Les socialistes sombrent dans l’islamo-gauchisme au lieu de se reconstruire

Dans une situation presque comparable, la Gauche a pratiquement disparu en Israël et en France ou en voie de l’être. Pourtant, la première a créé le pays, a posé les fondements de la démocratie dans une région où il n’y en avait pas, a installé les bases d’une économie de marché, a mis en place les fondements d’une armée populaire forte et efficace et enfin a créé les structures sociales et médicales. En France, dès l’après-guerre, elle a été à l’origine des principales réformes et avancées sociales toujours en vigueur aujourd’hui.

Mais par lassitude, par coquetterie, ou par goût du changement, la Gauche s’est étiolée au fur et à mesure des scrutins. D’un parti de gouvernement sous Shimon Pères, Yitzhak Rabin et Ehud Barak ou bien sous Léon Blum, Michel Rocard et François Mitterrand, la Gauche est devenue dans les deux pays une faible structure d’appoint qui ne résistera pas à l’usure du temps. Aujourd’hui en Israël elle a obtenu un strapontin dans le gouvernement centriste de Naftali Bennett. Mais à présent l’avenir du parti socialiste français est préoccupant en raison de son chef qui a bradé son parti pour sauver quelques sièges.

En France, le parti socialiste va se retrouver sous la tutelle de l’islamo-gauchiste Jean-Luc Mélenchon qui va le croquer pour l’éliminer progressivement du paysage politique français. Les socialistes français sont actuellement inconscients car ils se prostituent pour quelques éventuelles circonscriptions à l’Assemblée nationale au risque de disparaitre à jamais. Bien sûr, la défaite a été sévère à la présidentielle du 10 avril 2022 mais ce n’est pas la première défaite que subit le parti socialiste français. Il a toujours réussi à se relever pour gagner à nouveau.

En 2007, ce fut sa troisième défaite grave en quatorze ans après l’effondrement aux élections législatives de 1993, alors que son ancien premier secrétaire, François Mitterrand, était président de la République, après l’échec retentissant de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002, éliminé dès le premier tour tandis qu’il venait de diriger le plus long ministère socialiste pendant cinq ans et après la double défaite du parti en 2007 à la présidentielle et aux législatives.

Malgré les échecs, le parti a toujours songé à sa refondation en se rénovant, en créant un nouveau programme et en fixant de nouvelles bases. Le socialisme français a connu des méandres en 1905, 1920, 1946, 1969-1971, mais il a montré sa volonté de restauration sans se décourager. A chaque étape il avait compris qu’il fallait s’adapter aux nouvelles réalités économiques, sociales et internationales mais il n’a jamais quitté son discours de gauche. Il est vrai que l’analyse de l’échec a toujours été faux, soit être plus à gauche, soit s’orienter vers le centre mais une constante, il y avait une nécessité de garder son identité.

Le parti a dû évoluer en s’adaptant aux poncifs du 19ème siècle, socialisme, communisme et collectivisme qui dataient de la révolution prolétarienne et de la lutte contre le capitalisme. Le mouvement socialiste, enraciné dans la réalité politique du pays, a participé à la démocratisation des institutions et n’a jamais renoncé à livrer bataille aux ennemis de la République que sont les Insoumis.

Il est impossible de croire que les écologistes et les gauchistes puissent être à l’origine d’une nouvelle gauche. Les dirigeants socialistes historiques ne peuvent pas se reconnaitre dans cette frange radicale qui soutient un islamisme anachronique. Dans la voie qui vient d’être choisie, jamais les socialistes ne deviendront un parti de gouvernement parce qu’ils ont toujours choisi la social-démocratie plutôt que les extrêmes.

Jean-Luc Mélenchon veut réaliser son Épinay à l’envers, à savoir la mainmise de l’aile radicale sur l’aile modérée à l’inverse de ce qu’avait fait François Mitterrand en 1971 à savoir l’alliance du parti socialiste moderne et modéré avec le parti communiste. Il est difficile de comprendre comment les socialistes peuvent s’allier à un dirigeant qui s’est inspiré du populisme de Marine le Pen pour tenter de gagner les élections. Ce nouveau front croit à l’illusion d’une victoire législative.

