Les islamistes responsables de la décennie noire en Tunisie

Des manifestants jettant des pierres lors d'affrontements avec la police anti-émeute près d'un bureau des impôts à Ettadhamen, Tunisie, à 5 km de Tunis, le vendredi 10 janvier 2014. Des affrontements ont éclaté à Ettadhamen, près de Tunis, vendredi soir entre la police et les manifestants. le mécontentement monte sur les nouvelles taxes levées par le gouvernement vendredi soir (AP / Aimen Zine)
Des manifestants jettant des pierres lors d'affrontements avec la police anti-émeute près d'un bureau des impôts à Ettadhamen, Tunisie, à 5 km de Tunis, le vendredi 10 janvier 2014. Des affrontements ont éclaté à Ettadhamen, près de Tunis, vendredi soir entre la police et les manifestants. le mécontentement monte sur les nouvelles taxes levées par le gouvernement vendredi soir (AP / Aimen Zine)

Les émeutes ont repris en Tunisie avec plus de violence. L’armée a été appelée en renfort et plus de 600 arrestations ont été effectuées. Les observations politiques scrutent avec attention ce qui s’y passe car les révolutions dans les pays arabes ont été déclenchées à partir d’un incident grave en 2011.

Elles avaient débuté le 17 décembre 2010, après l’immolation par le feu d’un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes à Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, dont la marchandise avait été confisquée par les autorités. Dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 janvier, la Tunisie avait vécu des manifestations.

Une troisième nuit d’émeutes avait pour prétexte le dixième anniversaire de la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali et de son régime policier, le 14 janvier 2011. Malgré le confinement dû au coronavirus et le couvre-feu imposé à partir de 16 heures, les échauffourées ont été déclenchées dans un contexte d’instabilité politique et de dégradation de la situation sociale en Tunisie. Des jeunes de 15 à 25 ans ont brûlé des pneus et des poubelles face aux forces de l’ordre dans des zones marginalisées, frappées par la crise économique sur fond de coronavirus mal gérée.

Les autorités estiment que ce mouvement de revendication n’est pas légal et n’est pas justifié. Les troubles ont débuté dans des dizaines de localités, en particulier dans le quartier populaire d’Ettadhamen en périphérie de Tunis. Les jeunes ont participé à des pillages et cela s’est étendu à plusieurs villes contraignant le gouvernement à faire appel à l’armée à Bizerte (nord), à Sousse (est), à Kasserine et à Siliana (centre-ouest), pour protéger les bâtiments publics.

La Tunisie a été ruinée par les islamistes, aidés par certains gauchistes, qui sont responsables de la décennie noire. Le pays est en pleine débâcle depuis la mise en place du nouveau régime en 2011. Les islamistes ont investi le pouvoir et tirent les ficelles d’un gouvernement à la dérive. Ils sont aidés par des nostalgiques staliniens qui insufflent leur idéologie dans les universités et qui prônent un État révolutionnaire fondé sur une fraternité obscurantiste et moyenâgeuse et sur un anti-israélisme, voire un antisémitisme primaire.

Le président lui-même, dans son discours d’investiture a voué aux gémonies Israël avec l’alibi de soutenir la cause palestinienne : «La Tunisie restera fidèle à toutes les causes justes, à la tête desquelles trône la Cause de notre peuple en Palestine, dont les droits resteront pérennes. Car la Palestine n’est pas un lopin de terre inscrit dans les registres des biens immobiliers, mais demeurera à jamais gravée dans les âmes de tous les Tunisiens libres!».

Les nouveaux maitres tunisiens se sont taillé un système politique à leur mesure, en insufflant un dogme révolutionnaire. Alors que la révolution voulait combattre la corruption et l’autoritarisme, ils n’ont pas fait mieux et ont trahi les espoirs de la révolution. En dix ans, ils ont saboté les services publics désintégrés qui ont poussé aux émeutes d’aujourd’hui. Ils ont détruit l’école sur fond de grèves ininterrompues et ont poussé les jeunes vers la délinquance avec au bout, la prison.

Le transport public ferroviaire a été saccagé. L’extraction minière est tombée entre des mains occultes qui ont privé l’État de milliards de dinars (1 dinar=0,31 euro). L’économie est en faillite avec près de 100 millions de dinars (31 millions d’euros) de dette publique. Les caisses de l’État sont vides après avoir été dilapidées. Sur une population de 12 millions d’habitants, le pays a enregistré 650.000 chômeurs. Bref la Tunisie est devenue un désert industriel et économique.

Mais l’honneur est sauf : Israël est désigné à la vindicte tunisienne car les 100.000 Juifs israéliens d’origine tunisienne sont interdits de séjour dans leur pays natal alors qu’ils auraient pu être un facteur de développement du pays, capables d’influer sur l’activité économique du pays. Alors avec résignation, l’horizon s’assombrit et la débâcle brise tous les rêves. Et dans tout cela, les causes qui avaient conduit à la révolution sont toujours présentes, la corruption en particulier.

En revanche, le pays est devenu leader dans l’exportation de terroristes et dans la barbarie de ses brebis égarées. Le pays de la Révolution du jasmin n’est plus la terre de l’islam modéré instauré par les présidents Bourguiba et Ben Ali. Ces présidents, malgré la dictature qu’ils avaient imposée, avaient réduit au silence l’opposition islamiste mais ouvert la porte à la démocratie et la liberté d’expression.

Les islamistes ont en profité pour s’insérer dans le système postrévolutionnaire pour clamer leur projet de créer un califat face à un État consentant. Ils ont commencé par des bombes au Mont Chambi, puis ont évolué avec des attaques plus sanglantes dans les villes tunisiennes de Tunis et de Sousse. L’islam de Tunisie avait banni les notions de tolérance et du vivre-ensemble et avait cautionné les décapitations quand le prophète est moqué par des caricatures.

La jeunesse, en mal d’idéal et abandonnée par des dirigeants égoïstes, a été impressionnée par l’arrivée sur la scène internationale de Daesh. Le groupe terroriste a attiré dans ses filets des milliers de jeunes tunisiens désemparés ; plus de 6.000 ont rejoint les combats en Syrie et en Irak pour devenir des soldats capables de propager ses idées sombres et une nouvelle vision désastreuse d’un islam qui refusait les musulmans modérés.

Des députés, hantés par la haine contre l’Occident et contre Israël, ont transformé l’hémicycle de l’assemblée en tribune pour vomir leur haine et justifier le terrorisme, sans que des sanctions soient prises. Le président de la République cautionne ces crimes par un silence coupable. Il se cache parfois derrière son ministre des Affaires étrangères qui gribouille un communiqué sibyllin alors qu’il faut trancher en homme d’État.

La Tunisie est à nouveau au-devant de la scène internationale mais pas pour les bons motifs. Ce peuple que nous avons connu, qui débordait de vie, qui avait misé sur l’avenir des jeunes et sur l’éducation, qui avait fait preuve d’un pacifisme éclairé même quand il combattait pour son indépendance, qui était ouvert même face à son ennemi Israël, qui était le plus modérés des pays arabes, s’oriente vers un avenir de désordre.

Initialement publié dans Temps et Contretemps

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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