L’Europe ne doit pas devenir le nouvel Eldorado des fossoyeurs de la liberté !

Des centaines de personnes se rassemblent sur la place de la République lors d'une manifestation dimanche 18 octobre 2020 à Paris. Des manifestations autour de la France ont été appelées en faveur de la liberté d'expression et pour rendre hommage à un professeur d'histoire décapité près de Paris après avoir discuté des caricatures du prophète de l'islam Mahomet avec sa classe. Samuel Paty a été décapité vendredi par un réfugié tchétchène de 18 ans, né à Moscou, abattu par la police. (Photo AP / Michel Euler)
Des centaines de personnes se rassemblent sur la place de la République lors d'une manifestation dimanche 18 octobre 2020 à Paris. Des manifestations autour de la France ont été appelées en faveur de la liberté d'expression et pour rendre hommage à un professeur d'histoire décapité près de Paris après avoir discuté des caricatures du prophète de l'islam Mahomet avec sa classe. Samuel Paty a été décapité vendredi par un réfugié tchétchène de 18 ans, né à Moscou, abattu par la police. (Photo AP / Michel Euler)

Stupeur, colère et haine ! Telles sont les émotions qui saisissent immédiatement tout Etre Humain digne de ce Nom en apprenant l’abjecte assassinat de Samuel Paty à Conflans Sainte Honorine.

La stupeur : s’en prendre à un enseignant parce qu’il fait son métier, c’est s’en prendre à l’éducation, et vouloir détruire les fondements de nos valeurs pour nous priver d’avenir. C’est vouloir substituer à la fabrique de citoyens égaux en droit et émancipés, la fabrique de monstres endoctrinés pour qui ne doit exister aucune autre vérité que la leur.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que l’on s’en prend à l’école. Déjà en 2012 Mohammed Merah avait assassiné dans des conditions particulièrement atroces trois enfants, Gabriel, Aryeh, Myriam, âgés de 3, 6, 8 ans et un enseignant Jonathan, de l’institution juive Otzar Hatorah. A l’époque on avait parlé d’un loup solitaire plutôt que de nommer le mal : l’islam radical et politique.

Qu’a-t-on fait depuis pour que cela ne se reproduise plus ? Apparemment pas grand-chose d’efficace si, en 2020, un Elu de la Courneuve qui voulant « devenir le nouveau Mohamed Mérah » n’a écopé que d’une peine d’intérêt général. Le résultat, nous voilà une fois de plus, quelques « loups solitaires » plus tard, confrontés à l’horreur.

La colère : La liste est longue des attentats islamistes. Et la France serait l’un des pays au monde les plus touchés par ce fléau. Ce qu’on avait du mal à accepter, s’est depuis enraciné, renforcé et institutionnalisé. Ce ne sont plus que la seule communauté juive ou les dangereux « fichés C » armés d’un crayon, les seules victimes. Désormais chacun d’entre nous est une cible désignée, simplement pour ce que nous sommes, sans justification d’aucune sorte pour légitimer ces actes barbares. Et pourtant, on peine toujours autant à nommer le mal, préférant parler de « séparatisme ».

Ces nouveaux « loups qui sont entrés dans Paris », pour paraphraser Serge Reggiani, ne se veulent pas séparés, ils veulent nous terroriser, nous imposer leurs vues ou alors nous détruire. Tout cela n’est pas nouveau et des propositions concrètes et applicables ont déjà été formulées. Il suffit de relire les 500 pages des comptes rendus publics – avec un volume équivalent de notes classifiées- de la commission d’enquête parlementaire sur les individus et les filière djihadistes de 2015 pour laquelle j’avais été auditionné. Les solutions existent, alors pourquoi ne les a-t-on pas mises en œuvre ?

C’est la haine qui fait ensuite place à la colère et à la stupeur. La haine pour les bourreaux. La haine pour ceux qui les armes et les conditionnent. La haine pour ceux qui lancent des décrets religieux, des fatwas, contre l’écrivain Salman Rujdi pour ses « versets sataniques » hier ou aujourd’hui contre l’enseignant Samuel Paty pour avoir illustré un cours sur la liberté d’expression avec les caricatures de Charlie Hebdo.

La haine pour les couards et les lâches qui devraient mettre l’énergie qu’ils déploient à être aveugles, sourds et muets ou à lutter contre les lanceurs d’alerte, dans le combat contre les tenants de l’islam radical et politique. La haine pour les complices, y compris ceux du monde politique qui pour glaner quelques voix et se faire élire courtisent, si ce n’est pactisent avec les contempteurs de la République et de la Laïcité, d’ici ou d’ailleurs. La haine enfin de ne pas voir appliquer la loi et les coupables condamnés à la hauteur de leurs crimes.

Malheureusement, avec toute cette haine qu’ils nous inspirent, nous finirons par devenir comme eux, des monstres sans nuances ne cherchant plus qu’à nous venger, en rendant responsables tous les musulmans, les extrémistes comme les modérés, ceux qui ne font pas le buzz sur les plateaux télé et qui se comptent parmi les victimes. Ce serait leur victoire et le triomphe de leur prophétie autoproclamée.

Ni pitié ni haine pour les barbares !

Si la haine nous aveugle, la pitié pour ces êtres privés d’humanité est ignoble car elle met sur un pied d’égalité coupables et victimes. Et pourtant il en est encore qui même aujourd’hui après le dernier drame cherchent des justifications, si ce n’est des excuses. Il est grand temps de tracer une ligne rouge hermétique entre le bien et le mal, entre eux et nous. Ce n’est pas une commission de plus ou une nouvelle loi qui changeront les choses. L’arsenal juridique est déjà pléthorique.

Ce qui manque c’est le courage politique de le signifier et de sanctionner ceux qui passent outre, comme ces élus de la République qui contre l’avis de leurs instances nationales ont commis des alliances contre nature avec des islamistes. Comme le dit Boualem Sansal, « il n’y a pas de dose minimale acceptable pour l’islamisme radical ». Il n’a pas sa place dans l’espace républicain.

Si les démocrates n’agissent pas, ce sont d’autres extrémistes qui le feront, issus de la mouvance d’extrême droite, des mouvements néo-nazi et autres suprématistes qui ne rêvent que d’en découdre pour remettre au gout du jour leur « Ordre Nouveau ».

Les fascistes et les islamistes sont le manche et la cognée de la masse qui veut en finir avec la République.

à propos de l'auteur
Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée, il est vice-président du Think tank Le Mouvement. Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif Tous Enfants d'Abraham.
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