Les mobilités par temps de Covid-19

Le géant américain de la Tech, Google édite des statistiques depuis le début de la pandémie de Covid-19 concernant les mobilités de ses usagers. En effet, depuis les premières mesures de confinement mises en place par les autorités publiques afin de faire face à la Covid-19, Google s’est engagé à rendre publique des données précises quant à l’évolution des mobilités de ses usagers.
La constitution de ces données est possible grâce à la fonctionnalité Timeline de Google Map, qui marche grâce à la géolocalisation des téléphones des usagers. Cette fonctionnalité existe depuis un bon bout de temps déjà. Qu’en est-il des mobilités en Israël, en France et aux Etats-Unis par ce temps de confinement et dans un contexte où depuis près d’un an les mobilités (locales, nationales et internationales) sont fortement restreintes ?
Une baisse de la fréquentation des espaces de divertissement privés et des commerces privés
En Israël et en France, les mesures instaurées par les autorités publiques pour faire face à la Covid-19, impliquent une fermeture des commerces privés. En effet, ils sont considérés comme étant des lieux « à risque » et peuvent contribuer à la contamination. En France par exemple, depuis l’hiver 2020, les commerces de restauration sont fermés. Ils n’ont pas été autorisés à ouvrir de nouveau car ils sont considérés comme des cluster potentiels.
Malgré le fait que les restaurateurs et autres tenanciers aient pris dès l’été 2020 des mesures pour permettre un accueil de la clientèle respectueuse des mesures de distanciation physique et sociale imposées par les autorités publiques. Aménagement de leur espace commercial qui s’est fait à leur frais et qu’ils n’ont pu mettre en pratique que quelques mois avant d’être à nouveau contraints de fermer boutique. Ces mesures ont profondément changé les paysages et la vie urbaine, tant en Israël qu’en France.
En effet, les villes sont des milieux jonchés de commerces de restauration. Les fameuses « terrasses de cafés » font partie du décor des grandes villes dans les deux pays. Elles contribuent à leur animation. Leur fermeture a tant changé le paysage des villes mais a également profondément bouleversé les pratiques de sociabilité, de loisir et de divertissement collectif ou individuel des urbains. Combien de personnes travaillant toute la journée avait pour habitude, après une journée de travail bien chargée, d’aller prendre un café ou boire un verre avec des collègues, des amis ou de la famille, après le travail ?
Actuellement, avec les mesures de confinements, les mobilités urbaines (en particulier) se sont restreintes à celle du lieu de résidence vers le lieu de travail pour ceux qui ne peuvent pas télétravailler ; du lieu de résidence qui fait maintenant office de lieu de travail pour certains aux espaces commerciaux ouverts, notamment aux espaces de commerces alimentaires.
La grande diversité des mobilités urbaines a donc profondément été réduite du fait des mesures de confinement. Ce qui impacte psychologiquement certains habitants, étant habituer d’antan à réaliser un certain nombre de mobilités tant liées à leurs activités de travail qu’à leurs activités de loisir/divertissement.
Selon les statistiques de Google, on constate aux Etats-Unis, en France et en Israël une baisse globale de -36% des mobilités vers des espaces de sociabilité, de détente ou de commerce privés (type café, restaurants etc.). Cette baisse est plus forte en Israël et en France qu’aux Etats-Unis. Les deux premiers ont vu baissé ces mobilités de -40% entre mars 2020 et février 2021.
Aux Etats-Unis cette dernière s’estime à -26%. Cette large différence entre la France et Israël et les Etats-Unis de l’autre, doit trouver ses explications dans le fait que les mesures de lutte contre la Covid-19 portant sur les mobilités, ne sont pas les mêmes d’un état à l’autre de l’Union. Israël et la France ne sont pas des états fédéraux contrairement aux Etats-Unis.
Les mesures sanitaires sont prises par des Ministères centraux qui ont pouvoir d’application et d’exécution à l’échelle de tout le territoire national. Aux Etats-Unis, les instances sanitaires fédérales peuvent proposer des mesures, fournissent des indications mais ce sont finalement les autorités sanitaires locales (c’est-à-dire celles des états) qui sont chargées de les mettre en application selon leurs propres standards.
L’idée étant qu’elles suivent les prescriptions fournies par l’état fédéral. Mais on a pu voir l’année dernière que certains états ne respectaient pas forcément les indications de l’autorité fédérale, qui à l’époque de Donald Trump furent parfois très floues.
Les commerces alimentaires et les commerces médicaux sont les seuls pour lesquels les mobilités des usagers ont le moins baissé
Que cela soit en Israël, en France ou aux Etats-Unis, les commerces alimentaires et les commerces de vente de produits médicaux (type pharmacie) sont les seuls types d’établissement marchands dont la fréquentation n’a pas diminué. D’après les données de Google, les mobilités vers ces espaces marchands sont les seuls à ne pas avoir drastiquement baissé entre mars 2020 et février 2021.
