L’État d’Israël pris en otage par son Premier ministre

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse à l'hôtel Orient à Jérusalem, le 1er janvier 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse à l'hôtel Orient à Jérusalem, le 1er janvier 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Benyamin Netanyahou demande au Parlement de lui accorder l’immunité. Ce n’est que le dernier des actes procéduriers initié par le Premier ministre israélien pour retarder les poursuites judiciaires dont il est l’objet.

Rappelons qu’il est inculpé dans trois affaires différentes dont deux pour abus de confiance et tromperie et une pour corruption, abus de confiance et tromperie. Pour faire valoir ses droits à une telle immunité, il invoque pour sa défense trois points essentiels : discrimination sans précédent légale, accusation de mauvaise foi, procédure pénale qui discrédite le Parlement.

Certes, l’immunité est un droit inscrit dans la Loi de gouvernance. Elle ne s’applique pas automatiquement, mais peut être accordée au député qui la demanderait. Elle doit, cependant être votée à la majorité absolue par la Knesset. L’immunité parlementaire ne peut concerner que des actes commis dans l’exercice des fonctions des députés. Sachant qu’elle n’est pas facile à obtenir, la Haute Cour de justice disposant d’un droit d’arbitrage, très peu de parlementaires ont jusqu’à présent demandé d’en bénéficier. Aucun Premier ministre n’a jusqu’à présent usé d’un tel droit. Depuis l’instauration de la loi d’immunité, ceux d’entre eux qui étaient soupçonnés par la justice ont préféré démissionner avant même d’être poursuivis. C’est ce que fit Ehoud Oulmert. 

Une nouvelle ère s’annonce en Israël. Un Premier ministre, en l’occurrence Netanyahou, jette le doute sur la machine judiciaire. Il accuse, pêle-mêle, la police, le procureur général, le conseiller juridique du gouvernement, la presse et tous ceux qui ne sont pas de son camp.

Pour justifier son attitude, il mobilise ses électeurs en les convainquant qu’il est victime d’un coup d’État ourdi par les institutions. Il les appelle à la rébellion et s’adresse surtout aux citoyens de la périphérie qui, pour des raisons historiques,  se méfient des institutions de l’État. Excellent orateur, parfois presque hypnotiseur, il joue sur les sentiments des plus défavorisés à des fins personnelles. Il s’en sert comme d’un bouclier, divisant ainsi la population pour mieux régner, sans se soucier de l’intérêt de l’État.

Netanyahou utilise attise les peurs du pays en évoquant la sécurité du pays à tort et à travers : guerre contre l’Iran et ses milices – le Hezbollah libanais, le Djihad islamique à Gaza ou les gardiens de la révolution iranienne en Syrie, Irak et Yémen. Il prétend être le seul à pouvoir gagner ces guerres hypothétiques. Pour échapper à son procès, ou pour le faire indéfiniment traîner, il prend des risques qui pourraient, justement, déboucher sur de telles guerres. 

Durant les dernières années de son actuel mandat, il a écarté tous les hommes politiques qui pouvaient menacer son pouvoir. C’est ainsi qu’il devint le chef absolu du Likoud. Il nomme comme ministres des personnalités de second rang : Miri Régev, une ancienne militaire à la Culture ; David Amsalem, parlementaire soumis et inexpérimenté à la Communication, Amir Ohana, jeune avocat, ministre à la Justice ; Bezalel Smotritch, un des chefs des colons activistes, arrêté pour agressions contre des Palestiniens, aux Transports, David Bitan, soupçonné de corruption, ministre de l’Agriculture, et bien d’autres. Netanyahou gouverne ainsi un pays démocratique avec des méthodes dignes d’une dictature. Ses disciples, eux, profitent de leur promotion-éclair pour ravir la direction du parti. 

La démocratie israélienne, exemplaire jusqu’à l’arrivée de Nétanyahou, est menacée. La droite est au pouvoir depuis un an, sans majorité et sans confiance du Parlement. Deux scrutins législatifs n’ont pas permis de dégager une majorité. Le troisième, fixé pour le 3 mars 2020, sera probablement peu concluant. Netanyahou s’en réjouit. Mais le peuple d’Israël ne le suivra pas, à tout prix, dans cette course à l’affrontement et au chaos. Les deux dernières manifestations en sa faveur, l’une le jour de l’annonce des chefs d’inculpation à son encontre et l’autre pour dénoncer l’intervention de la Haute Cour de justice, n’ont réuni que quelques centaines de personnes. 

Les électeurs israéliens se ressaisiront lors des prochaines élections. Ils n’oublieront pas cette phrase de David Ben Gourion : « Nulle personne ne peut, seule, fixer le sort d’un pays et d’un peuple ; il n’est pas de personne irremplaçable. ».

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
Comments