Les gouvernants, le coronavirus et l’opinion publique : De la méfiance à la mise en accusation

Le président français Emmanuel Macron s'entretenant avec des travailleurs sociaux et des bénévoles chargés d'aider les personnes âgées de la région lors d'une visite dans un centre communal d'action sociale (CCAS) à La Courneuve près de Paris, mardi 7 avril 2020.(Gonzalo Fuentes / Pool via AP)
Le président français Emmanuel Macron s'entretenant avec des travailleurs sociaux et des bénévoles chargés d'aider les personnes âgées de la région lors d'une visite dans un centre communal d'action sociale (CCAS) à La Courneuve près de Paris, mardi 7 avril 2020.(Gonzalo Fuentes / Pool via AP)

Le pouvoir actuel a du souci à se faire. Il y a quelques semaines, ce n’était qu’une faible musique et il fallait avoir l’ouie très fine pour percevoir les premiers grondements de la colère.

Mais depuis la dernière intervention de l’actuel chef de l’Etat, les langues se sont déliées et le mécontentement est devenu presque assourdissant. Et certains signes ne trompent guère : le Premier Ministre est de plus en plus mal à l’aise devant les assemblées. Il fait aussi de modestie, voire d’humilité (c’est tout ce que je sais, je n’en sais pas plus que vous, etc…). Et il en est de même du chef de l’Etat. La dernière fois, il n’a pas cité une seule fois le nom de son Premier ministre.

Même la presse la plus docile, peu encline à contester l’exécutif, s’est ralliée au chœur de ceux qui parlent déjà de faire comparaître les gouvernants actuels devant des juridictions pénales. Un avocat pénaliste célèbre, parisien, m’a dit que des plaintes commençaient être rédigées et que le pouvoir ne pourrait pas stopper cette vague déferlante qui emportera bien des gens.

Nul ne conteste, même dans le clan gouvernemental que cette affaire du Covid-19 a été très mal gérée dès le début. Les autorités ont commis une erreur qui relèvent des hautes juridictions car on a dit au peuple de France que le port du masque ne rimait à rien, alors qu’en réalité on en était à court. On a même laissé des centaines de soignants aller au devant du virus sans protection aucune.

De mauvais plaisants ont repris la phrase maintes fois répétée par E. Macron ( nous sommes en guerre, nous sommes en guerre !) en disant qu’on ne va à pas à la guerre, au combat sans équipement. Or, les gens ont fait preuve d’un dévouement immense en consentant à se sacrifier pour que d’autres vivent. Tous les hôpitaux de France se sont retrouvés pratiquement nus, faute d’équipement. Fet je ne parle même pas des tests qui manquent cruellement.

Hier encore, un professeur de médecine disait sur BFM que les masques n’arriveraient qu’en juin… Parfois, devant l’impéritie de l’Etat et son incurie, des municipalités importantes ont lancé leurs propres commandes et en ont obtenus. C’est par exemple le cas de la ville de Nice. Comment avoir osé mentir à la population alors que la vérité finit toujours par éclater ?

L’affaire est affreusement compliquée et l’idée ici n’est pas d’accabler qui que ce soit d’autant que je ne suis guère juriste. Mais les juristes pointent de nombreuses failles dans la conduite de la riposte par les autorités de l’Etat.

Les pouvoirs publics ont tenté de s’abriter sous le petit parapluie du conseil scientifique qui a proposé le confinement et son prolongement. Personnellement, je ne peux pas en juger et je respecte le confinement mais je ne puis oublier tout le reste. Et tout d’abord les changements de ton et d’attitude du président de la République. Avec lui, on ne sait plus qui il faudrait croire : on en est à la quatrième intervention et les médias demandent plus d’explications qui n’arrivent toujours pas. Que faire ?

Certains pensent que le pouvoir actuel n’est pas à la hauteur. Quel désenchantement, quelle désillusion ! Il y a moins de trois ans le nouvel occupant de l’Elysée voyait loin, était assuré même de se faire réélire comme disait Fr Hollande par un petit trou de souris, en plaçant face à lui la candidate du RN. Ces petits calculs honteux ont été balayés par le vent du doute et de l’incertitude. Le pouvoir ne sait pas où il va. Cela s’est encore fait sentir lorsqu’il s’est agi de tout concentrer sur le 11 Mai. Pour pas le 10 ou le 12, le 11 ? On est dans une impasse car on ne sait pas du tout ce que sera la pandémie à cette date là. Prions !

Il fut changer entièrement de scénario : que tous se mobilisent sous la direction de l’actuel pouvoir exécutif et ensuite quand le virus sera vaincu, il semble que les représentants de l’ancien monde ne pourront plus conduire le nouveau. Plus rien ne sera comme avant.

Il faudrait être fou pour prétendre rester à la barre alors que la population dans son ensemble n’aura jamais oublié ce qu’elle a subi dans sa chair et dans son sang ; les milliers de morts, les faillites, les dépressions, le confinement, la fermeture des écoles, l’abandon des personnes âgées qui ne peuvent plus recevoir leurs proches, le chômage, la désorganisation phénoménale des circuits économiques et financiers, les pénuries, le temps qu’il faudra pour rattraper et combler les déficits, tout cela fait se dresser nos cheveux sur notre tête.

Il faudra créer de toutes pièces un nouveau style de leadership. Aucun Français ne se satisfera plus de la conduite cynique des politiques publiques. Il faut désormais des femmes et des hommes politiques neufs. Quel désastre, quelle déception. J’avais cru en ce président qui se croyait au-dessus de la moyenne des citoyens. Et la déconvenue est à la hauteur, hélas, de nos espérances. L’homme à la pensée complexe…

Qu’allons nous devenir ?

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
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