Lettre à mes compatriotes français effrayés effarés

Illustration. Des membres du collectif "Nous Vivrons", un groupe de lutte contre l'antisémitisme, lancent des pétales de roses pour symboliser la "fin" du parti socialiste français, alors qu'ils protestent avec une banderole "L'antisémitisme n'est pas une promesse de campagne" lors d'une manifestation devant le bâtiment de la Maison de la Chimie où le "Nouveau Front Populaire", un pacte électoral entre plusieurs partis de gauche, devrait être annoncé plus tard dans la journée, à Paris, le 14 juin 2024. (Crédit : Julien De Rosa/AFP)
Illustration. Des membres du collectif "Nous Vivrons", un groupe de lutte contre l'antisémitisme, lancent des pétales de roses pour symboliser la "fin" du parti socialiste français, alors qu'ils protestent avec une banderole "L'antisémitisme n'est pas une promesse de campagne" lors d'une manifestation devant le bâtiment de la Maison de la Chimie où le "Nouveau Front Populaire", un pacte électoral entre plusieurs partis de gauche, devrait être annoncé plus tard dans la journée, à Paris, le 14 juin 2024. (Crédit : Julien De Rosa/AFP)

« Moi qui suis un Juif de gauche, je n’en ai rien à faire d’une certaine gauche, qui veut libérer tous les hommes du monde aux dépens de certains d’entre eux » Hervé Pagani.
« Ce qui a tué la gauche, ce n’est pas Macron, c’est qu’elle est devenue méchante, aigrie, elle est devenue juste la volonté de combattre, elle a perdu ce qu’elle avait de plus beau : l’espérance. Le fait de dire juste une chose : demain ce sera mieux. Et entre nous, on va tout faire pour que demain soit mieux. C’est ça, le cœur de la crise. Et c’est partout dans le monde » Malek Boutih.
« On emporte un peu de sa ville aux talons de ses souliers » Enrico Macias.
« Là-bas, faut du cœur et faut du courage, mais tout est possible à mon âge, si tu as la force et la foi » Jean-Jacques Goldman.

Chers électeurs du NFP,

Depuis neuf mois, la situation des Juifs à travers le monde est devenue irrespirable. En tant que citoyenne française, je vais évoquer celle du pays où je vis depuis trente-sept ans, interrompue par un séjour d’environ deux ans à Jérusalem. Je vais parler de ce que vivent les Français juifs – notez que je l’écris dans cet ordre, Français, juif – ont été trahis, abandonnés, trompés, livrés à la vindicte de la vertu qui comme chacun sait est toujours parée des ornements de la probité et vêtue de lin blanc.

Des étudiants, français, juifs, ont été pris à partie, doxxés[1], agressés, certains ont préféré ne plus revenir à l’université. À l’heure où j’écris, un vigile a été blessé en défendant les enfants de l’école juive Kerem Menahem à Nice, cibles d’insultes antisémites et les sbires de Rima Hassan ont frappé un jeune homme de quinze ans dans le métro tout en le forçant à crier « vive la Palestine » .

Lors de manifestations contre l’antisémitisme, le Président de la France, Emmanuel Macron, n’a pas jugé bon de se déplacer, estimant que ce n’était pas son rôle, laissant la place au RN. Dernièrement, une petite fille juive de douze ans a été violée et battue en raison de sa judéité. « Attendons les résultats de l’enquête » , nous a-t-on dit, après les aveux des criminels et la découverte des preuves sur leur mobile, guère plus âgés que leur victime et biberonnés aux images antisionistes via internet.

Quand le parti politique LFI ou le NPA donne légitimité aux viols et aux massacres du Hamas, que peut-on attendre ? L’ensemble de la gauche a récemment déclaré que la question de l’antisémitisme faisait débat. Aujourd’hui, on nous demande de faire barrage au RN. À ma grande tristesse, je sais que certains Français juifs – je sais, les répétitions constituent un défaut de style mais je continue d’insister – voteront RN car ils ne savent plus vers qui se tourner pour être protégés et entendus, oublieux des origines du parti fondé par d’anciens SS, ignorant que le parti est financé par la Russie elle-même proche des mollahs d’Iran, qui ne sont pas connus pour leur philosémitisme ni leur amour de la démocratie. Si l’extrême-droite présente aujourd’hui un visage plus propre que celui d’antan, elle est toujours aussi dangereuse et porteuse de racisme et d’antisémitisme. À ceux-là, je leur crie : vous ne pouvez pas chanter « femme, vie, liberté » ou « le peuple d’Israël vit » et voter RN en même temps.

