Les jeux sont faits malgré les procès d’intention

DOSSIER - Dans cette combinaison de photos d'archives, l'ancien vice-président Joe Biden prenant la parole à Collier, en Pennsylvanie, le 6 mars 2018, et le président Donald Trump prenant la parole dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington le 20 mars 2018.(Photo / fichier AP)
DOSSIER - Dans cette combinaison de photos d'archives, l'ancien vice-président Joe Biden prenant la parole à Collier, en Pennsylvanie, le 6 mars 2018, et le président Donald Trump prenant la parole dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington le 20 mars 2018.(Photo / fichier AP)

Joe Biden est enfin considéré par Donald Trump comme élu à la présidentielle mais le sortant continue, par principe, à contester le résultat, comptant toujours sur la justice de son pays pour obtenir satisfaction.

En vain, car les arguments juridiques manquent et malgré les hautes compétences des ténors du barreau, la justice a tranché sans lui donner raison. Mais après l’ère des complots politiques, c’est l’ère des procès d’intention. En Israël, la presse nationaliste de droite a renoncé à son attitude complotiste pour une mise en garde dramatique sur les risques d’une administration Biden.

Certes, cette presse a fini par entériner le résultat mais elle cherche impunément à se justifier pour avoir crié haut et fort à l’existence d’un complot imaginaire : «L’élection a été volée, mais comme pour toutes les fraudes d’experts, elle a été soigneusement cachée et dissimulée». On risque d’entendre cette rengaine pendant les quatre années à venir tant la déception est forte chez les amis du Likoud.

Les principales figures politiques américaines nouvellement nommées sont déjà accusées d’être antisionistes, voire antisémites. On fouille dans les poubelles politiques quelques déclarations ambiguës, sorties de leur contexte, pour conforter le drame de l’élection de Joe Biden.

Alors on sort la grande artillerie pour attaquer le bras droit de Biden, Juif de surcroit, et pour prédire le malheur : «La politique de Blinken au Moyen-Orient n’est pas de bon augure pour Israël». On exhume «l’un des meilleurs psychologues du monde pour une évaluation de la formulation de la politique par le prochain secrétaire d’État américain, Antony Blinken». Il a déjà anticipé le malheur qui va s’abattre sur Israël dès janvier 2021.

Pourtant nul aujourd’hui n’est capable d’affirmer avec précision la véritable politique qui sera effectivement suivie par le nouveau président. Durant la campagne électorale, il a évoqué les grandes lignes mais il existe souvent une grande différence entre l’attitude d’un candidat politique dans l’opposition et celle plus pragmatique d’un dirigeant au pouvoir car il fait souvent face à des impératifs incontournables.

Cette presse de caniveau aura beaucoup de mal à tenir quatre années dans le déni, dans le regret et dans l’espoir d’un changement brutal de gouvernance. Sans tenir compte de l’évolution probable de la situation, les nouvelles plaies d’Israël sont déjà planifiées sur des fondements purement hypothétiques : «Blinken s’oppose à l’annexion par Israël d’une partie de la Cisjordanie et à la présence juive à Jérusalem au-delà des lignes de cessez-le-feu de 1949. Il considère les concessions foncières dramatiques israéliennes comme une condition préalable à la paix. Il soutient la création d’un État palestinien à Gaza et dans la Judée et la Samarie».

Cette presse engagée feint d’ignorer que les Américains sont maitres de leur politique qui ne se discute pas à la Knesset, encore moins au sein des partis nationalistes israéliens. La démocratie américaine a parlé et pour se rassurer ou pour se consoler, les trumpolâtres en sont déjà à songer à la présidentielle de 2024 faisant des prévisions sur la comète : «Le président Trump est le premier choix parmi les Républicains pour la présidentielle 2024». C’est démontrer ainsi l’inanité des efforts de ceux qui refusent de croire à l’élection de Biden et qui se consolent comme ils peuvent.

Mais que cette droite nationaliste se rassure. Nous sommes des inconditionnels de personne. Nous jugerons les faits et non les intentions. Nous serons vigilants face à la politique américaine. Mais laissons la nouvelle équipe prendre possession de la Maison Blanche avant de se réjouir ou de la condamner. Le temps ne manque pas et les surprises aussi.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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