Les législatives israéliennes. Incertitudes et mode d’emploi

Le 27 octobre auront lieu en Israël les élections législatives pour la 26e Knesset. Ce jour-là, dès la clôture du scrutin à 22h, les journaux télévisés vont présenter leur « madgam », la projection de répartition des sièges suivant les différents partis politiques (« exit poll »). Cette tradition inébranlable, fondée sur les sondages oraux après vote, témoigne plus de l’impatience du public israélien que de la science statistique. Les madgamim se sont déjà lourdement trompés : en 1996 (Israël « s’est couché avec Peres et s’est réveillé avec Netanyahu »), en 2015 où au lieu de l’égalité prévue Likoud/Union sioniste, le Likoud a remporté une nette victoire et en 2019 où alors que Channel 12 avait annoncé la victoire de Kahol Lavan (Gantz), Netanyahu a obtenu une égalité de sièges et un avantage en termes d’alliances.

C’est pourquoi, à deux mois des élections, alors que la cadence des sondages est de 2 à 3 par semaine, ces derniers sont à lire « cum grano salis ».

Et pour commencer, il faut sonder les sondeurs.

La première famille d’instituts de sondage est celle du consortium de la chaine 13, du Midgam, associé à la chaine 12 et de Lazar, utilisé par le journal Maariv : pour simplifier (beaucoup !), elle donne actuellement à la coalition « Bibi » et à celle des partis de droite et du centre « anti-Bibi » 50 sièges chacun ainsi que 10 sièges au Meretz (gauche sioniste) comme aux partis arabes.

L’autre famille, celle de la chaine 14 et accessoirement de i24 News, est incarnée par Shlomo Filber. Très proche collaborateur de Netanyahu, il fut le protagoniste de l’affaire 4000, impliquant la firme Bezeq. Devenu « témoin d’Etat » mais ne fournissant pas à l’audience les témoignages accablants prévus, il a contribué, ainsi que la méticulosité des défenseurs, à ce que les juges eux-mêmes suggèrent en juin 2026 d’abandonner dans ce procès interminable et contre-productif, l’accusation de corruption contre le Premier ministre israélien.

Eloigné malgré lui de la politique, Filber est devenu publicitaire. Les sondages qu’il produit donnent actuellement 32 sièges au Likoud, dix de plus que les instituts « mainstream ». Une différence hallucinante…

Un sondage, c’est aussi affaire de modélisation : qui répond et qui ne répond pas, qui ira voter et qui n’ira pas, qui peut changer d’avis et qui ne le fera pas, qui exprime sa colère instantanée et sa décision résolue, qui veut rendre son choix public et qui ne le veut pas. Les pondérations de Filber ne sont pas celles de ses concurrents car il considère que les sondages ont historiquement sous-estimé la fidélité du socle électoral de Netanyahu ….

Pour la majorité des électeurs ce sera un vote pour ou contre «Bibi» et pour les 12 à 15 % d’entre eux qui, selon les enquêtes, n’ont pas encore choisi leur camp et feront pencher la balance, la situation internationale et sécuritaire des derniers jours avant le vote prendra une place déterminante.

Cette polarisation occulte le fait que la grande majorité des électeurs s’accorde sur les enjeux prioritaires : contraintes de sécurité, rejet des illusions et des mots creux, désignation des ennemis sans diabolisation inutile, partage national des responsabilités et maintien d’un fonctionnement démocratique du pays. Les acrimonies, les maladresses, les méfiances, les orgueils et les haines personnelles ont détraqué la machine….

En novembre 2022, le Meretz et le parti arabe Balad ont échoué juste en dessous de la barre (« ahouz hahassima ») de 3,25%. La stérilisation de leurs votes a assuré à Netanyahu une victoire confortable, mais Ben Gvir refusant aujourd’hui de s’allier à Smotrich, celui-ci, qui risque d’être en dessous du seuil, sera récupéré par le Likoud. Cela peut gêner, sinon la base militante du parti, très à droite aujourd’hui, du moins certains de ses électeurs traditionnels. De même, suivant que certaines formations, telle celle des réservistes, franchiront ou non le seuil, le résultat des élections pourrait être modifié.

Il y a donc là une part de hasard et de jeu tactique, un jeu où le Premier ministre israélien est passé maitre. L’auteur de ces lignes, qui n’est pas citoyen israélien, n’a pas à prendre publiquement parti, quelle que soit son implication émotionnelle. Mais il pense que les élections de 2026 seront parmi les plus importantes de l’histoire d’Israel.

RICHARD PRASQUIER

Président d’honneur du Keren Hayessod France

à propos de l'auteur
Depuis sa création en 1920, et à partir de 1948 en partenariat avec Israël, le Keren Hayessod, a joué le rôle principal dans la construction et le développement du pays, dans le sauvetage et l’intégration des Juifs nouveaux immigrants, ainsi que dans la lutte contre la fracture sociale. Seule organisation de collecte de fonds qui fonctionne en vertu d’une loi votée par la Knesset en janvier 1956, de nombreux projets ont été menés, tels que l’organisation de l'alyah de millions de olims et leur intégration, la mise en place de centaines de programmes sociaux, éducatifs et culturels innovants destinés aux populations défavorisées, mais aussi le renforcement de l’identité juive de milliers de jeunes en diaspora, à travers des programmes tels que Massa, Taglit ou Bac Bleu Blanc. Le Keren Hayessod existe dans 45 pays du monde et a œuvré en France sous le nom d'Appel Unifié Juif de France jusqu'en 2013. Depuis octobre 2013, le Keren Hayessod existe de façon autonome. Présidé par le Dr Richard Prasquier jusqu'en janvier 2020, il est aujourd'hui présidé par Judith Oks et Dan Serfaty.
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