Les vacances sont terminées (pour les Juifs)

Les Juifs au Moyen Âge (1890). Huile sur panneau de Karel Ooms (1845–1900), 
Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers,  Belgique. (Crédit : domaine public)
Les Juifs au Moyen Âge (1890). Huile sur panneau de Karel Ooms (1845–1900), Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers, Belgique. (Crédit : domaine public)

Ce tableau rappelle dramatiquement les visages terrorisés des habitants du pourtour de Gaza sur le point d’être tués, ou enlevés le 7 octobre 2023. Les terroristes du Hamas et les civils qui les ont aidés ont diffusé des images similaires avec fierté.

Numéro 3 de SAMMO – Savoir Analyser les Maux du Moyen-Orient – 

Quelles vacances ? Celles du peuple juif. Celles que l’Histoire lui a accordées après la Shoah. L’Histoire, c’est-à-dire, ceux qui la forgent : les peuples occidentaux, la communauté internationale, l’ONU. Admettant, inconsciemment, « qu’ils y étaient allés un peu fort quand même » avec ce génocide commis par l’Allemagne nazie, mais auquel ils étaient nombreux à avoir contribué :

  • la France de Vichy,
  • les Polonais,
  • les Hongrois,
  • les Ukrainiens…

Tous les « collabos » d’Europe, et bien d’autres encore qui ne se sont pas fait prier pour aider les Allemands à réaliser l’entreprise macabre la plus meurtrière que l’humanité n’ait jamais connue.

Et puis ces pays soi-disant épris de liberté universelle, qui ont refusé de prendre des réfugiés juifs, les condamnant à une mort certaine.

Et ces Britanniques qui ont enfreint leur mandat en Palestine en interdisant l’arrivée de réfugiés juifs dans leur foyer national qui leur était pourtant destiné.

Et ces leaders musulmans qui n’ont pas manqué de collaborer avec les nazis, avec qui ils partageaient finalement un même ennemi.

Et ces États-Unis qui n’ont non seulement pas bombardé les voies de chemin de fer menant à Auschwitz, mais qui ne l’ont pas même réellement envisagé.

Bref, ils y sont tous allés « un peu fort », ces pays de la communauté internationale, entre 1939 et 1945.

Alors, ils ont payé des vacances aux Juifs

Un vote à l’ONU en 1947, une législation sur les génocides, des admissions de culpabilité, des études historiques sur leur rôle pendant la guerre, un concile religieux admettant des siècles d’enseignement du mépris, des commémorations diverses un peu partout ; et surtout, la classification de l’antisémitisme comme le mal absolu, le racisme par excellence.

Haïr les Juifs était devenu le comportement à proscrire absolument

Quelques années plus tard, le monde avait compris que les Juifs n’avaient pas été que tués. Ils avaient été pillés aussi. Donc, on commença même à chercher où était passé leur argent, leurs biens. Dans certains cas, il fût trouvé des moyens de leur restituer.

Et puis, surtout, il y eut le fameux slogan : « plus jamais ça »

Israël, cet État minuscule, entouré d’un océan de peuples hostiles, s’est défendu contre les Arabes qui voulaient le détruire et en rejeter ses habitants juifs à la mer.

La communauté internationale a réagi, au début :

« Mais, vous ne le savez pas ? Ils sont en vacances. Ils ont bien droit à un peu de repos, les pauvres, après tout ce qu’ils ont enduré entre 1939 et 1945. Quoi, que dites-vous ? Ce n’est pas votre faute ? C’est vrai, vous avez raison, mais quand même, essayez de les laisser un peu tranquille, s’il vous plait, si cela ne vous dérange pas trop ? »

Les Juifs en Israël, bien qu’en vacances, n’avaient pas trop le temps de se dorer la pilule

D’abord, ils ont dû accueillir des centaines de milliers de réfugiés juifs qui fuyaient les pays même qui prétendaient que « la Shoah n’était pas leur faute[1] ».

Puis, ils ont dû se défendre, seuls, contre les armées arabes environnantes qui persistaient à vouloir interrompre leurs vacances.

Ils ont gagné plusieurs guerres, de manière inespérée, parfois miraculeuse. Mais, la communauté internationale continuait à concéder dans sa grande mansuétude :

« Ils ont droit à leurs vacances. Quiconque voudra les interrompre… Les Juifs auront le droit de se défendre avec notre bénédiction. »

Les Juifs eux, continuaient effectivement à se défendre en Israël, tendant à oublier qu’ils étaient en vacances. Ils pensaient que la communauté internationale les défendait parce que c’était eux. Ils avaient fini par oublier qu’elle les considérait en vacances, et que celles-ci allaient se terminer un jour.

En fait, au lieu de « plus jamais ça », il fallait comprendre : « plus jamais ça, pendant les vacances »

Tout d’un coup, les Juifs ont compris : le 7 octobre 2023, les vacances furent terminées.

