Les relations franco-israéliennes à l’aune du nouveau gouvernement

Un drapeau français et israélien. Illustration (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)
Un drapeau français et israélien. Illustration (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)

Ce serait un euphémisme que de dire que les relations franco-israéliennes sous l’ère de Netanyahou n’ont jamais été un long fleuve tranquille. Le courant ne passait plus entre deux pays, longtemps alliés, en raison du virage droitiste d’un gouvernement soumis aux diktats de ses extrémistes. Les relations entre Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahou étaient parties sur de mauvaises bases.

En effet, lors de son voyage en Israël en septembre 2015 en tant que ministre de l’Économie, Macron n’avait rencontré que son homologue, Arie Dehry. L’ambassadeur français de l’époque, Patrick Maisonnave, avait fait une demande officielle auprès du Premier ministre pour une entrevue dans le cadre d’une visite protocolaire. Mais le conseiller personnel de Netanyahou pour les affaires françaises avait fortement déconseillé cette rencontre qui pouvait causer du tort à ses soutiens Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Bien sûr, ce conseiller ne savait pas à l’époque que Macron allait devenir président de la République mais il avait manqué de discernement car un bon politique met en avant l’avenir des relations binationales avant ses convictions personnelles. Emmanuel Macron avait été fortement déçu et ulcéré par ce manque de courtoisie à l’égard d’un ministre de la France.

La crise avec Israël s’est poursuivie en 2018 lorsque le président Macron avait annulé sa visite prévue au printemps puis reportée en novembre sans fournir de raison. Pourtant en 2017, il avait déclaré qu’il se rendrait en Israël et en Palestine au printemps 2018 pour pousser au renouvellement des pourparlers de paix israélo-palestiniens.

L’annulation de la visite de Macron était intervenue après que le Premier ministre Edouard Philippe avait reporté sa propre visite en Israël, en invoquant des questions de politique intérieure. Bref, les dirigeants français avaient décidé d’éviter Israël. Dans la foulée, le président Réouven Rivlin avait également annulé son voyage en France. Seul, pour tenter de renouer les liens rompus, Benjamin Netanyahou s’était rendu à Paris en juin 2018, dans un climat tendu.

Victime de la politique insufflée par le Quai d’Orsay, dont elle était d’ailleurs issue, l’ambassadrice Hélène le Gall n’avait pas su inverser la lente dégradation des relations franco-israéliennes. Elle manquait de poids dans des combats perdus d’avance alors qu’elle cherchait souvent à défendre l’indéfendable. Ses prédécesseurs Christophe Bigot et Patrick Maisonnave avaient réussi à sauver les apparences. Elle avait subi les votes négatifs à l’Unesco et le vote de la France en faveur de la résolution condamnant la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem. Les relations entre Israël et la France étaient devenues totalement froides.

La France avait fixé sa ligne politique. Sans remonter trop loin dans les votes négatifs contre Israël devant les instances internationales, elle avait décidé de se distinguer du monde occidental, et de l’Europe en particulier, en mêlant sa voix à des pays qui ne sont pas réputés pour être de véritables démocraties. Bien sûr, elle a sa propre politique internationale, mais en prenant systématiquement une position négative sans jamais s’abstenir, elle a perdu son rôle d’arbitre et a été accusée de s’être rangée du côté de ses ennemis irréductibles. La France a appuyé au Conseil de Sécurité des résolutions qui abordaient sous des angles différents, le conflit entre Israël et la Palestine. Mais elle a soutenu des textes partiaux car ils rejetaient toujours la responsabilité sur Israël en l’absence de toute référence au «groupe terroriste Hamas».

Elle avait même voté contre le projet américain de résolution rendant responsable le Hamas des violences dans la bande de Gaza. Les Etats-Unis ont été les seuls à voter pour leur texte. Onze pays amis se sont abstenus, une moindre mesure, tandis que la France a voté contre. Le projet américain contenait des injonctions dirigées vers «les organisations terroristes telles que le Hamas» et proposait au Conseil de condamner les tirs de roquettes aveugles, effectués par des milices palestiniennes basées à Gaza en direction de villages israéliens.

La France n’avait pas voté le projet et son représentant François Delattre avait déploré ce «lourd silence du Conseil qui est de plus en plus assourdissant. Un silence qui n’est ni acceptable, ni compréhensible. Si ce Conseil abdique aujourd’hui ses responsabilités, qui donc les assumera ?»

Mais la position négative française avait entraîné une réaction forte de l’ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis (2009 à 2013), Michael Oren, qui dans un tweet s’en était pris à la France : «Louange aux États-Unis pour avoir mis leur veto à la résolution du Conseil de sécurité sur Gaza qui ne mentionne pas le Hamas et a condamné Tsahal pour avoir défendu Israël. Honte à la France de l’avoir soutenue. Le gouvernement français ne peut pas dire que c’est contre l’antisémitisme et voter pour cette résolution antisémite».

