L’Europe rêvée de Binyamin Netanyahou – et « sans vergogne »

« Sans vergogne, j’ai demandé l’aide de mes amis ici pour corriger ce que je pense être une opinion déformée, une vision déformée d’Israël dans l’UE », a déclaré le Premier ministre israélien lors d’une conférence de presse conjointe avec ses homologues estonien, letton et lituanien, à Vilnius le 24 août dernier.

Binyamin Netanyahou n’aime pas l’Union européenne qui le lui rend bien. Aux contentieux traditionnels sur la solution à deux Etats ou l’étiquetage des produits des territoires, se sont ajoutés cette année deux problèmes majeurs issus de la politique de Donald Trump : la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël avec le transfert de l’ambassade américaine, et le retrait des Etats-Unis de l’accord avec l’Iran. Et la série noire n’est sans doute pas terminée : si l’« affaire du siècle » préparée par la Maison Blanche (un règlement définitif du conflit israélo-palestinien) venait à être soutenue par les Européens, la diplomatie israélienne se trouverait en difficulté.

Aussi, le Premier ministre israélien a-t-il pris les devants. Les décisions européennes en la matière requérant un vote à l’unanimité, le Premier ministre israélien a observé avec intérêts les divisions apparues entre les Etats membres … et décidé de les utiliser. Déjà l’an dernier, il s’était rapproché des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie, République Tchèque) et avait participé à l’une de leurs réunions.

De façon très solennelle, il a reçu cet été à Jérusalem le Premier ministre hongrois, Victor Orban. Pour emporter le soutien de ses nouveaux alliés, Binyamin Netanyahou joue sur plusieurs registres : le registre nationaliste voire ‘illibéral’ de ces pays très critiques du fonctionnement de l’UE ; le registre économique en proposant de mettre à leur disposition les atouts de la high tech israélienne ; enfin le registre historique : il se déclare satisfait des déclarations contre l’antisémitisme de ses homologues des pays baltes, dont les milices avaient été de fidèles supplétifs des Einsatzgruppen dans la « Shoah par balles »; il a souscrit une déclaration commune avec le Premier ministre de Pologne qui dédouane ce pays de toute responsabilité dans la Shoah ; avec la Hongrie, il est allé plus loin, refusant de se solidariser avec le milliardaire Georges Soros, originaire de ce pays, où les autorités ont mené une campagne antisémite contre lui.

« Sans vergogne », en effet.

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Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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