions devaient être remplies avant que l’opposition puisse exulter.

Pour le Likoud et ses alliés, seul un gouvernement sous la houlette de Netanyahou aurait grâce à leurs yeux et s’il échouait à nouveau pour constituer une majorité malgré les 35 sièges qui lui sont attribués par les sondages, alors ils reprendront leur liberté, sous-entendu ils négocieront avec ceux qui auraient des chances d’être au pouvoir : «Nous sommes derrière vous tant que Netanyahou est à la tête du Likoud. Si le Likoud commence à jouer à des jeux et choisit des personnalités moins populaires comme dirigeants, comme Israël Katz ou Yuli Edelstein, ils devraient considérer un point : le soutien absolu des ultra-orthodoxes ne doit pas être tenu pour acquis». C’est dire si la pression est forte chez Netanyahou qui a compris que cela sera sa dernière tentative de revenir au pouvoir.

D’ailleurs de fortes personnalités sont lassées d’attendre un tour qui ne vient pas, et préfèrent se démettre. C’est le cas de Youval Steinitz, un loyaliste de longue date de Netanyahou, qui a servi à la Knesset pendant 23 ans, en occupant les postes de ministre des Finances, de ministre du Renseignement et de ministre de l’Énergie, et a présidé la puissante commission des affaires étrangères et de la sécurité de la Knesset. A seulement 64 ans, il jette l’éponge face à l’absence de contestation contre un leader qui l’empêche de revenir aux affaires. Il est certain que son parti, sous un autre leadership, rassemblera plus largement parce que le pays est définitivement à droite.

Les orthodoxes aussi commencent à se poser la question s’ils ont misé sur le bon cheval. L’un de leur porte-parole, Israël Eichler, a été clair. Si Netanyahou échoue à former une coalition, ils iront voir ailleurs, là où le blé est plus gras. Seul Arie Dehry du Shass, qui ne fait pas partie de la Knesset, reste dans les clous, estimant qu’il aura toujours le temps de virer de bord le moment venu. Le leader Gafni a enfoncé le clou en précisant que s’il existe un «partenariat naturel avec le Likoud, il n’est pas nécessairement éternel». On ne peut pas dire que les rats quittent le navire, mais c’est tout comme. De toutes façons, Gafni est à présent le chef incontesté des orthodoxes ashkénazes et séfarades. C’est lui qui imposera le ton même s’il doit briser l’union entre Déguel Ha torah et Agoudat Israël. Pour Gafni, il est vital pour ses ouailles qu’il puisse revenir aux affaires.

Netanyahou, qui est un fin politique, avait déjà anticipé ces problèmes et cela explique qu’il refusait une motion de censure contre le gouvernement. Pour lui, le moment n’était pas encore venu mais il a été pris de vitesse par Lapid.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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