Les flammes de la foi

Le temple St Séraphim de Sarov après l'incendi du 17/052022 (awf)

C’était le 17 avril 2022 selon le calendrier occidental, dit grégorien alias international. L’Orient byzantin ou calendrier julien sonnait alors les cloches du 4 avril 5730 (2022). Vers les quatre heures de l’après-midi pour tout ce petit monde parisien tissé d’universalisme et de francéité, le monde catholique et protestant chantait sotto voce la joie pascale d’un christianisme européen discret, en crise mais marqué par des personnes ferventes. Bref, la foi était en route vers un accomplissement qui ouvre sur le salut, la lumière joyeuse de la Résurrection de Jésus de Bethléem et de Nazareth.

Il était environ 4 heures, enfin 16 heures ce dimanche de joie parfaite pour les catholiques, les protestants, les anglicans et l’ensemble d’un christianisme qui crie à l’unité dans ses déchirures, aujourd’hui dans des crises où chacun lorgne sur l’autre tout en se donnant la main en passant. Bref, c’était une heure après la 9-ème heure, celle où Jésus – Roi des Juifs – (Roi de Gloire préfère-t-on parfois dans l’Orient byzantin ou des traditions celtes, voire scandinaves) s’écria : “Eloi, Eloi, lema(na) sabakhtani/mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?” (Matthieu 27, 46). Puis, “Il poussa un grand cri et rendit l’esprit” (Matthieu 27, 50).

C’est donc en ce dimanche des Rameaux et de l’Entrée de Jésus à Jérusalem pour l’Eglise orthodoxe que la petite église de la Rue Lecourbe dans le quinzième arrondissement de Paris consacrée au grand saint russe Séraphim de Sarov, après une célébration matinale normale et festive, fut prise par les flammes d’une manière qui restent inexplicables pour l’instant.

La paroisse fut construite en 1933 et consacrée par le métropolite Euloge (Guéorguievsky) sur un lieu où se rassemblaient déjà dès 1926, les fidèles russes blancs émigrés (cf. l’historique précis de la paroisse sur ce lien). Le lieu fut d’emblée prestigieux où se sont croisés les penseurs, philosophes, théologiens de l’Ecole de Paris – les pionniers des relations alors naissantes entre la nouvelle rencontre entre les traditions chrétiennes d’Orient et d’Occident. Une rencontre due à l’exil, les aléas de voyages incertains à travers l’Europe, voici tout juste cent ans.

Cette présence mémorielle reste puissante jusqu’à aujourd’hui entre le père Serge Boulgakov, mère Marie Skobtsova, le père Georges Florovsky. En suivant les pères… comme l’a écrit le théologien orthodoxe français Jean-Claude Larchet ancré dans la pensée liant des premiers théologiens du patriarcat de Moscou – tel Vladimir Lossky – l’expérience mystique de la Sainte Montagne, l’Athos. Il y a aussi les mères aux destinées souvent originales, marquées par le sceau de la passion slave et orientale.

Au bout d’un siècle, la paroisse a poursuivi ce service d’accueil des orthodoxes russes tout en s’acculturant à la culture française, les modes de vie et de pensée européens. Les premières familles ont frayé avec d’autres fidèles de l’immense Russie, puis l’Union Soviétique et des différentes traditions byzantines de l’ex-Yougoslavie, des Balkans, de la Grèce et d’ailleurs. Le lien avec l’Institut de théologie Saint-Serge fut toujours important.

Un certain nombre de groupes rattachés au patriarcat de Roumanie, tendances recherches spirituelles modernes à la française sur l’héritage de la Philocalie (père Philippe Dautais), mais aussi des liens anciens avec l’actuel Evêque Syméon (Cossec) de Domodedovo du Monastère Saint Silouane sise dans la Sarthe, ou encore des conférences ouvertes comme celle que donna en son temps l’archimandrite melkite de Nazareth, Emile Shoufani, ont tracé eo tempore des ouvertures intéressantes. Dès 2011, Christophe Levallois, alors prêtre de l’Archevêché des Eglises de tradition russe en Europe occidentale, évoquait ce qu’il tente de poursuivre aujourd’hui à l’Institut Saint-Serge avec le père Jivko Panev sur le sens de la communication dans l’orthodoxie et le monde religieux, de manière plus discrète. La question est essentielle mais requiert de sortir de l’entre-soi et de considérer les autres de manière réelle ce qui est un défi de notre époque, sur tout pour des chrétiens en quête d’unité et de cohérence.