La réaction de l’ambassadrice Hélène le Gal a été immédiate : «Honte à vous M. Oren d’avoir insulté la France à la veille de la visite de votre Premier ministre à Paris. Vous n’avez pas lu la résolution. Ce n’était pas parfait mais elle condamnait toute la violence contre Israël. La France soutient résolument la sécurité d’Israël». Il n’est pas sûr qu’il lui appartenait de réagir à une remarque privée en tant que diplomate chargée d’arrondir les angles plutôt de mettre de l’huile sur le feu. Cette intervention avait rendu son mandat totalement négatif.

D’ailleurs le très prudent et très diplomate Yigal Palmor, directeur de la communication à l’Agence juive et ancien porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères, était sorti de sa réserve : «Cependant, Madame l’Ambassadeur, et avec tout mon respect sincère, comment se fait-il que la France n’ait pas voté comme le Royaume-Uni, la Hollande, la Pologne et l’Éthiopie mais plutôt avec le Koweït, la Russie, la Chine, la Bolivie ? Vous savez que nous attendons plus de la France».

C’est dans cette atmosphère tendue qu’a eu lieu la visite d’Emmanuel Macron les 22 et 23 janvier 2020 en Israël, en compagnie de Donald Trump, pour marquer les 75 ans de la libération d’Auschwitz. L’évènement était organisé par Yad Vashem en présence de dirigeants mondiaux, dont la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique et le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Il ne s’agissait pas d’une visite d’État.

Mais elle a été polluée par l’incident de l’église Sainte-Anne, à Jérusalem entre Macron et les policiers. Emmanuel Macron était pour la première fois en Israël en tant que président alors que le nouvel ambassadeur français, Éric Danon, venait de prendre ses fonctions dans un contexte difficile. Bien sûr, la politique de Netanyahou n’était pas exempte de critiques mais les décisions françaises partiales n’ont pas aidé à la faire évoluer.

Le député des Français de l’étranger s’est toujours comporté en militant Likoud plutôt qu’en député français. D’ailleurs Lapid vient de prendre la décision de le considérer persona non grata au ministère des affaires étrangères. Ses prises de positions extrêmes ont été à l’origine de mauvaise ambiance entre les deux pays.

Le ministre des Affaires étrangères, Yaïr Lapid, est bien perçu dans les chancelleries occidentales et le nouveau gouvernement a affiché sa volonté de modifier sa politique sur certains points. Mais le Quai d’Orsay reste toujours présent dans les décisions françaises. Ainsi en mai 2021, la France et plusieurs pays européens ont demandé à Israël de «stopper ses colonies». Dans un communiqué commun publié par leurs ministères des Affaires étrangères, la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni ont demandé au gouvernement israélien de «mettre un terme à sa politique d’extension des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés».

Le Premier ministre Naftali Bennett a rencontré, le 1er novembre 2021, le président français Emmanuel Macron lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Glasgow, en Écosse. Les dirigeants ont tenu «une bonne et chaleureuse réunion privée» selon le langage diplomatique. Ils ont discuté des défis mondiaux et régionaux auxquels Israël et la France sont confrontés, en particulier les progrès rapides de l’Iran dans l’enrichissement d’uranium.

Il n’est pas certain que les choses vont s’arranger entre Israël et la France bien que le nouveau gouvernement israélien semble avoir de meilleures dispositions en politique étrangère. En effet, le gouvernement Bennett a choisi de défier ouvertement les Occidentaux en publiant des appels d’offres pour la mise en chantier de 1.355 logements dans la zone C de Cisjordanie sous contrôle exclusif administratif et sécuritaire israélien, en particulier dans sept implantations dont celle d’Ariel qui va en accueillir 729.

Le ministère israélien de la Construction a également indiqué son intention de doubler la population juive de la vallée du Jourdain avec un projet de mise en vente de 1.500 unités de logement dans ce secteur d’ici à 2026 car selon le ministre Zeev Elkin : «Le renforcement de la présence juive en Cisjordanie est essentiel dans la vision sioniste». Par ailleurs, le ministère israélien de la Défense devrait donner un feu vert final pour la construction de plus de 3.000 logements en Cisjordanie. Mais pour rendre la décision moins amère, la commission a décidé, pour la première fois, la construction de 1.300 logements destinés aux Palestiniens dans la zone C.

Autant de décisions qui risquent de fâcher l’Europe et la France en particulier. Yaïr Lapid s’était engagé le 14 juin à améliorer le dialogue avec le parti démocrate américain et des pays européens, qualifiant respectivement ces relations de «dangereuses et d’hostiles» sous Benyamin Netanyahou. Il avait «échangé des messages avec son ami», le président français Emmanuel Macron. Pour Lapid, «nos relations avec les pays de l’Union européenne ne sont pas assez bonnes, nos relations avec trop de gouvernements ont été négligées et sont devenues hostiles.

Crier que tout le monde est antisémite n’est pas une politique ou un programme de travail, même si parfois cela semble juste». Le nouveau gouvernement montre une volonté certaine d’apaiser les relations avec la France. Encore faut-il que des déclarations et des décisions intempestives ne viennent pas polluer les bonnes intentions des deux parties. Lapid n’a jamais caché sa proximité avec Macron.

À suivre.

Article initialement publié Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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