Les principales contre-vérités diffusées aux épargnants israéliens

Pixabay
Pixabay

Les théoriciens de la finance et les professeurs qui sont chargées de diffuser leurs modèles aux étudiants « s’arrachent les cheveux depuis plusieurs années ». En effet, bien des hypothèses qui étaient à la base de leurs modèles n’ont souvent plus de rapport avec la réalité de la finance.

Cependant, les établissements financiers continuent à gérer les fonds des épargnants et à les conseiller suivant les principes qui n’ont plus cours. Nous voulons présenter ici ces principales contre- vérités, en expliquant pourquoi elles sont devenues obsolètes et en particulier sur le marché financier en Israël.

La main invisible : la base fondamentale des théoriciens du capitalisme postule que le marché financier va réguler tout seul les déviations temporaires de la valeur d’un bien qui s’y négocie par le principe de l’offre et de la demande des investisseurs privés. Or, depuis la grande crise bancaire de 2008, pour éviter une crise économique pareille à la récession qui a suivi la crise boursière de 1929, les banques centrales ont baissé massivement les taux d’intérêt à des taux proche de 0, voir même négatifs. De plus, particulièrement depuis la crise du covid 19, les banques centrales, y compris la banque d’Israël interviennent massivement sur le marché des obligations. En une phrase: le marché n’est plus libre. De ce fait, cinq axiomes se sont révélés faux:

1- L’investisseur n’achète pas un bien dont la rentabilité est négative:  

Or, la plupart des obligations d’état en Israël (et beaucoup d’obligations d’entreprises privées) ont une rentabilité négative. C’est-à-dire, que l’investisseur achète une obligation,  sachant que les intérêts versés et le remboursement de l’emprunt seront plus faibles que son investissement.  En fait, il ne peut gagner de l’argent que si un autre investisseur est d’accord de perdre obligatoirement plus que lui, il s’agirait surtout de la banque d’Israël, ou que ses taux d’intérêts  deviennent encore plus négatifs. Ainsi, la banque d’ Israël  vient d’annoncer qu’en juillet, contrairement à son annonce, elle n’a pas acheté d’obligations d’état et ces derniers ont baissé, tandis qu’elle a acheté des obligations d’entreprises, ce qui a provoqué une brusque hausse.

2- Les obligations d’état ont une rentabilité faible, mais peu volatiles:

Voici par exemple, la rentabilité d’une sicav  spécialisé dans l’investissement d’obligations d’état israélien  à moyen terme :

2020: janvier –aout: 3.5%,  2019: 17%, trois dernières années:20%.

Tout commentaire est inutile.

3- Les actions sont plus dangereuses que les obligations:

Malheureusement, ces dernières années, l’investisseur en obligation d’entreprises à la bourse de Tel-Aviv a perdu des milliards de shekalim, car certaines entreprises ont été incapables de tenir leurs engagements.

De plus, si la dangerosité d’un produit est mesurée par sa volatilité, nous avons montré ci-dessus, que même les obligations d’état à court terme qui sont censées être les moins fluctuantes, avaient enregistré une très forte volatilité. Au contraire, certaines actions qui distribuent des dividendes de façon stable, peuvent donner  à l’investisseur un revenu fixe, tout en étant exposé à une volatilité modérée.

4– La valeur d’une action est un multiple de son bénéfice:

Ce postulat venait du fait que l’on considérait que l’investisseur calculait la valeur de son investissement en action  suivant les dividendes escomptés, qui étaient fonction du bénéfice. Or, beaucoup de sociétés de haute technologie ont des multiples exorbitants, voire même de lourdes pertes et leurs cours battent sans arrêt de nouveaux records. 

5- Le déficit budgétaire et une politique généreuse de la banque centrale sont source d’inflation: or, par exemple le déficit budgétaire en Israël en 2020 est à un niveau historique et la banque d’Israël inonde le marché de liquidité et pourtant, en un an, il y a une déflation de 1%.   

Voici maintenant deux erreurs courantes souvent développées par la presse financière et les différents régulateurs:

1- Les frais de gestions sont fondamentaux dans le choix du produit d’épargne: la concurrence étant féroce dans ce domaine, souvent les taux de frais de gestions  varient de moins de 0.5% entre les divers produits ou prestataires. Par contre, il faut analyser la rentabilité estimée du produit proposé et surtout le niveau de service à la clientèle offert par le prestataire. Souvent, la presse financière ou internet publie des données sur ce dernier  domaine.

2- La rentabilité passée du produit financier est une indication tangible de la rentabilité future:   or, une caisse de retraite, une sicav peut figurer dans le haut du classement de sa catégorie, parce qu’elle a pris des risques importants ou a bénéficié d’un domaine qui par le passé fut très lucratif, mais qui n’a plus d’avenir. Il faut avant tout analyser les causes de la rentabilité passée ou en demander les motifs au prestataire.

Le cas le plus flagrant, sont les sicav (kranot) en Israël  dont le contenu  exact de leur investissement est publié au public avec 3 mois de retard. Le classement publié par la presse spécialisée ne tient compte que de la rentabilité passée et des frais de gestion. La réalité statistique prouve que cela n’a pas de corrélation scientifique avec la rentabilité future. De plus, le régulateur a classifié les sicav suivant le risque de leur domaine d’investissement et il s’est malheureusement avéré que ce modèle était faux lors des crises, ce qui a fait fuir le petit épargnant « solide » du marché financier avec des pertes non négligeables.

Conclusion:  

Nous sommes entrés depuis quelques années dans une nouvelle époque caractérisée par une révolution de la technologie, (en particulier digitale),  par une intervention massive des banques centrales sur les marchés financiers et par l’apparition de cycles économiques de plus en plus courts  et erratiques. L’analyse financière doit se récréer, afin de permettre aux gestionnaires d’utiliser de nouveaux modèles adaptés à chaque épargnant.  

 

à propos de l'auteur
Docteur Daniel Gugenheim a enseigné en France dans les grandes écoles de commerce comme HEC et l'ISG. Ayant effectué son alya en 1986, il enseigne à l'université Bar Ilan et fut économiste près de 30 ans à la Reshut Nyarot Erekh (Autorité des Marchés Financiers). Il a publié de nombreux articles en économie et finance en Europe et en Israël. Il est conseiller financier à Qualita où il donne une chronique hebdomadaire à la radio. Il est chroniqueur également à radio Judaica Bruxelles et est intervenant sur la chaine de télévision i24.
Comments