Les Juifs avaient beau dire :

« Mais, mais, on nous a attaqués, cruellement, alors que nous leur avons donné un Gaza vidé de ses Juifs, pour qu’ils le développent, le fasse croître, y construisent une société civile et civilisée de paix. Et ils nous attaquent ? Et vous laissez une haine anti-juive se dresser à l’intérieur même de vos pays ? Alors que nous avons été agressés par des assaillants qui promettent de réitérer ce massacre ? Et en plus, vous croyez les sornettes du régime totalitaire et dictatorial que constitue le Hamas, au lieu de vous fier à la démocratie que nous représentons et qui survit difficilement au milieu de tous ces dirigeants musulmans plus ou moins sanguinaires ?

Et vous faites la fine bouche quand nous parvenons à réduire le pouvoir de nuisance de ses tyrans (Assad, Nasrallah, Hanyieh…) ? Comment ? Les vacances sont terminées dites-vous ? »

Nous devons nous rendre à l’évidence. Tout concorde : les vacances de l’histoire, pour les Juifs, sont définitivement terminées. Nous sommes revenus au régime qui nous a été imposé au cours des 2000 dernières années, à l’exception notoire des 80 ans qui viennent de s’écouler.

Haine gratuite, histoires d’empoisonnements à dormir debout, imaginations de complots pour dominer le monde, enseignement du mépris : tous les plats qu’on nous a servi pendant 2000 ans, reviennent, et pour longtemps sans doute. Ne croyons pas qu’il ne s’agisse que d’une crise passagère.

Nous sommes en fait revenus à l’état normal de l’Histoire, et de son traitement des Juifs

Mais, maintenant, il y a Israël. Parce que, créer un État comme ça, au milieu d’ennemis jurés, 50 fois plus nombreux, qui veulent votre mort, c’est facile quand on est en vacances. Mais là, les vacances étant terminées, on va se confronter à la vraie vie que l’Histoire réserve aux Juifs.

Ce sionisme, que nombre d’ennemis des Juifs voient comme une idéologie raciste, blanche et dominatrice, va maintenant montrer sa vraie valeur. Son idée moderne était née dans un contexte de pogroms, de discriminations, de fausses accusations.

Les vacances n’avaient pas encore commencé. Et d’ailleurs, l’objectif n’était pas de les susciter. L’objectif était de préparer les Juifs à affronter l’Histoire « normale », celle des 2000 ans passés.

Et l’Histoire est revenue, le 7 octobre 2023.

La plupart des Juifs du monde ont compris assez vite que les vacances étaient terminées.

« Solitude » de Marc Chagall, peint en 1933. Musée d’Art de Tel Aviv. (Crédit : Lluís Ribes Mateu / Flickr – CC BY-NC-SA 2.0)

Certains, peut-on vraiment les blâmer, ne veulent pas y croire : ils pensent qu’on les laissera continuer à se dorer la pilule sur la plage. Ils recherchent d’autres plages sous d’autres horizons. Mais ils comprendront leur erreur un jour. Et si ce n’est eux, alors leurs enfants.

L’essentiel est d’assimiler et de digérer que les vacances sont bel et bien terminées : Israël a acquis assez de force pour se faire respecter, pour se défendre par lui-même.

Des alliances seront bâties, comme les Juifs l’ont fait pendant 2000 ans. Mais alors que ceux-ci devaient errer de pays en pays pour trouver des protecteurs bienfaiteurs et éphémères, grâce à Israël, l’errance est finie. Ceux qui voudront aider et soutenir Israël, devront s’en rapprocher. Et ils seront accueillis comme des rois. Ceux qui lui veulent du mal ne seront plus fuis. Ils seront combattus.

Les lecteurs convaincus des lignes qui précèdent, peuvent interrompre leur lecture ici.

Mais ceux qui douteraient de la réalité que les vacances sont terminées, je les invite à considérer les quelques faits suivants, qui se sont tous déroulés depuis le 7 octobre 2023 :