Il y a des visiteurs ou des groupes ad hoc qui frayent avec l’esprit du judaïsme ou encore de l’Egypte antique (Yvan Koenig). Les choses évoluèrent avec le décès du Mgr Gabriel (de Vylder) de Comane, l’insertion de croyants venus de l’héritage francophone et occidental. Le 22 septembre 2019, la paroisse se joignait sous la direction de Mgr Jean (Renneteau) de Doubna au Patriarcat de Moscou, se plaçant dans une forme nouvelle de l’Archevêché anciennement exarchat constantinopolitain, sous l’omophore du Patriarche Kyrill de Moscou et de toutes les Russies et le Synode orthodoxe de l’Eglise-Mère de Moscou.

Une église et une communauté paroissiale dynamiques, faites de partage, de prières, de recherches sur la liturgie, d’échanges sur les thèmes les plus actuels de l’orthodoxie plutôt libérale et ouverte. La Liturgie orthodoxe de Saint-Germain, des pistes de interrogations sur la présence antérieure au schisme de 1054, l’expression à la française est au cœur des réflexions menées par certains membres d’une Eglise qui se veut novatrice à la suite des réflexions menées par les deux Ecoles de Paris : L’Institut Saint-Serge forma une très grande partie du clergé orthodoxe international et l’Eglise catholique orthodoxe du Centre Saint Irénée poursuit son chemin, parfois de manière catacombaire sans même penser à Saint Martial et ses compagnons.

Plus prosaïquement, cette paroisse est née du passage de l’église de la Protection de la Mère de Dieu qui fut celle de mère Marie (Skobtsova) à un bâtiment nouveau où trônait un arbre – en partie conservé – qui donnait un caractère champêtre – “derevnia\деревня – campagne” en accord avec un paysage de la Russie restée proche et lointaine. Il servait en particulier lors du dimanche de Zachée pendant le Carême ou Grand Jeûne. Il y avait du bois dans l’église et l’on avait fait venir du bois d’érable du Canada.

“Боюсь пожара как огня = j’ai peur des incendies comme du feu” me disent souvent des paroissiennes venus de provinces de vastes taïgas.

Le Feu est sacré à la Pâque de Jérusalem. Il peut détruire et pourtant, l’âme russe, habituée aux vielles églises en bois qui l’on trouva d’abord dans la Scandinavie norvégienne ou la Russie du Nord, se plaît à converser, chanter avec Dieu, le Christ, les anges, les saints dans un espace “menu” et familial, souvent pauvre où la chaleur ne brûle pas les âmes mais les nourrit de la Présence.

Que se passe-t-il en ce moment à Paris ? La cathédrale Notre-Dame a été lapée dans un incendie effroyable les 15 et 16 avril 2019, détruisant des pièces inestimables, anciennes qui témoignent de l’âme chrétienne, de la Présence de Dieu et de sa recherche au cœur de la capitale française. Un héritage qui est liée à la foi et sa quête de sens mais aussi à la tradition artistique, littéraire, les visiteurs qui passent et reviennent, y hument un esprit ou tentent de se trouver. Notre-Dame est aussi l’âme mémorielle d’un pays qui s’est forgé sur de longs siècles de guerres et des Te Deum qui invitent à la paix et une foi réconciliatrice…

On ignore la cause réelle de cet incendie. Les esprits et les êtres s’interrogent sur le “Pourquoi ?” d’un feu ravageur qui fit pourtant la grâce de la possible reconstruction de la cathédrale.

