Les frondeurs de la droite et l’après-Bibi

Ils en rêvaient, ils l’ont fait. En quittant leur parti, HaBaït haYéoudi (Le foyer juif), pour fonder HaYamin haHadash (La nouvelle droite), Naftali Bennett, ministre de l’Education, et Ayelet Shaked, ministre de la Justice, ont bouleversé les règles du jeu.

On savait que les élections se joueraient à droite, le rapport de forces entre la coalition et l’opposition n’ayant guère évolué depuis les dernières élections en 2015. D’autant qu’au centre-gauche – entre Yaïr Lapid, Avi Gabbay, Tsipi Livni, et désormais Benny Gantz associé à Moshé Yaalon – le chacun-pour-soi risque de conduire au rien-pour-personne.

Mais jusqu’à présent, on pensait que le roi Bibi pourrait facilement emporter l’élection du 9 avril en jouant sur l’éternel refrain sonnant agréablement aux oreilles du peuple de droite : la sécurité et la stabilité du pays mis en danger par la cinquième colonne – les Arabes, la presse, les juges, la police … – qui à défaut de pouvoir battre le pouvoir en place dans les urnes, entendent le faire tomber par d’autres moyens.

Mais à l’intérieur de la coalition, bien des acteurs sont persuadés qu’avec tous ses déboires judiciaires, les jours de Binyamin Netanyahou à la tête du pays sont comptés. Guideon Saar ne cache plus son ambition de conquérir le Likoud et d’obtenir ainsi le poste de chef du gouvernement. Le personnage, absent de la scène politique ces dernières années, et sans grand charisme, pourrait bien être doublé sur sa droite.

Ayelet Shaked et Naftali Bennett, plus jeunes, plus doués, ont de surcroît l’avantage d’incarner parfaitement cette « nouvelle droite », qui n’est pas seulement le nom de leur parti. Une droite ou l’on considère que l’intérêt de l’Etat juif doit prévaloir sur des éléments constitutifs de la démocratie – l’indépendance de la justice, la liberté de la presse … – ; une droite résolument opposée à la création d’un Etat palestinien et voulant annexer la Cisjordanie (dans l’immédiat la zone C, soit 60 % de ce territoire) ; une droite qui veut expulser sans ménagement tous les immigrés illégaux … En d’autres termes une droite totalement décomplexée, où on dit tout haut ce que beaucoup d’électeurs et de militants du Likoud pensent tout bas.

De toute façon, avant ou après les élections, le Likoud aura besoin des deux frondeurs de la droite. Dans les rangs du parti du Premier ministre, on murmure déjà que lors d’élections primaires, Ayelet Shaked, pourrait bien arriver en tête, et être ainsi la mieux placée pour succéder à l’actuel Premier ministre. Du reste, l’intéressée ne fait plus mystère de ses intentions. A droite, l’après-Bibi a commencé.

About the Author
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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