Les non-dits de la campagne

Il fallait s’y attendre : dans une campagne dominée par les « affaires », les fake news, les rumeurs et les insultes, nombre de phénomènes importants ont été complètement occultés.

La course aux généraux qui s’est traduite par une présence sans précédent de hauts gradés sur toutes les listes importantes a conduit à la mise à l’écart de nombre de personnalités.

C’est particulièrement le cas pour les femmes qui représentaient dans la 20ème Knesset sortante 30 % des députés (35 sur 120). Malgré l’absence de femmes dans les groupes parlementaires ultra-orthodoxes, Israël se situait très près de la moyenne des pays de l’OCDE.

Au vu des candidatures présentées par les principaux partis, cette représentation des femmes risque de nous ramener trente ans en arrière !

Quels que soient les résultats, des femmes aussi intéressantes que Tsipi Livni, Orly Lévy Abecassis ou encore Adina Bar Shalom, pour des raisons diverses, ne siègeront pas dans un parlement où leur expérience aurait été précieuse.

Parmi les non-dits de la campagne, on relèvera également l’étourdissant silence sur la révolution que connaissent deux importantes composantes de la société israélienne. La première est la communauté ultra-orthodoxe, où les hommes travaillent plus et où les femmes accèdent à des positions professionnelles importantes. On l’avait déjà noté lors des élections municipales (à Beit Shemesh, par exemple) : de plus en plus de membres de cette communauté n’écoutent pas les consignes de leurs rabbins, et votent pour d’autres partis que Shas ou Yaadout ha Thora.

Le Likoud est le principal bénéficiaire de cette évolution qui n’en est sans doute qu’à ses débuts. La communauté arabe aussi évolue rapidement, bien loin des caricatures « Bibi ou Tibi ». Sous l’effet de la transition démographique, avec désormais trois enfants en moyenne, les femmes arabes étudient et travaillent plus qu’avant.

Une bonne partie de la jeunesse arabe vit et veut vivre sur un mode peu éloigné que celui des Juifs. Sur le plan électoral, cela n’est pas sans conséquence : Meretz n’est plus le seul parti juif à bénéficier de voix arabes. Selon les sondages, Bleu et Blanc attirerait 9% de cet électorat.

Ces évolutions se situent dans le temps long, et si leur effet électoral est encore marginal, on aurait tort de les négliger. Car ces évolutions marqueront positivement la société israélienne pourvu qu’on sache les accompagner. Cependant, les propositions sans ce domaine ont été marginalisées dans une campagne où l’on a soigneusement évité les débats de fond. Mais les évolutions de la société sont toujours plus fortes que le clientélisme.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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