Les trois enseignements de Moïse

La première Mishna de Pirkeï-Abot nous transmet un enseignement oral, qu’elle fait remonter au Prophète Moïse, auteur de la Torah écrite. Cet enseignement nous transmet les principes fondateurs de la Torah. Ces trois principes sont le sens véritable du Tanakh. Toute lecture doit aboutir, ou partir de ces principes.

1. Soyez patients dans le jugement.
2. Formez de nombreux disciples.
3. Faites une barrière protectrice autour de la Torah.

Ces trois principes à eux seuls devraient expliquer la profondeur du Texte Saint. Ce sont des définitions différentes de la Torah, ou de ses effets sur la société. L’idée de jugement fait par délibération, considération, patience ou compassion appelle à un idéal de justice et d’équité.

Le principe de faire de nombreux disciples, appelle à éduquer, informer, et développer de nombreuses perspectives. Le troisième principe appelle à une vigilance perpétuelle, et ne fait pas de promesse utopique sur la nature de l’espace existentiel de l’humanité.

Faire une protection autour de la Torah, veut dire être conscient que nous agissons dans une balance sociale délicate, ou le besoin de sagesse est constant pour pouvoir répondre à toutes les épreuves de la vie.

Ces 3 principes peuvent définir une lecture spécifiquement « mosaïque » de la religion.
Patience, éducation et vigilance.

PATIENCE : le mot « metounim » utilisé ici signifie à la fois un esprit de consultation, de délibération, d’écoute d’opinions diverses, et de mitigation.

On retrouve le même mot « Matoun » dans un épisode raconté par les Maîtres de la Tradition Orale. Rav Adda Bar Ahava avait l’habitude d’observer les passants pour s’assurer que le commandement de ne pas mélanger le lin à la laine dans les habits soit respecté.

Un jour il vit une ferme vêtue d’un vêtement compromis et par zèle il le déchira. Il s’avéra que la femme n’était pas Juive, et que Rav Adda s’était trompé et il devait maintenant selon la Torah lui rembourser son habit et payer pour son outrage. Le prix s’éleva à 400 zouz, une valeur importante.

Rav Adda demanda à la femme quelle était son nom. « Mon nom est Matoun » dit-elle. (Patience). Le vieux Maître s’exclama : « Ah Matoun Matoun ! Tu m’as coûté 400 zouz ! »

– ÉDUCATION : la Michna nous dit  » Élevez de nombreux disciples ». Dans la notion de « nombreux » on entend la possibilité de perspectives divergentes, qui peuvent se réclamer d’une source commune.

– VIGILANCE : les mots utilisés sont « Faites une protection autour de la Torah ». Pour protection, le mot « Siyag » est utilisé. Nous le retrouvons plus tard quand il est dit « La protection (Siyag) pour la Sagesse, c’est le Silence.. ». Le terme protection veut ainsi dire garantie. Les Sages sont appelés à la vigilance quant à la manière dont ces enseignements sont transmis.

Sans vigilance, la patience et l’éducation peuvent s’effriter, la diversité peut tourner en animosité, et l’étude ne sera plus un champ de conversation mais de bataille entre ennemis idéologiques ou pire, ennemis théologiques, qui peuvent en venir à qualifier leurs frères de diables

L’opposé de la patience est la colère et la violence. L’opposé de l’éducation est l’ignorance. L’opposé de la vigilance est l’abandon et l’indifférence.

Ces 3 principes ouvrent l’espace de l’intellect pour que le cœur et le ressenti puissent être présents dans tout ce que nous faisons pour notre communauté et pour l’humanité.

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Guershon Nduwa est le président de la communauté juive noire de France.
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