Les Juifs dépossédés du judaïsme par Israël !

Crédit : Pierre Orsey
Crédit : Pierre Orsey

Tandis que je marchais cette semaine sur le Chemin de Compostelle vers Jérusalem, on m’a annoncé une nouvelle aussi inattendue qu’inéluctable.

Avec la reconnaissance des conversions non-orthodoxes en Israël par la Haute cour israélienne depuis le 1er mars 2021, les Juifs n’ont plus le monopole du judaïsme. Cela met à égalité les Juifs et les convertis ! C’est historique, révolutionnaire, incroyable ; et pourtant c’était prévisible. Les convertis massorti et libéraux seront éligibles à la Loi du retour au même titre que les Juifs orthodoxes et les « Juifs tout court ». Les conversions non-orthodoxes étaient déjà valides en galout et le fait qu’elle le soient maintenant aussi en Israël n’est qu’un aboutissement logique de cette règle.

En d’autres termes on peut dire que les Juifs sont dépossédés du judaïsme… par Israël. C’est l’identité juive qui est bousculée car désormais réellement ouverte aux non-juifs. L’État d’Israël qui se dit « laïc » a décidé de légiférer sur l’aspect religieux de l’identité juive puisque la définition de l’identité israélienne en dépend.

Du coup « les Juifs » (c’est-à-dire ceux qui le sont par filiation) n’ont plus l’exclusivité ou la priorité sur les « nouveaux Juifs ». En Israël ils deviennent tous égaux, tous citoyens. Ainsi la population d’Israël pourrait un jour contenir plus de convertis que de Juifs de naissance. Et les Juifs de naissance restés en galout pourraient être considérés comme des non-Israéliens, des étrangers au peuple d’Israël, des apatrides, une ethnie anachronique.

Et en imaginant qu’un grand nombre de goyim décide de se convertir au judaïsme pour acquérir la nationalité israélienne ce petit pays ne pourra pas contenir un nombre excessif d’habitants, il n’y aura pas assez de place, il y aura trop d’Israéliens pour Israël. Et de nombreux Palestiniens pourraient même avoir envie de se convertir… Tout cela semble fictif mais cet arrêt de la Haute cour rend ce scénario envisageable.

La portée de sa décision peut même avoir des conséquences au-delà d’Israël. En effet, aujourd’hui, vu le nombre exponentiel de personnes intéressées par la spiritualité hébraïque dans le monde, on pourrait imaginer une conception de l’identité juive élastique aux contours flous. Il y aurait alors plusieurs cercles identitaires du plus strict au plus léger, du Juif ultra-orthodoxe au goy vaguement intéressé par les lettres hébraïques. Il y aurait ainsi tout une gamme de couleurs avec un grand nombre de nuances, une pluralité d’identités juives toutes certifiées par un passeport israélien.

Ce que certains Juifs orthodoxes qualifient aujourd’hui de désastre pourrait devenir, bien au contraire, la clé de la Délivrance d’Israël et de la reconnaissance de son Dieu par toute l’humanité.

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Quelques extraits d’un article du Times of Israël (très bien écrit, à lire en entier) :

– Une décision de la Haute cour israélienne portant sur la reconnaissance des conversions au judaïsme effectuées en Israël pour être éligible à la Loi du retour a déclenché une crise politique. (…) Les non-Juifs qui vivent déjà en Israël, puis se convertissent sous des auspices non-orthodoxes, peuvent obtenir la citoyenneté israélienne. (…) La décision ne s’applique pas aux Juifs libéraux étrangers ou aux non-Juifs qui cherchent à s’installer en Israël (qui peuvent déjà bénéficier de la Loi du retour si leur conversion libérale a été effectuée à l’étranger).

– Un allié ultra-orthodoxe de Benjamin Netanyahu a qualifié cette décision de « malavisée [et] très troublante ». L’un des principaux adjoints du Premier ministre est allé plus loin, en prédisant que cette décision allait « nous apporter un désastre ».

– Les militants de la liberté religieuse l’ont qualifiée de percée historique.

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Extraits d’un autre article très intéressant (du site hassidout.org) :

– Le chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, Itamar Ben-Gvir, a déclaré que la décision « sape l’identité juive de l’État d’Israël » et crée un « précédent dangereux » qui pourrait « effacer la majorité juive du pays et la transformer en un État de tous les citoyens ».

– Le député du Meretz, Tamar Zandberg, a déclaré: « Il est temps pour Israël de se libérer des chaînes du monopole du rabbinat. Le judaïsme a de nombreuses variétés – Israël est la patrie de tous les Juifs ».

– Le rabbin Dr. Daniel Hartman, président de l’Institut Shalom Hartman, dont la mission est de « renforcer le peuple juif, l’identité et le pluralisme », a salué la décision comme « l’accomplissement de la vision du sionisme ».

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme et d'Israël, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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