La gauche a édicté une jolie charte contre l’antisémitisme à laquelle chaque membre est censé souscrire. Le 30 juin dernier, plusieurs députés LFI ont été massivement élus au premier tour des élections législatives, dont ceux qui ont accueilli des terroristes islamistes à bras ouverts ou brandit un drapeau palestinien à l’Assemblée Nationale.

Aujourd’hui, des Français, tous surpris et effrayés que le RN soit arrivé en tête de nombreuses circonscriptions, réclament des Français, juifs, un sacrifice : voter pour le NFP qui a accepté en son sein le poison qui les tue. Voici un échantillon de ce que de bons Français, patriotes, la main sur le cœur et la grandiloquence dégoulinante en bandoulière, m’ont écrit sur les réseaux sociaux :

– Vous devez voter NFP en mémoire de vos grands-parents déportés à Auschwitz.

– Si vous décidez de ne pas voter NFP, vous porterez la responsabilité d’avoir mis le RN au pouvoir. Arriverez-vous à vivre avec cela ?

– Nous, on n’a nulle part où aller, vous avez Israël, pensez à ceux qui vont devoir vivre sous la férule d’un régime fasciste.

Étrange paradoxe : cela ressemble à une demande d’asile auprès d’un pays que vous n’avez cessé de qualifier de génocidaire pendant neuf mois ! Souhaiteriez-vous devenir israéliens vous aussi ?

– Seul le parti LFI est antisémite, LFI devra composer avec les autres partis de gauche.

LFI est incontrôlable depuis son arrivée à l’Assemblée Nationale sans que personne ne semble en mesure de contenir leurs débordements.

J’ai récité le kaddish sur la gauche le jour où Raphaël Glucksmann a accepté de s’allier à un parti qui lui a craché au visage en raison de sa judéité bien qu’il soit français, mais pas français, juif – j’espère que la formule pénètre bien votre esprit, j’insiste. Son ascendance juive paternelle a été jugée suffisante pour justifier les insultes qu’il a subies. Critères égaux à ceux des lois de Nuremberg promulguées en 1935.

Vous vous êtes alliés avec LFI dont le chef de file, Jean-Luc Mélenchon, estime que l’antisémitisme est résiduel, bien qu’il n’ait cessé de l’alimenter, à un fiché S, Raphaël Arnaut, à Rima Hassan qui propage l’idée que les Israéliens dressent des chiens pour violer des Palestiniens[2].

Moins de trois semaines après le viol d’une petite fille juive par d’autres enfants du même âge, vous réclamez à vos compatriotes, citoyens Français, juifs, de se sacrifier. Certains le feront de bon cœur ou à regret. D’autres, de plus en plus nombreux, le refusent, et se sont lancés activement dans le projet de quitter la France pour Israël.

Je suis de ceux-là, car je ne conçois pas de choisir entre « l’antisémitisme historique » et « l’antisémitisme contextuel » . Vincent Lemire et Arié Alimi, je m’adresse aussi à vous. Je refuse catégoriquement de donner encore un peu de chair à ceux qui ont vendu notre peau – avant qu’elle ne soit tuée ? Français qui êtes prêts à marchander vos compatriotes – il est vrai que nous ne représentons que 0,6% d’entre vous – aujourd’hui, vous estimez paradoxalement que cette infime partie de la population compte énormément.

Certains d’entre vous évoquent la vague massive d’alyah qui a eu lieu en 2014 : mal préparée, elle a donné pour résultat de nombreux retours en France. Souvenez-vous, dans les rues de Paris, on a crié en toute décontraction  » Juif-Juif-Juif, la France n’est pas à toi  » et vous ne vous êtes pas révoltés, ni quand on a hurlé  » mort aux Juifs » dans le Cinéma 66 de Champigny-sur-Marne, cet évènement a juste fait l’objet de trois lignes dans la rubrique faits divers de certains journaux quand il a eu l’heur d’être mentionné.

Je ne parle même pas de l’abandon que nous avons ressentis lors de l’assassinat par un extrémiste islamiste au nom de la Palestine d’enfants juifs et d’un professeur à la sortie de l’école juive toulousaine Ozar Hatorah. Ceux qui sont revenus en France en 2014 sont désormais avertis de ce qui les attend en Israël quand ils retourneront dans un pays criblé de balles, de roquettes et de traumatismes – ça non plus, ça ne vous interroge pas : qui est assez fou pour aller vivre dans un pays en guerre ? L’ Agence Juive a compris qu’il fallait introduire les Français juifs au monde du travail israélien et intensifier l’apprentissage de l’Hébreu bien avant le départ.

