Les Français aiment à se faire peur avec Le Pen

Les Français aiment à se faire peur. Partout dans toutes les publications et sur la plupart des sites, on met en avant la possibilité d’une élection de Marine le Pen à la présidentielle alors que le risque est très faible, voire nul. Même Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand et politicien éclairé, considère l’élection comme acquise au RN.

En analysant sérieusement les faits et éventuellement les programmes presque inexistants, et en ignorant les sondages, il faut se rendre à l’évidence qu’elle n’a aucune chance de se faire élire car les Français, dans leur grande majorité, refusent l’aventure.

Ils l’ont montré en renvoyant à ses chères études Éric Zemmour qui a fait illusion pendant quelques mois et qui s’est effondré sous les coups des électeurs. Il n’y a qu’en Israël où les Franco-israéliens se sont fait plaisir en le plaçant en tête des malheureux 5.892 votants parce que leur haine des Arabes en général, et des Palestiniens en particulier, a guidé leur main.

La seule inconnue du deuxième tour reste le taux de participation et l’écart de voix entre Le Pen et Macron mais il ne fait aucun doute que les voix qui sépareront Macron de Le Pen seront nombreuses lorsque la démocratie aura parlé. L’extrême-droite, aidée des racistes et des antisémites, ne pourra pas passer le portillon du pouvoir même si elle égrène des propositions et des mesures nouvelles. Les candidats du premier tour, s’ils n’ont pas explicitement demandé de voter Macron, ont conseillé de pas voter pour le Pen. Par ailleurs, les sondages se sont toujours trompés, déjà au premier tour, pour à nouveau leur faire confiance.

Il ne faut pas se méprendre sur Le Pen qui fait illusion en rêvant d’être classée parmi les Centristes ou la droite modérée parce qu’elle détient le handicap de son nom qui ternit tout avancée démocratique. Sa nièce l’avait compris depuis longtemps, elle qui a préféré se faire appeler Maréchal. Dans ce deuxième tour, rien n’y fera et il n’est pas nécessaire de décortiquer ses prises de positions sauf si l’on veut se rassurer. En politique, elle a tout faux.

Pour elle, le vote britannique pour le Brexit est l’évènement le plus important depuis la chute de Berlin et la victoire de Donald Trump comme «une pierre supplémentaire dans la construction d’un nouveau monde». Éric Zemmour lui a permis, à tort, de se classer parmi la droite républicaine mais c’était un leurre qui a été vite dissipé. Elle a du mal à se débarrasser du passé toxique de son père et de son «détail de l’Histoire».

Elle a effectivement, dans une démarche cousue de fil blanc, expulsé Jean-Marie Le Pen du parti en 2015 mais personne n’a cru réellement à sa volonté d’effacer du RN son négationniste, sa xénophobie et toutes les autres thèses controversées. Quoi qu’elle fasse, elle restera toujours la copie conforme politique de son père. Elle s’est partiellement dédiabolisée sous l’effet de la candidature de Zemmour qui lui a volé, temporairement, sa place à la droite de la droite. Peu ont cru à son déplacement vers le centre ni à sa conversion au féminisme.

Elle n’a rien cédé sur l’immigration. Marine Le Pen soutient que la citoyenneté française doit être «soit héritée, soit méritée». Quant aux clandestins, ils «n’ont aucune raison de rester en France, ces gens ont enfreint la loi dès qu’ils ont posé le pied sur le sol français». Elle rêve en prétendant parler «au nom du peuple». Elle a cherché à doubler Zemmour en faisant monter les enchères. En effet, elle a annoncé qu’elle mettrait fin à l’éducation gratuite pour les enfants d’immigrants sans papiers : «Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à être soignés et à ce que vos enfants soient scolarisés gratuitement. La récréation est terminée».

Pour elle, le fossé se resserre entre l’islam et l’islamisme. Elle a proposé «d’expulser les étrangers qui prêchent la haine sur notre sol et de dépouiller les musulmans binationaux aux opinions extrémistes de leur citoyenneté française».

Enfin sur le plan international, le dicton «dis-moi qui tu fréquentes…» s’applique à la lettre. Tous ses amis en Europe sont les tenants d’une extrême-droite avérée ou d’un populisme trompeur. Marine le Pen défend la Russie de Poutine et l’invasion de l’Ukraine. Elle entretient des liens étroits avec le Parti néerlandais de la liberté (PVV), le Parti autrichien de la liberté (FPOe), l’Intérêt flamand belge (VB), Alternative pour l’Allemagne (AfD) et la Ligue italienne du Nord (LN). Ces étrangers font tous partie du groupe Europe des Nations et des Libertés dirigé par le FN au Parlement européen et sont soit populistes de droite, soit, dans le cas du FPOe, ouvertement d’extrême droite.

Marine Le Pen s’associe à d’autres dirigeants de droite en Europe, par exemple Geert Wilders du PVV néerlandais qui veut interdire le Coran. Le leader de la Ligue italienne du Nord, Matteo Salvini, est connu pour ses louanges envers le leader fasciste Benito Mussolini. Ces points de vue sont toxiques pour la droite politique en Europe, et de nombreux partis de centre-droit ont déclaré qu’ils ne formeraient pas de coalitions avec eux.

Il est vrai que certains estiment humainement impossible de voter pour Macron et que les électeurs de gauche semblent plus éparpillés que jamais, mais ils ne soutiendront pas Le Pen. Alors beaucoup refusent ou hésitent à glisser un bulletin Macron au deuxième tour de l’élection présidentielle. Bien que la Gauche ait disparu, elle sera l’arbitre du second tour de l’élection présidentielle et elle constitue une réserve de voix appréciable pour Macron. 30% des voix de la France Insoumise et la totalité des voix d’Anne Hidalgo. Si certains électeurs de Valérie Pécresse rechignent à soutenir Macron, ils sont peu nombreux à voter Le Pen.

Si l’on avait un doute, qui de mieux que le père pour donner le vrai visage de sa fille : «Politiquement, je soutiens la candidature de Marine Le Pen, parce qu’elle est dans la continuité du combat que je mène, moi, depuis plusieurs décennies». Si le Front républicain destiné à faire barrage à l’extrême-droite semble fragile, la grande majorité des candidats malheureux votera Emmanuel Macron, ou à la rigueur n’accordera aucune voix à Marine Le Pen. C’est donc mathématique, Marine le Pen doit d’abord rattraper les 1.650.000 voix de retard du premier tour et dispose de peu de voix de réserve. Elle sera confortablement battue.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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