  • Le Président français Macron a osé dire à Israël, que ce que l’ONU avait fait en permettant sa création en 1947 (ce qui est faux), il pouvait le défaire. Après avoir refusé de participer à la marche contre l’antisémitisme après le massacre du 7-octobre, il a aussi prétendu que Israël semait la barbarie, et il a illégalement, interdit l’accès d’entreprises israéliennes à des foires commerciales qui, par ailleurs accueillaient d’autres pays peu recommandables.
  • Ce même président Macron, lors de la commémoration des massacres du 7-octobre aux Invalides, s’est abstenu de prononcer le nom d’Israël, comme pour marquer la distinction entre de « pauvres Juifs morts sans défense », et « des Juifs israéliens qui ont le culot de se défendre ».
  • Le Consulat Général de France à Jérusalem, a organisé une commémoration de la Shoah, le jour de Yom Hashoah 2025 en Israël, au cours de laquelle il a donné la parole à des rescapés de la Shoah… Mais aussi des voix palestiniennes pour parler de leur souffrance. Autrement dit : « assez parlé de vous, commençons à écouter les autres souffrances aussi ». En soi, ce n’est bien sûr pas un problème, sous réserve que ce ne soit pas de la propagande. Mais, le jour de Yom Hashoah, cela ne constitue rien d’autre qu’une concession abjecte à la concurrence victimaire, et un affront aux rescapés de la Shoah eux-mêmes.
  • Le nombre d’agressions antisémites explose dans le monde entier, dans un silence relatif et effrayant. Le régime imposé aux Juifs dans la vie quotidienne est devenu un cauchemar, sans que cela n’éveille de réelles condamnations. Expulsions d’enfants juifs d’un avion (avant son décollage), refus de servir des Juifs au restaurant, refus d’écouter des universitaires juifs ou israéliens, refus d’écouter des chanteurs juifs, appel au meurtre de Juifs en public, des rabbins frappés en pleine rue à Paris. Aucune autre population, dans le monde libre, ne subit cela sans condamnation.
  • Des universités allemandes promettent à leurs enseignants de les renvoyer s’ils participent activement au Congrès mondial des Études juives qui s’est tenu à Jérusalem en août 2025.
  • Dans le cadre de la guerre à Gaza (celle qu’Israël mène depuis près de deux ans dans le but que la promesse de réitérer le massacre du 7-octobre ne se réalise pas), des nations prétendument libres, promettent la reconnaissance d’un État palestinien sans conditions : tout enfant de 10 ans comprendrait que cela favorise les bourreaux et les totalitaires, et va à contre-courant de la libération des otages israéliens. Mais les chefs d’État démocratiques sont nombreux à ne pas avoir la sagesse d’un enfant de 10 ans. La fin des vacances des Juifs leur a fait perdre leur capacité de raisonnement.
  • Les fausses accusations de famine et de génocide contre Israël ne sont pas moins outrageantes parce qu’elles sont proférées dans le monde entier. Tout comme, au Moyen-Âge, les accusations d’empoisonnement de puits, d’égorgements d’enfants chrétiens pour récupérer leur sang, étaient fausses et répandues, celles de nos jours le sont tout autant.
  • L’Allemagne met fin, de facto, à sa « raison d’État ». Rappelons que cette Staatsräson implique le soutien sécuritaire de l’Allemagne à Israël. En proclamant un embargo de livraisons d’armes et munitions qu’Israël pourrait utiliser à Gaza pour combattre le Hamas, l’Allemagne sonne en fait « la fin officielle des vacances qu’elle accorde à Israël ». Le Hamas, l’ennemi le plus coriace, le plus cynique, le plus difficile à combattre – du fait de son usage des boucliers humains – ne sera plus combattu par Israël avec la contribution indirecte de l’Allemagne. Le Hamas, dont on sait que sa haine des Juifs incarnée et enseignée à tous les enfants de Gaza, même les plus jeunes, se trouve sur la même route que l’Allemagne des années 30. Mais l’Allemagne d’aujourd’hui ne comprend pas cela. Que cela signifie-t-il pour ce que représente l’Allemagne de 2025 ? Pour elle, un avenir funeste. Pour les Juifs : la fin des vacances.
  • Le festival d’Édimbourg en Écosse, déprogramme des pièces de théâtre sous prétexte que leur titre comprend le mot « juif ».
  • Quelques jours après le massacre du 7-octobre, le meilleur soutien d’Israël à ce moment (les États-Unis de Biden et Blinken) n’avait de cesse que de forcer Israël à aider son ennemi agresseur, plutôt que de l’aider à obtenir la libération des otages israéliens, femmes, enfants, bébés. De ce fait, le Hamas a été renforcé et la guerre pour l’éliminer se prolonge près de deux ans plus tard ; ce que le monde reproche à Israël. Finalement, quoique fasse Israël, c’est mauvais…

Cette liste n’est non seulement pas exhaustive, mais, soyons-en sûrs, va continuer à s’étoffer. L’essentiel est de le savoir, d’en avoir conscience. Les Juifs du monde ne sont plus en vacances. Leur travail, plus que jamais, est de se défendre afin de se faire respecter.

[1] Les pays arabes et musulmans se sont vidés de tous leurs Juifs, estimés à 800 000 âmes.

à propos de l'auteur
Laurent souhaiterait partager ses observations de la vie israélienne et française à travers son regard de Juif français devenu israélien en 2008. Il a pris l'habitude de regarder et analyser les phénomènes politiques, culturels, religieux, géopolitiques, sous un regard différent de celui qu'on a l'habitude de voir. En effet, avant d'arriver en Israël, il a vécu en France, en Allemagne, en Belgique et au Royaume Uni. Il observe les phénomènes humains avec un très large point de vue, puisant dans son expérience de vie et dans son désir d'écrire. Laurent a passé son enfance en Allemagne, fait ses études de management en Alsace et passé sa carrière professionnelle au Royaume-Uni, en France, en Belgique, en Israël.
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