Les religieux orthodoxes veulent entrer au gouvernement

Le ministre israélien de la Santé Yaakov Litzman, qui est également président du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, s'adressant aux journalistes après avoir remis sa démission au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le dimanche 26 novembre 2017. Gali Tibbon/Pool via AP)
Le ministre israélien de la Santé Yaakov Litzman, qui est également président du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, s'adressant aux journalistes après avoir remis sa démission au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le dimanche 26 novembre 2017. Gali Tibbon/Pool via AP)

Les religieux orthodoxes, Shass et UTJ (Yahadout Ha Torah), n’ont jamais voulu trahir Netanyahou et avaient refusé de participer à un gouvernement sans le Likoud. Ils ne voulaient pas faire partie du clan dont la seule volonté était d’écarter Netanyahou du pouvoir. Mais la décision de l’ex-premier ministre d’abandonner la politique pendant sept ans en échange d’une clémence des juges, leur a enlevé toute réticence à se joindre aux «gauchistes» et aux Arabes.

Depuis qu’ils ont quitté leurs ministères, les partis religieux rament pour équilibrer leur budget et couvrir leurs largesses auprès des communautés défavorisées. Les subventions d’État sont très limitées et par ailleurs ils ne peuvent plus distribuer d’emplois de fonctionnaires, parfois fictifs, à certains de leurs militants. Beaucoup d’orthodoxes, qui ne travaillent pas, mais étudient dans des écoles talmudiques, sont très dépendants des subventions publiques.

Pour les orthodoxes, la pénitence se termine avec le départ de l’ex-premier ministre. Jusqu’à présent, ils ne voulaient pas brûler leurs vaisseaux car ils gardaient espoir d’un retour rapide de Netanyahou après la chute qu’ils croyaient planifiée du gouvernement actuel. À présent, l’urgence économique leur enlève toute réticence car, en plus de ministères, ils ont perdu un poste clé à la Knesset, la présidence de la Commission parlementaire des Finances.

Sauf à vouloir éviter tout chantage des micro-partis et à consolider son assise, le gouvernement n’a pas besoin de s’élargir car il préfère compter sur des défections prévisibles au Likoud, traversé par des luttes intestines entre prétendants. Yaïr Lapid et Avigdor Lieberman refusent de collaborer avec les religieux, a fortiori si le patron de Yesh Atid prend les rênes de la coalition en août 2023. Par ailleurs, le gouvernement envisage des mesures laïques contre les ultra-orthodoxes et leur entrée au gouvernement le forcerait à renoncer aux réformes.

Il s’agit de l’autorisation des prières au Kotel donnée aux libéraux, du mariage civil, du statut des tribunaux rabbiniques, de l’ouverture de la cacheroute à d’autres obédiences, des modifications des règles de conversion au judaïsme, transports publics le shabbat et un espace mixte au Kotel, et de l’obligation du service militaire pour les jeunes des écoles talmudiques. Le gouvernement avait déjà ciblé les orthodoxes en imposant une taxe sur la vaisselle jetable très utilisée par les familles religieuses.

On comprendrait mal ce revirement alors que les orthodoxes refusent toujours de rencontrer les ministres, même quand des questions fondamentales les concernent. Pour justifier leur stratégie, les orthodoxes prétendent à présent que leur politique est plus proche de celle du gouvernement actuel et plus controversée avec le Likoud. Il est vrai que les prétendants au leadership du Likoud, Nir Barkat, Yuli Edelstein et Israël Katz n’ont jamais tissé de relations étroites avec les religieux qui insistent aussi sur le fait qu’ils n’ont pas d’affiliation idéologique politique et qu’ils sont à la fois de droite ou de gauche ; seule la religion guide leur chemin.

Pour se justifier, Arie Dehry prétend qu’il a toujours été un homme de gauche, sensible aux questions sociales et que son ralliement à Netanyahou était une stratégie gagnante pour rejoindre le pouvoir et bénéficier de ministères. Mais des raisons plus prosaïques justifient aujourd’hui l’éventuel ralliement au gouvernement actuel. Dehry et Litzman, dans le cadre d’un plaider-coupable, se sont engagés à ne pas se présenter aux prochaines élections mais la justice les autorise à poursuivre leur mandat actuel.

Or collaborer avec le gouvernement de Bennett leur permettrait d’assurer encore quelques années au pouvoir et ils y tiennent. C’est ainsi que des rumeurs concordantes font état de contacts de certains religieux avec des membres du gouvernement, avec Tal Gan Zvi, directeur de cabinet de Bennett en particulier.

Mais Lapid et Lieberman maintiennent leur opposition à l’entrée de religieux au gouvernement. Ils sont trop contents de l’absence de partis ultra-orthodoxes qui prenaient une place de plus en plus importante dans la vie politique israélienne au point de créer un État dans l’État.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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