Les Juifs font-ils partie d’Israël ?

Crédit : Pierre Orsey
Crédit : Pierre Orsey

« Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus », Stanislas de Clermont-Tonnerre, 1789

Nous pouvons nous réjouir de l’avancée des Catholiques dans leur reconnaissance de l’importance du judaïsme et dans leur lutte contre l’antisémitisme mais le mot Israël reste toujours tabou :

« L’Église de France réaffirme sa lutte contre l’antisémitisme. C’est une déclaration importante de la part des évêques de France, qui ont signé ce lundi 1er février 2021 une déclaration contre l’antisémitisme. Intitulé «lutter ensemble contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme sera la pierre de touche de toute fraternité réelle». Ce texte a été signé par le Conseil permanent de la CEF en présence des principaux responsables juifs de France. »

Devons-nous nous réjouir ou nous inquiéter du retour des Démocrates au pouvoir aux États-Unis ? Comme le disait très bien le titre de ce journal libanais (le 31 octobre 2020) : « Les Israéliens votent Trump, les juifs américains Biden ».

En clair, avec les Démocrates au pouvoir, le fossé entre les Juifs et les Israéliens risque de se creuser.

L’Église Catholique, à l’instar du monde occidental dans son ensemble, a adopté la position de Napoléon reprenant celle de Clermont-Tonnerre, tout pour les Juifs en tant qu’individus, rien pour les Juifs en tant que Nation. En termes bibliques (et d’une manière plus radicale) : « j’aime Jacob (les Juifs dans le monde) et je déteste Israël (les Juifs en Israël) ».

Pour mieux comprendre l’actualité et le sens de l’Histoire, je trouve que la Torah est une bonne boussole. Jacob et Israël , c’est la même personne, on ne peut pas aimer l’un et haïr l’autre. Si on aime Jacob et on éprouve de la haine envers Israël (ou on l’ignore sciemment, ce qui revient au même) cela signifie qu’on n’aime pas Jacob. Si on pleure sur la Shoah et que l’on nie l’existence d’Israël, que signifient nos larmes ?

Aimer la France ce n’est pas aimer tous ceux qui l’ont gouvernée et ceux qui la gouvernent aujourd’hui. Aimer Israël c’est pareil. Et c’est beaucoup plus que cela. Israël n’est pas un pays comme les autres, c’est une Nation à part. Même si certains Juifs, comme Abraham Burg par exemple, doutent du caractère juif d’Israël, c’est une réalité, Israël est à la fois singulier (juif) et universel.

De plus en plus de non juifs le pensent et le disent, Israël est dépassé par lui-même, il devient source de lumière pour l’humanité. C’est sa vocation, elle se réalise sous nos yeux. Israël sert de point de repère car dans ce pays toutes les difficultés que l’on peut rencontrer sur le reste de la planète s’y trouvent condensées. Toutes les tendances spirituelles (et politiques) y sont représentées. Chacun peut y trouver ce dont il a besoin pour devenir lui-même.

Aujourd’hui les Juifs que la Révolution française a émancipés ne sont plus seulement des Juifs français, ce sont des Israéliens à l’étranger : les Juifs de Galout sont depuis 1948 des Israéliens expatriés. Israël, dans sa « vraie » définition, ce n’est pas l’État d’Israël mais l’ensemble du peuple juif constitué de tous les enfants d’Israël.

Et si l’on élargit encore cette définition on peut dire que le rassemblement du peuple juif n’est pas seulement le rassemblement des enfants de Yéhouda (le Royaume du Sud) mais aussi des enfants d’Efraïm (le Royaume du Nord) appelés aussi « les dix tribus perdues ». Cela signifie que le retour des enfants d’Israël entraîne aussi le retour des enfants d’Efraïm (de Joseph), c’est-à-dire de tous ceux qui sentent en eux une âme d’Israël.

En termes contemporains on pourrait dire que dans Israël il y a non seulement les Juifs mais aussi tous ceux qui sont « sur la même longueur d’ondes », qui ont des valeurs inspirées du judaïsme et de la Torah. Cette définition d’Israël très large dépasse non seulement l’État d’Israël mais aussi le peuple juif. Par conséquent l’approche juridique (généalogique) de la définition des membres d’Israël n’est pas suffisante. Il y a comme des cercles concentriques qui ouvriraient la définition du mot Israël du sens le plus restreint au sens le plus universel.

Aussi, séparer les Juifs israéliens des Juifs qui habitent en dehors d’Israël, cela n’a pas de sens ; tous font partie d’Israël. Israël s’appelle Jacob et Jacob s’appelle Israël. Par conséquent, lorsqu’on lutte contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme sans mentionner Israël, je trouve que c’est comme s’arrêter à mi-chemin. C’est comme aimer Israël sans aimer Jérusalem.

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme, d'Israël et de Tao, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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