L’idéalisme est devenu pragmatique. Allons-nous réussir et nous intégrer cette fois ? Nous ne le savons pas encore mais nous nous y préparons. Certains d’entre nous ont admis avec difficulté une réalité vertigineuse depuis les massacres et les kidnappings du 7 octobre : nous ne serons jamais totalement en sécurité nulle part, nous ne pouvons compter que sur nous-même, mais nous savons qu’il existe un lieu où nous serons libres d’exister : Israël. Libres d’étudier, de ne pas avoir à justifier notre naissance, de faire pleinement partie du tissus citoyen et politique de la manière qui nous semblera la plus juste. Nous aurons des désaccords, nous chercherons la paix, nous manifesterons, non pas pour qu’on nous autorise à exister, mais pour porter librement notre pensée et nos convictions. Je sais que cela peut vous surprendre : nous ne sommes pas un tissu homogène uniquement partisan de Benyamin Netanyahou. Pire, certains d’entre nous apprécient Netanyahou mais on continue de leur adresser la parole.

Vous pensez que nous choisissons la fuite et la facilité ? Nous ne perdons pas de vue que la liberté se paie extrêmement cher et nous espérons que le prix se limitera à celui de la nourriture ou du loyer car d’autres ont déjà payé celui du sang. Nous savons aussi que nos enfants devront probablement faire leur service militaire et que nous ne les laisserons pas partir en réserve de gaîté de cœur. Les jeunes, à peine bacheliers, à peine arrivés, seront rapidement enrôlés s’ils font leur alyah. Contrairement à ce que vous pensez, nous n’aimons pas la guerre, nous n’aimons pas la mort, nous n’aimons pas souffrir ni faire souffrir, nous préférons danser.

Je vous rassure : la crise française passera. Les questions sont quand et comment. Il ne tient qu’à vous qu’elle soit jugulée et se termine aussi tôt que possible. Comment ?

En refusant le moindre compromis avec ceux qui encouragent le terrorisme islamiste. Cessez de jeter l’anathème nazi sur ceux qui votent à droite, n’oubliez pas que les mots ont un sens, que tout ce qui à droite de la gauche n’est pas fasciste.

Retrouvez ou acquérez le sens de la nuance qui permet la discussion et le discernement. De même que vous refusez à juste titre l’extrême-droite – mais pas tant que ça si j’en juge les derniers résultats des élections – rejetez les vices de l’extrême-gauche. Elle ne vous sauvera pas, vous subirez sa violence et son incompétence.

Les Français juifs qui s’en vont vous souhaitent bonne chance, et bon courage. Nous serons toujours, français, juifs, et nous allons devenir français, israéliens, juifs, dans cet ordre ou dans un autre car l’identité n’est pas fixe : elle est mouvante, elle vit parmi d’autres et en choisit les couleurs parmi celles qui lui vont bien ; vous devez aussi guérir de la maladie de l’identité monolithique. Et bien malin celui qui saura donner une définition limitée à ce qu’est un Juif.

Comme nos grands-parents de Pologne ou nos parents du Maghreb, nous préparons nos valises. N’oubliez pas une chose : quand les Français juifs seront partis, votre rage demeurera. La rage brûle et détruit. Il est grand temps pour vous d’utiliser votre énergie pour construire ensemble une véritable alternative aux extrêmes de tous bords, en proposant un vrai projet de société généreux, solidaire et juste, pour tous les citoyens français, quelles que soient leurs différences. Le saucissonnage intersectionnel ou indigéniste ne peut que vous perdre.

J’emporte avec moi ces images déchirantes des Beaux-Arts de Paris et de la Place de la République vandalisés par des pro-islamistes, mais aussi les livres de Émile Zola, Victor Hugo, Edmond Jabès, la beauté du jardin du Luxembourg, et les désillusions de Malek Boutih que je vous invite à écouter avec attention sur ce lien :

[1] doxxé : anglicisme, divulgation de données personnelles.

[2] Des Palestiniens violés par des chiens» : Conspiracy Watch épingle une fausse information lancée par Rima Hassan

à propos de l'auteur
Célibataire à milliers de chats hiérosolymitains, spécialiste en déménagements, n'a toujours pas perdu la boussole, a déjà vendu des glaçons chauffants et des couvertures qui grattent, créé des publicités véridiques, écrit des lettres pour amoureux transis de langue empêchée. Alumna de l’Institut Pardes à Jérusalem, diplômée en arts plastiques et sciences de l’art, rédactrice de contenus en devenir.
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