Les socialistes, dans cette nouvelle crise terrible, doivent choisir la voie de la création d’une nouvelle gauche capable de revenir au gouvernement car leurs idées restent vivaces parmi de nombreux jeunes, choqués par la défaite, mais prêts à rebondir si leurs dirigeants leur donnent les moyens dans l’adversité. La nouvelle gauche, à l’image de celle de Blum et de Rocard, ne doit pas être radicale.

Elle doit être social-démocrate en éliminant de son discours les thèses ambiguës de l’islamisme, en défendant une vraie laïcité, en affirmant son libéralisme économique, en confirmant avec force le lien avec une Europe que les Verts et les Insoumis boudent, en rejetant avec force tout lien avec les régimes autoritaires et populistes, la Russie en particulier. Elle doit être capable d’attirer ou de s’allier avec des forces libérales si elle veut gouverner et non pas avec des ennemis de la République.

Le parti socialiste a connu de profonds échecs qui lui ont servi pour se ressourcer. Ainsi la descente aux enfers due à la déroute de 1969, lorsque Gaston Defferre, candidat du parti socialiste, obtint à peine 5% à l’élection présidentielle, avait imposé la nécessité de refonder le parti ce qui lui permis de gagner en 1981. La défaite n’a pas décomposé le parti, ne l’a pas contraint à se fondre dans une autre structure partisane.

Sans jamais s’éloigner de ses fondements, il est resté lui-même dans l’adversité et il a eu la patience de ne pas mendier des circonscriptions auprès de ceux qui ne cherchaient qu’à l’absorber, voire le faire disparaitre. C’est là la volonté de Jean-Luc Mélenchon qui ne cherche pas l’intérêt de la France mais qui a un compte à régler avec les socialistes jusqu’à les mettre à genoux pour qu’ils implorent son pardon. Ils n’ont droit qu’à une cinquantaine de candidats sur 577 et le résultat sera dramatique

Les Socialistes se sont totalement soumis aux diktats de la France insoumise en acceptant la désobéissance à certains traités européens pour avoir la capacité d’appliquer le programme des Insoumis ce qui fait dire à l’eurodéputée de la majorité Valérie Hayer que les Verts n’ont plus qu’à enlever Europe de leur nom. L’accord signé entre les Socialistes et les Insoumis n’a pas obtenu l’assentiment des «éléphants» du parti qui, pour certains, ont pris la décision de le quitter, parce qu’ils n’ont pas l’intention de vendre leur âme socialiste à l’islamo-gauchisme. Ils sont nombreux à sauter le pas. L’ex-premier ministre Bernard Cazeneuve vient d’annoncer qu’il quittait immédiatement le PS. Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie a immédiatement suivi l’élan en apportant son soutien à trois candidats qui ont refusé l’étiquette PS, pour les élections législatives.

L’ancien premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault a qualifié de «rafistolage» l’accord conclu entre LFI et le PS regrettant une «forme de démission» qui pourrait fracturer le PS. «Je suis profondément déçu par le texte qui vient d’être rendu public. Je vous dis mon désaccord avec regret car le PS serait absent dans 500 circonscriptions sur 577». L’ancien président de la République François Hollande a indiqué qu’il récusait l’accord PS et LFI :«Je récuse l’accord sur le fond et même sur les circonscriptions. Mais c’est une question qui doit être tranchée par le conseil national du PS».

Claude Bartolone, ancien président de l’Assemblée, n’approuve pas l’accord ; «La sympathie ne peut couvrir les désaccords. Ici ce termine notre aventure commune». Julien Dray fait un appel de désobéissance : «Olivier Faure vient de signer une capitulation politique en rase campagne qui renie sa propre histoire et ses propres engagements. Militantes et militants socialistes l’heure de la désobéissance est un impératif». A cette allure, seul les bras cassés resteront au PS. Une certitude, ceux qui quittent le navire ne seront pas perdus pour tout le monde. La scission du PS est en cours avec une évidente recomposition. Le PS connaitra des lendemains plus heureux.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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