Pourquoi ? L’âme slave s’interrogera parfois avec bien plus d’intensité que la raison raisonnable des cartésiens de France. La paroisse Saint Séraphim de Sarov est un joyau de la Présence de réfugiés, de leurs descendants, d’un Orient venu retrouver des occidentaux aux sources chrétiennes de la foi. L’église a traversé des décennies sans trop de dommages et même des constructions qui ont parfait le temple et élargi les possibilités d’accueil. Dans la tradition russe, tous les orthodoxes se saisissent instinctivement de bougies d’or, oranges ou rouges pendant le temps pascal pour laisser leurs prières s’élever et brûler d’une ferveur de la foi. Les bougies ? Tout fidèle sait quand il faut les placer, souvent dans le sable de présentoirs ou d’étroits bougeoirs. Il fait d’abord fondre le bout de la bougie pour qu’elle tienne droite comme la colonne vertébrale du croyant qui supplie en silence. Puis il allume la mèche. Il sait prendre celle-ci entre le pouce et l’index quand il faut éteindre la chandelle prête à disparaître, ayant accompli son service divin.

A l’heure du sinistre, toutes les bougies étaient éteintes. Il reste que toute l’église a brûlé, les ornements, les habits liturgiques. Une catastrophe. En grec, la “catastrophe” désigne ce qui est contraire à ce que l’on attend. Elle est toujours marquée par des éléments dramatiques. “Katastrephein” implique un revirement, une rotation qui induit un changement brutal et inexplicable de prime abord. En anglais, le tropaire pascal dit “(Christ) trampled down death = a écrasé la mort = vaincu la mort”. Le verbe grec “katastrephein” correspond à “to trample on = piétiner, marquer le pas”. Entre la désolation de la destruction et celle de la mort du Sauveur, il est question de mystère. Tout paraît incertain, hasardeux ou trop marqué par le sceau de la volonté divine.

Comment expliquer que 77 ans après le sacrifice que mère Marie de Paris fit de sa propre vie et de sa consécration monacale pour sauver une femme juive des gaz et du four crématoire, au jour-même du Vendredi Saint, les humbles et magnifiques œuvres de la moniale russe sont parties en fumée dans des flammes inattendues ? Que dire ? Que personne n’aurait pensé, depuis 1923, que les incendies lèchent tout d’une chaleur destructrice, exterminantes. Pourrait-on dire – puisque les icônes sont les images vivantes de la présence des saints, de la véracité dynamique de la foi vivante – que des saints et des scènes vivantes de l’Ecriture ont péri soulignant que, à près de huit décennies de distance, la moniale russe de Paris, morte en offrande à Ravensbrück, a presque été éliminée pour la deuxième fois près du lieu-source où elle s’acharnait à réconforter les êtres les plus divers.

Oui, deux icônes furent sauvées. Il y a l’épitaphios que mère Marie avait fait, le linceuil du Christ porté en cortège à la fin de la Semaine Sainte et qui reste sur l’autel principal jusqu’à la fête de l’Ascension du Seigneur. On parle aussi du miracle que l’antimension, le linge qui symbolise son ensevelissement. Le mot veut dire “en guise d’autel, table eucharistique”, indispensable à la célébration de la Divine Liturgie. Il est signé par l’évêque et comprend normalement des reliques.

Mère Marie a fait des icônes et des broderies liturgiques avec l’aide d’une autre moniale, Soeur Jeanne (Ioanna/Ioulia) Reitlinger qui appartenait à la noblesse russe. Elle perdit l’ouïe très jeune mais développa un regard artistique aigu qu’elle employa à l’écriture de ses icônes. A la Révolution de 1917, elle partit pour la Crimée, Prague et Paris où elle fréquenta le Monastère Saint-Serge, les Ateliers d’art sacré de Maurice Denis, maître qui renouvela la recherche de l’art religieux. En 1925, l’ouverture de l’Institut Saint-Serge lui offrit l’occasion d’étudier l’art selon la tradition orthodoxe. Certaines icônes avaient pu être sorties de la Russie, en proie à un incendie révolutionnaire, et se sont retrouvées à l’étranger. C’est grâce à elles que la jeune femme a pu alors apprendre à maîtriser cet art.

