Lettre ouverte à Nadav Lapid

Tu y as cru si fort, Nadav, et pendant si longtemps.
Tu étais convaincu qu’à certaines conditions, on finirait par t’aimer. Par te décerner des distinctions, un peu comme autrefois on accordait un passe-droit aux Juifs de cour ou, plus récemment, à ceux dont le désir d’être aimés était aussi maladif que le tien, et qui devinrent les administrateurs zélés des Judenrat.
Tu as tellement voulu y croire, Nadav, que d’un film au suivant, tu as ressuscité un mythe moyenâgeux – celui du Juif ontologiquement mauvais – pour le remettre au goût du jour sous les traits de l’Israélien corrompu, menteur, laid, violent – bref : une véritable anomalie de la nature, un scandale insoutenable, sans lequel le genre humain pourrait enfin couler des jours tranquilles.
Et au début, ça a marché ! Ils t’ont même fait « Chevalier des Arts et des Lettres ». La gloire était à portée de main, Nadav. Tu te disais qu’en redoublant d’efforts, en crachant toujours plus fort sur Israël, on te confierait peut-être un jour la direction du Commissariat général des Affaires juives ! Comme en 1941, Nadav.
Alors les toutes dernières digues ont cédé.
Ta haine d’Israël s’est transformée en « boulimie » (le mot est de toi).
Même sur les flots de sang du 7 octobre, tu as dansé. Même les hurlements des mères dont les enfants étaient mitraillés, brûlés vifs dans les kibboutzim, même les filles violées, éviscérées, même les vieux rescapés de la Shoah déportés à Gaza – tu en as fait un prétexte pour qualifier la société israélienne de « pornographique », d’infâme et, finalement, indigne d’exister.
Mais attention : dans tes interviews, tu ne manquais jamais de spécifier que ta vraie cause, c’est « l’amour » : tu disais vouloir incarner la « bonté dans un monde mauvais ». Défier le « pouvoir ». Faire reculer le Mal et les méchants. « Appartenir au camp de ceux qui aiment et veulent être aimés ». Que d’émotions, Nadav ! Tu en profitais aussi pour te donner des airs de « dissident ». Toutefois, tu ne crachais pas sur le fric que t’accordaient les fonds publics israéliens, comme tes détracteurs ont parfaitement raison de le répéter aujourd’hui. Un « dissident », toi ? Un « opposant » dans un pays où tu n’as connu ni la censure, ni l’ombre d’une persécution, et qui t’a même grassement financé ?
Il fallait que tout cela cesse, Nadav.
Alors c’est arrivé.
Tu avais tout fait, tout dit, tout essayé contre Israël – et pourtant, tu étais encore trop « juif » aux yeux de ton milieu.
Tu étais certain d’avoir déjà donné tous les gages, commis toutes les infâmies – mais ça ne suffisait pas, et ils t’ont collé une étoile bleue sur la poitrine.
Tu es donc allé chialer sur les plateaux télé, à la radio. Comme frappé du syndrome de Gilles de la Tourette, tu as redoublé d’injures à l’égard d’Israël – mais c’était déjà trop tard. Tes « amis » d’hier s’en foutaient.
Quelle belle leçon d’Histoire, Nadav !
En vérité, tu nous rappelles ces juifs allemands, héros de la Première guerre mondiale, qui s’affublaient de leurs médailles en partant vers les chambres à gaz.
Et quand un matin qui ressemblera à celui du 7 octobre, des grands pacifistes bourrés d’explosifs du genre Hamas enfonceront ta porte, nous en sommes sûrs et certains : tu leur diras que toi, tu n’étais pas comme les autres ; tu leur diras que toi, tu as haï Israël de toutes tes forces, et que toute ton « œuvre » est une ode infinie à sa damnation – mais là non plus, Nadav, ça ne suffira pas.
Publié par YAM – Forum des Jeunesses, des Arts et de la Culture (Genève/Tel Aviv).
