Les Juifs américains (3): Fait religieux

L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, priant pendant la fête juive de Souccot au Mur occidental, dans la vieille ville de Jérusalem, le lundi 5 octobre 2020 (AP Photo / Sebastian Scheiner)
L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, priant pendant la fête juive de Souccot au Mur occidental, dans la vieille ville de Jérusalem, le lundi 5 octobre 2020 (AP Photo / Sebastian Scheiner)

La communauté juive américaine fait partie des communautés religieuses « historiques » des Etats-Unis d’Amérique. Avec les Chrétiens d’obédience protestante et les Catholiques (colons français de Louisiane et colons d’origine irlandaise), les Juifs font partie des premières communautés religieuse à avoir foulé le territoire américain.

Dès lors, après avoir observé leur démographie, leur géographie et leurs positionnements politico-idéologiques, on va maintenant s’intéresser à leur religiosité. C’est-à-dire au sentiment religieux, à son intensité, au sein de cette communauté.

Les différentes tendances du Judaïsme aux Etats-Unis

La communauté juive américaine est composée de diverses tendances religieuses. On y compte également parmi ses membres, des Juifs qui le sont par héritage mais n’ont pas d’attrait particulier pour le Judaïsme. Les Etats-Unis accueillent donc en leur sein une grande diversité de tendances. Elles sont presque même toutes représentées. Ils sont également connus pour accueillir la plus grande communauté libérale juive au monde, devant Israël (en termes de quantité démographique). Le Judaïsme américain a aussi fait preuve d’inventivité.

Dès les années 1970, par exemple, les Juifs libéraux américains furent parmi les premiers à accorder la fonction de rabbin à des femmes. La grande rabine et intellectuelle juive, Delphine Horvilleur, libérale, a d’ailleurs fait ses « classes religieuses » aux Etats-Unis et plus particulièrement au sein de la communauté libérale de New York. Aux Etats-Unis, la communauté juive, attire l’attention de beaucoup d’observateurs. Qu’ils soient étrangers ou nationaux, membre de la communauté ou pas, vu le nombre d’articles de presse mais également de travaux universitaires sur le sujet, il est clair que cette communauté fascine.

Il est d’ailleurs « plus facile » de mener des observations quantitatives sur la communauté juive américaine que sur d’autres, ailleurs dans le monde, tant les bases de données statistiques la concernant sont pléthores. Dans cette perspective, le Pew Research Center publiait en 2013, une enquête très détaillée sur la communauté juive. Ses critères démographiques, ses aspirations politiques, ses tendances religieuses, ainsi que ses idées et positionnement par rapport à Israël et aux relations entre les Etats-Unis et l’Etat hébreux.

C’est selon cette enquête, que le courant juif libéral est majoritaire aux Etats-Unis. En effet, d’après les données collectées par les chercheurs, 35% des Juifs américains affirment appartenir ou se sentir proche du courant juif libéral. Les Juifs conservateurs et les Juifs orthodoxes, ne représentant respectivement que 18% de la communauté pour les premiers et 10% de la communauté pour les seconds.

En revanche, bien que les Juifs libéraux soient majoritaires dans la communauté juive américaine, il faut tout de même rappeler qu’une part importante de cette communauté ne se sent pas particulièrement affiliée à quelconque courant du Judaïsme présent aux Etats-Unis. 30% des Juifs américains affirment en 2013 n’avoir aucune obédience particulière au sein du Judaïsme, ne suivre ou n’adhérer à aucunes tendances spécifiques. Ces 30% sont des Juifs qui pourtant reconnaissent leur judéité, la pratique de manière « autonome » en quelque sorte. Respectant la tradition, mais restreignant leur Judéité au cadre privé ou familial. Des « laïques » au sens médiéval du terme, en quelques sortes.

Les Juifs américains, une communauté sécularisée ?