Vu le contexte, cela parait bien normal. Les personnes se rendent dans ces établissements car il s’agit d’espaces marchands qui répondent à des besoins fondamentaux : l’alimentation et les soins de santé. Ce sont également les types d’espaces marchands, dans les trois pays qui nous intéressent, à ne pas avoir fait les frais de restrictions quant à leur fréquentation.
Evidemment, les gérants de ces établissements ont mis en place des protocoles, conformes aux indications des autorités sanitaires, pour pouvoir accueillir leur public et permettre à ce dernier de répondre à ses besoins tout en ne favorisant pas la diffusion de la Covid-19.
A l’heure du confinement, ces établissements sont ceux qui captent le plus nos déplacements. En revanche, certaines personnes préfèrent ne pas s’y rendre, car il est vrai que ces établissements ont été et sont encore parfois sur-fréquentés. La livraison à domicile pour les courses ou encore la livraison de repas via des plateformes telles « UberEat » ont également vue leur activité et leur chiffre d’affaire croître du fait de la sollicitation massive de la demande.
Les commerces alimentaires et les plateformes de livraisons à domicile ont été « épargnées » et « ne connaissent pas la crise » contrairement à d’autres secteurs d’activité violement impactés au portefeuille par le contexte de confinement et de restriction.
En Israël, une augmentation de la fréquentation des espaces de loisirs publics
Israël, contrairement à la France et aux Etats-Unis, connaît une augmentation de la fréquentation de ces espaces publics de loisirs/détente/divertissement. On pense par exemple aux jardins publics, aux promenades publiques etc.
En effet, les mobilités vers ces lieux publics récréatifs ont augmenté de +9% depuis mars 2020, alors qu’en France et aux Etats-Unis elles ont drastiquement baissé. Les mobilités vers ces espaces en France ont baissé de -13% et aux Etats-Unis de -26%. Cette baisse en France notamment peut s’expliquer par des périodes de restrictions fortes qui furent prises notamment au début de la pandémie. Du mois de mars 2020 aux mois de mai-juin 2020.
Phase dans laquelle les autorités publiques avaient décidé d’un confinement total, excluant toutes mobilités exceptées celles nécessaires à la satisfaction des besoins vitaux. Les espaces publics de type jardins publics furent fermées au public sous prétexte qu’ils correspondaient à des « lieux de réunion » donc à haut risque de contamination et de diffusion. Ils ont rouvert progressivement à partir de l’automne 2020.
Une baisse généralisée de la fréquentation des lieux de travail mais une augmentation exponentielle de la fréquentation des lieux de résidence
Que cela soit en France, en Israël ou aux Etats-Unis, la fréquentation des lieux de travail a chuté. Le recours au télétravail pour éviter la contamination et la diffusion du virus en est la principale cause. Dans les trois pays qui nous intéressent, les études sanitaires ont démontré que la diffusion du virus avait principalement lieu sur les sites d’activité professionnelle.
Par conséquent, les entreprises furent sommées de recourir massivement au télétravail pour pallier ce risque. Le secteur des services fut particulièrement concerné par cette injonction. Idem pour la fonction publique spécialisées dans les services. En revanche, tous les travailleurs ne peuvent être absents de leur lieu de travail.
C’est le cas notamment des personnels de ménage, de santé, des ouvriers, des fonctionnaires de sécurité etc. Ces catégories de travailleurs, du fait de la fonction de leur activité, ne purent recourir au télétravail. Tous ne restèrent donc pas à la maison.
Dans certaines professions, les horaires ont été aménagés. Travailler à la maison a été et est un plaisir pour certain. Pour d’autres un véritable enfer.
Nombre d’études, de reportages sont parus dans la presse de nos trois pays, mettant en avant la difficulté pour moults salariés de concilier travail à la maison, activité conjugale et activité familiale. La productivité de ces travailleurs a également été amoindrie du fait de cette « résidentialisation » de l’activité professionnelle. Evidemment, cela dépend de la nature de l’emploi de la personne et des contraintes qui lui sont liées.
Pour certains salariés, notamment appartenant aux catégories socio-professionnelles supérieures et travaillant dans des secteurs à haute valeur ajoutée, les horaires et les tâches indues par leur emploi et leur grade, leur ont permis de concilier à bon escient activité professionnelle et « activités résidentielles » liées à leur famille.
Les tâches demandées, les contraintes et les horaires de travail leur permettant de « bien vivre » leur travail à la maison. La tâche a particulièrement été difficile pour les travailleurs appartenant au grade d’employé ou d’employé qualifié. Des grades qui impliquent, notamment dans le service tertiaire, des cadences de travail assez soutenues (8h ou plus par jour). Le fait de travailler à la maison, à ces rythmes, a été difficilement vécu pour certains.
