L’État d’Israël contre Netanyahou

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prenant la parole lors d'une cérémonie à la mémoire des Présidents et des Premiers ministres israéliens décédés, à la résidence du président à Jérusalem le 17 juin 2019. Photo : Noam Revkin Fenton / Flash90
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prenant la parole lors d'une cérémonie à la mémoire des Présidents et des Premiers ministres israéliens décédés, à la résidence du président à Jérusalem le 17 juin 2019. Photo : Noam Revkin Fenton / Flash90

Alors que le Procureur de l’État d’Israël a enfin annoncé sa décision de traduire en justice le Premier ministre, Binyamin Netanyahu, la déchirure entre ses partisans et ses adversaires s’élargit. Les accusations sont des plus dures à l’encontre d’un chef de gouvernement en fonction. Il s’agit de trois dossiers différents.

Concernant les deux premiers, il est accusé d’abus de confiance aggravé, et, le troisième, d’abus de confiance aggravé et de corruption. Une situation sans précédent depuis la création d’Israël.

Beaucoup de questions se posent alors dans ce pays démuni d’une constitution. Cependant, des « Lois fondamentales » en font office. Selon celle de la « gouvernance », un Premier ministre traduit devant un tribunal n’est pas contraint de démissionner. Il peut rester en fonction jusqu’à la fin de son procès devant de la Haute Cour de Justice et, bien entendu, tant qu’il n’est pas inculpé. Or, la situation à laquelle Israël est désormais confrontée est inédite. 

La crise surgit dans une période politique instable. Depuis 12 mois, Nétanyahou est à la tête d’un gouvernement de transition, sans investiture de la Knesset et sans majorité. Durant cette période, la gestion du budget, des réformes et des commissions parlementaires est à l’arrêt. Cependant, face à l’insécurité aux frontières nord et sud du pays, et surtout face à l’Iran, le Premier ministre et son cabinet de sécurité risquent d’être tentés par une fuite en avant en provoquant une guerre.

Deux scrutins électoraux se sont tenus durant ces 12 derniers mois. Aucun n’a départagé les deux principaux adversaires. En onze années de pouvoir sans interruption, Nétanyahou n’a de cesse d’imposer l’idée d’une scène politique dominée par la lutte de deux camps : la droite et la gauche. Manipulant l’obsession sécuritaire, il encourage l’affrontement d’une droite championne du « Grand Israël » d’une part et la gauche, le centre et les Arabes israéliens d’autre part.

Hélas, nombreux ceux qui craignent une confrontation entre les sympathisants et les adversaires de Nétanyahou. Aujourd’hui inculpé, ce dernier utilise sa notoriété et son accès aux médias pour convaincre ses électeurs qu’il serait victime d’un putsch politique. Orateur redoutable, il fait appel aux citoyens révoltés contre les institutions étatiques et qui ne font confiance ni à la police ni à la justice. 

Face aux accusations, Nétanyahou s’en prend à la police, aux juges d’instruction, au Procureur de l’État et aux Conseiller du gouvernement. Or, c’est bien lui qui les a choisis et nommés parmi ses proches. En polluant l’atmosphère du pays, il sème le doute et pousse à la révolte.

Après les vaines tentatives de Nétanyahou puis de Gantz de former un gouvernement, le Président de l’État d’Israël a donné au parlement un délai de 21 jours pour trouver un chef de gouvernement doté d’une majorité. Nétanyahou sait que cette tentative est également vouée à l’échec. Il souhaite, pour la troisième fois, en douze mois, de nouvelles élections. Il pense, ainsi, rester Premier ministre le plus longtemps possible. Or son statut de Premier ministre de transition n’existe ni dans la Loi de gouvernance ni dans aucune jurisprudence. La Haute Cour de Justice vient d’être saisie pour se prononcer sur ce cas de figure inédit. 

Le clan Nétanyahou (son épouse Sara et l’un de ses fils, Yair) fait tout pour dénoncer les accusations dont il est l’objet, au risque de nuire à Israël, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ils risquent d’entraîner le pays dans le désastre. Le procès pourrait durer 3 à 5 ans. La confrontation entre les deux camps, qui n’est pour le moment que verbale, peut engendrer une situation incontrôlable. Un danger d’assassinat politique n’est pas inenvisageable. Il est urgent de mettre fin à cette sinistre escalade.

Un accord judiciaire avec l’accusé est dans l’intérêt du pays. La pratique est courante en Israël, à l’instar des États-Unis. Nétanyahou n’aurait d’autre choix que de l’accepter. Car, selon toute probabilité, les chefs d’inculpation rendent inéluctable la condamnation de Nétanyahou à plusieurs années de prison.

Les Israéliens pourraient alors tourner la page, élire un nouveau gouvernement qui apaiserait les esprits et réinstaurerait l’union tant nécessaire entre les diverses composantes de la société. Un pays en guerre depuis son existence mérite ce répit.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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