Les Juifs américains ne sont pas particulièrement dévots. Il semble davantage avoir intégrés d’autres schémas d’interprétation et de compréhension du monde que le schéma d’interprétation proposé par la Religion. Tout d’abord les Juifs américains sont la communauté monothéiste et de culture judéo-chrétienne qui cristallise le plus faible taux de personnes affirmant croire de manière très certaine en Dieu.

Aux Etats-Unis, 63% des Américains affirment croire « très fort » en l’existence d’un Dieu unique. Les Juifs ne sont que 37% à avoir la même opinion. En comparaison aux autres religions monothéistes de culture judéo-chrétienne présentes aux Etats-Unis, les Juifs se distinguent par cela très nettement des Chrétiens d’une part et des Musulmans de l’autre. Les premiers sont 76% au sein de leur communauté à croire « très fort en Dieu » et les second 84%.

Concernant la place de la religion dans la vie quotidienne, là aussi les Juifs se distinguent très nettement des autres communautés religieuses abrahamiques. Seulement 35% des Juifs américains considèrent que la Religion doit tenir et tient une place « très importante » dans la vie quotidienne. Autrement dit, seule une petite minorité de Juifs américains vit quotidiennement selon les préceptes qui lui sont indiquées par la Religion. Ce qui est très faible en comparaison avec les communautés chrétiennes et musulmanes. 68% des Chrétiens considèrent que la Religion tient une place centrale dans la vie quotidienne et 64% des Musulmans.

Cette opinion étant partagée par 53% des Américains, toutes confessions comprises. Toujours dans le domaine de la vie religieuse et de la religiosité, les Juifs américains font partie des communautés religieuses qui fréquentent le moins assidument leur lieu de culte et qui ne considèrent pas que la religion est le seul guide en matière de morale et de schéma de vie. Premièrement, seulement 19% des Juifs américains affirment assister au moins une fois par semaine à des offices religieux.

Près de la moitié de la communauté chrétienne (47%) et de la communauté musulmane (45%) fréquente au moins une fois par semaine un lieu de culte, dans l’optique d’y suivre un ou des offices religieux. Les Juifs américains, contrairement aux autres communautés judéo-chrétiennes monothéistes présentes aux  Etats-Unis, ont d’autres guides moraux que la Religion. Seulement 17% des Juifs américains affirmant que la Religion est « le » guide essentiel de moral pour l’individu, alors que 43% des Chrétiens affirment cette idée et 37% des Musulmans.

Au sujet de la pratique religieuse cette fois-ci, les Juifs américains sont la communauté religieuse monothéiste et de culture judéo-chrétienne, à être les moins nombreux à pratiquer une lecture littérale, donc « fondamentaliste » des textes saints. 11% des Juifs américains affirment pratiquer une lecture littérale des textes religieux, contre 39% des Chrétiens et 42% des Musulmans. Nonobstant, les Juifs américains dans leur ensemble ne sont pas créationnistes.

C’est-à-dire qu’une très grande majorité d’entre eux (plus  de 70%) est davantage partisane de l’explication évolutionniste de « l’origine du monde ». Aux Etats-Unis ¼ de la population est créationniste. C’est-à-dire qu’elle croit en l’idée que le monde est la création de Dieu. Les Juifs américains « créationnistes » ne sont que 18% dans la communauté. 29% des Chrétiens et 25% des Musulmans américains, croient avec force que le monde est la création de Dieu. Ce qui là aussi, distingue une nouvelle fois, la communauté juive du reste de la population nationale d’un côté et du reste des communautés judéo-chrétiennes américaines de l’autre.

Les Juifs américains sont donc davantage sécularisés que les autres communautés religieuses américaines. Cela ne signifie pas que les Juifs américains ne « croient pas », mais qu’ils semblent avoir un rapport plus « moderne » à la religion et à la pratique du religieux. Ce qui les distingue largement des autres communautés religieuses, en particulier des communautés chrétiennes d’une part et des communautés musulmanes.

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à propos de l'auteur
Géographe de formation, Nathan porte de l'intérêt pour les sujets géopolitiques, de géographie culturelle et d'observation politique dans le contexte israélien, étasunien et français, en essayant de mêler les trois.
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