Lettre à mon fils 6 : La vie mode d’emploi

Mon amour de fils.

Je ne suis pas médecin. Certes.

Mais comme chacun de nous sur cette terre, je n’en dispose pas moins d’un terrain d’expérimentation physiologique de premier choix. Quoi ? Mon propre corps est une pure merveille, avec ses 206 os, même si paraît-il, l’ostéoporose les menace, ses 639 muscles, que je ne sollicite pas frénétiquement en salle, je te l’accorde, mais qui me sont tout de même bien utiles, quand je pédale sur mon petit vélo ou quand je déplace des meubles, son agencement quasi miraculeux de systèmes fonctionnels ultra perfectionnés, même si, comme le soulignait fort justement Desproges, le verrat périgourdin bénéficie de la même géniale complexité, et surtout ses deux cerveaux, celui du haut, même si, je te le concède, ses connexions neuronales ne te sont pas toujours ultra performantes, et celui du bas, avec son microbiote hallucinant et les 100 000 milliards de bactéries, virus, parasites et autres champignons qu’il abrite totalement à l’insu de mon plein gré, c’est dégoûtant, mais quand même.

Et pour ce qui est de mon approche empirique du sujet, ce n’est pas tout. En temps que mère, j’ai eu aussi pendant plus de 20 ans la responsabilité d’autres terrains en expansion, le tien et celui de tes soeurs, et que veux-tu que je te dise, je n’ai pas pu m’empêcher de tirer certaines conclusions de nombre de mes observations. J’ai le droit ? Oui ? Non ? 

Qu’importe. Je les ai tirées quand même.

J’ai commencé par vérifier un simplissime principe de base, à savoir que nous sommes des machines à vivre et que, à priori, nous sommes équipés pour faire face à la plupart des rencontres. Nous nous adaptons naturellement aux atteintes qui se présentent et face aux agressions, notre système immunitaire est censé gérer. C’est sa fonction. S’il reconnaît la situation, il la traite, s’il ne la reconnaît pas, il étudie les options en maintenant la machine en état de surchauffe. C’est super bien fait comme truc.

Un second principe est que notre petite machine est pleinement intégrée au monde de la vie sur terre, auquel quantités d’interactions nous lient. Pas toutes connues, ni maîtrisées, mais incontestablement présentes. Quand nous nous extasions sur les bienfaits de la mangue ou du paprika, ou encore ululons notre émerveillement devant les propriétés antiseptiques, antibiotiques et antivirales du citron, nous ne faisons jamais qu’exprimer notre désarroi face à un système parfaitement autonome qui nous dépasse largement et dont nous ne représentons qu’une infime part passablement parasitaire. C’est vexant. 

Troisième observation, l’obsolescence programmée de notre merveilleuse machine n’amoindrit en rien ses performances techniques ni ses perspectives de joie et c’est à toi de choisir d’en faire un moteur ou un frein.

Ma conclusion est que si la nature est bien faite, et elle semble l’être, puisqu’elle fonctionne, il faut peut-être l’écouter plus, l’écouter mieux et surtout, lui faire confiance.

De toute façon, on peut monter descendre, dans ce système-ci, la vie est un principe de base, un postulat, que l’on ait ou non lu Spinoza et elle est plus forte que tout. Même si ce n’est pas forcément la nôtre !

Quoi ?!

Prends soin de ta sirène, mon ange et prends soin de toi.

à propos de l'auteur
Elle a fait de la radio, de la presse écrite, beaucoup de dessins et des chroniques d’audience en France. Depuis 10 ans en Israël, elle enseigne et a même fini par ouvrir une galerie d’art (ce pays rend fou). Plus concrètement, elle est surtout la mère dépassée de trois merveilles de gosses et réussit très bien le clafoutis, le crumble et le tiramisu.
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