L’Etat palestinien existe de facto dans la bande de Gaza

Des Palestiniens nageant dans la mer Méditerranée au coucher du soleil, sur la plage du camp de réfugiés de Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le vendredi 20 août 2021. (AP Photo/Adel Hana)
Des Palestiniens nageant dans la mer Méditerranée au coucher du soleil, sur la plage du camp de réfugiés de Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le vendredi 20 août 2021. (AP Photo/Adel Hana)

Le Premier ministre, Naftali Bennett, vient de confirmer qu’il s’oppose catégoriquement à la création d’un Etat palestinien et que Mahmoud Abbas n’est plus un partenaire pour la paix.

« Je ne vois aucune logique à rencontrer quelqu’un qui poursuit des soldats de Tsahal au Tribunal international de La Haye et les accuse de crimes de guerre, et qui en même temps verse des salaires à des terroristes », a déclaré Bennett aux différentes chaines de la télévision israélienne.

Des propos clairs et courageux prononcés après des visites officielles à Washington et au Caire, juste un an après la signature des Accords d’Abraham, et à la veille de son premier discours à l’Assemblée générale des Nations unies.

C’est bien la première fois, depuis les Accords d’Oslo signés en septembre 1993, qu’un Premier ministre israélien affirme clairement qu’il s’oppose à la création d’un Etat palestinien. Depuis juin 1967 à ce jour, aucun gouvernement n’a pas non plus procédé sérieusement à l’annexion de toute la Cisjordanie.
Bizarrement, les réactions des médias et des milieux politiques étaient biens timides aux propos de Bennett. Aucune condamnation sévère non plus de la part de l’administration américaine ou de l’Union européenne n’a été entendue.

Contrairement aux critiques acerbes et violentes contre le précédent gouvernement, voilà qu’on s’accommode facilement avec la politique intransigeante de Bennett. Pour éviter la chute de son cabinet on devient soudain conciliant et capable de trouver des accommodements et des compromis à l’amiable. Bien entendu, l’hypocrisie est omniprésente, flagrante.

Cependant, cette attitude complaisante peut devenir un atout considérable pour l’actuel gouvernement, à condition bien sûr de maintenir ses promesses, poursuivre une ligne claire et limpide, malgré toutes les pressions exercées et les contraintes de la fragile coalition.

Sur la solution du problème palestinien, le gouvernement Bennett parle de plusieurs voix mais tous les ministres s’accordent pour consolider des liens et des connexions avec les responsables palestiniens de Cisjordanie afin de maintenir le calme et la coordination sécuritaire et soutenir des projets économiques et humanitaires.

La majorité des ministres des partis du centre et de la gauche israélienne souhaitent appliquer la formule : « deux Etats pour deux peuples », Bennett préfère le statu quo, même si l’immobilisme pourra aboutir un jour à un seul Etat « israélo-palestinien » de la « mer au fleuve » …

Dans cet enchainement d’arguments logiques mais aussi très risqué à la longue, on ne peut ignorer le Hamas et ses provocations quotidiennes. La situation dans la bande de Gaza est explosive et elle ne peut plus durer encore. Chaque jour, des cerfs-volants bourrés d’explosifs brûlent des champs d’agriculteurs et détruisent toute plantation et les tirs de roquettes se poursuivent. Les raids ponctuels effectués par Tsahal n’apportent pas non plus de solution car le Hamas les utilise comme chantage pour tester les intentions israéliennes et gagner des points au sein de la population palestinienne.

Une nouvelle guerre contre le Hamas sans obtenir une solution politique, au lendemain des hostilités, ne changera en rien les intentions belliqueuses du mouvement islamiste.

Le Hamas est un mouvement religieux fanatique et une filière de la confrérie des Frères musulmans. Il ne souhaite aucun compromis et ne cherche que sa propre survie. Toute trêve n’est pour lui qu’un ballon d’oxygène pour pouvoir se réorganiser, s’armer et préparer le nouveau round.

Le Hamas et le Jihad islamique sont encouragés et financés par le Turc Erdogan, et les Ayatollahs d’Iran.

Mis à part l’Egypte, aucun pays arabe n’ose vraiment intervenir directement dans ce bourbier. La dernière rencontre Sissi-Bennett à Charm-el-Sheikh ouvre une nouvelle page dans les relations entre les deux pays voisins.

Quant à la communauté internationale, elle proteste toujours contre les raids israéliens et contre la « disproportion de la riposte », mais n’intervient pas pour désarmer les terroristes de la bande de Gaza, et n’agit pas pour démilitariser complètement ce maudit territoire.

Sans un soutien déclaré des Etats-Unis, une nouvelle guerre totale pour démanteler définitivement l’arsenal militaire du Hamas demeure improbable. Après l’humiliant retrait des troupes américaines de Kaboul, devant la faiblesse occidentale à l’égard de l’Iran et dans le combat contre les Islamistes, l’administration Biden ne souhaite plus intervenir dans les conflits de notre région. Ses préoccupations sont plutôt dirigées vers l’Extrême Orient et particulièrement contre la Chine.

Les spécialistes du monde arabe ainsi que les dirigeants européens se trompent en pensant que le Hamas puisse reconnaître un jour l’existence de l’Etat juif. En revanche, il est temps que la communauté internationale reconnaisse que la formule « deux Etats pour deux peuples » existe déjà pour la bande de Gaza. Elle est donc caduque pour la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie car il ne pourrait y avoir trois Etats.

Pour sa part, Israël devra affirmer clairement que la bande de Gaza est le seul et unique Etat palestinien et tant que le Hamas sera au pouvoir il est considéré comme un territoire ennemi.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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