L’été sera chaud
La météo nous le dit : l’été sera chaud. En politique aussi. Á l’heure où ces lignes sont écrites, on ne sait toujours pas si la loi sur la dissolution de la Knesset adoptée à l’unanimité en première lecture sera confirmée en seconde et troisième lectures.
Les élections prévues pour le 27 octobre seraient alors avancées de quelques semaines. Ce qui ne changerait peut-être pas grand-chose aux résultats, et encore moins à la tonalité de la campagne. Tout montre qu’elle véhiculera fake news, attaques grossières et outrances en tous genres. Sur les réseaux sociaux comme à l’accoutumée, et peut-être même dans la rue. On a déjà eu l’occasion de décrire ici les agressions subies par des personnalités aussi diverses qu’un ancien président de la Cour suprême, une célèbre journaliste ou encore des responsables militaires. Ce climat détestable a atteint un sommet lors de l’arraisonnement de la « Flotille pour Gaza ». Pour Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale (c’est-à-dire de la police), l’occasion était trop belle. Et l’occasion fit le larron. Les bateaux, avec des dizaines d’activistes propalestiniens à leur bord, furent débarqués en Israël. Le héros du jour, drapeau israélien à la main, déclarait à qui voulait l’entendre et face à une mini-caméra : « Bienvenue en Israël. Nous sommes chez nous ». Le tout sur images de prisonniers à genoux, avec un fond musical faisant suivre l’hymne national (« Ha Tikva ») de la chanson-vedette de l’Eurovision (« Michelle »). La vidéo fit le tour du monde. Du grand art.
Les critiques du ministre des Affaires étrangères et du Premier ministre (« Ces images ne sont pas conformes aux valeurs d’Israël ») ne sauraient faire oublier le fait politique majeur : Itamar Ben Gvir a réussi son entrée en campagne en faisant parler de lui. Et ce n’est qu’un début. Depuis des années, il est devenu le chef incontesté de l’extrême droite israélienne en battant à plate couture son associé et rival Bezalel Smotricht. Disposant aujourd’hui à la Knesset d’un groupe de sept députés, il entend augmenter substantiellement sa représentation parlementaire. Les divisions réelles ou supposées de la coalition lui ouvrent un boulevard. Il peut se présenter comme le défenseur intransigeant de la sécurité des Israéliens, n’hésitant pas à réprimer fortement les « partisans du terrorisme ». Dans l’Israël de l’après 7 octobre, nul doute que ce positionnement rencontre un écho favorable. Á ceux qui en douteraient, on rappellera une règle de la science politique. Une règle non écrite mais vérifiée sur tous les continents : l’insécurité constitue un terreau favorable pour l’extrême droite. Surtout quand l’insécurité n’est pas vraiment combattue. Sauf en images. Et quand la météo électorale s’y prête.