En 1936, elle devînt moniale. A la fin de la guerre, elle décide de retourner en Russie et fut exilée en Asie centrale, contrainte de gagner sa vie en faisant des pochoirs, des foulards. Son style est particulier. Nikita Struve aida à sauver ses œuvres en France. Celles qu’elle réalisa avec mère Marie ont toutes disparu dans le feu qui détruisit l’église le 17avril 2022.

On ne peut passer sous silence l’holocauste d’autres icônes qui ont péri lors de cet incendie du dimanche de la Résurrection 2022. L’icône de saint Séraphin de Sarov (écrite sur une toile par un moine d’Optino) avait été amenée d’Orel au métropolite Euloge en 1922 par une jeune fille, Zinaïda, de la part de Mgr Séraphin. Mgr Euloge fit encadrer la toile et la déposa au 91 rue Lecourbe dans la maison des étudiants.

Une dizaine d’années plus tard, en 1933, Mgr Euloge fondait l’église Saint-Séraphin-de-Sarov et l’icône s’y trouvait encore avant le sinistre.

Le 8 décembre 2021, le père Nicolas lut à Mgr Jean, Métropolite de Doubna, la lettre « Gramota » que lui avait adressée depuis la ville d’Orel, l’Higoumène Olympiade, du monastère de la Présentation-de-la-Mère-de-Dieu-au-Temple, avec ses félicitations et celles de toute la Communauté pour la fête du saint Néo Martyr Séraphin. Mère Olympiade n’avait pas pu, pour cause de pandémie, venir à Paris comme elle le désirait. Mgr Jean a demandé au Dr Jean Liamine, de transmettre tous ses remerciements à l’higoumène Olympiade avec laquelle celui-ci reste en contact régulier.

« Mnogaïa Lièta/Многая лета! (Nombreuses Années») fut entonné pour le Dr Jean Liamine, initiateur de cette commémoration pour son neveu Jean-E. Teùffen, petit-fils de ZinaÏda, venu d’Allemagne avec une icône de N.D.de Kazan dédicacée en 1920 de la main de saint Séraphin d’Orel aux deux fiancés Zinaïda et Ivan dont il fut le confesseur.

Père Nicolas Cernokrak donna alors la parole au Dr Jean Liamine, qui fit d’abord un rappel de la Mémoire de Séraphin : ami et collaborateur d’Euloge, grand défenseur de l’Eglise, athlète de Dieu, lutteur sans peur ni compromission contre le régime athéiste-persécuteur des chrétiens, Séraphin fut nommé évêque d’Orel par le Saint Patriarche Tikhon, puis Archevêque de Smolensk. Il avait subi plusieurs procès et emprisonnements. Il fut condamné à mort et fusillé le 8 décembre 1937. Veilleur, Il était prêt pour sa Pâque personnelle. »

L’incendie eut lieu voici maintenant presqu’un mois. La communauté paroissiale orthodoxe fit le constat des dommages immenses qui ont réduit à néant le bâtiment ecclésial proprement dit. Un anéantissement qui est aussi à l’image du Corps vivant du Christ rassemblant les fidèles autour de la foi et d’icônes enracinées dans la Bible. Les croyants et le clergé local furent ainsi spontanément accueillis par l’importante paroisse catholique Saint Léon, dont le recteur précisa, lors d’une interview, qu’il serait opportun que le diocèse (catholique de Paris) propose une chapelle ou un lieu de culte qui servirait uniquement aux paroissiens de Saint Séraphim de Sarov. C’est réaliste.

Au fond, les premiers réfugiés russes du temps de la Révolution ou des années 20 (construction de la paroisse de la Rue Lecourbe) ont fait des efforts importants pour trouver d’emblée des lieux de culte où poursuivre la prière de la tradition orthodoxe. Au point que cela avait fortement impressionné le patriarche Kyrill de Moscou lors de son tour d’Europe en 2016. Il découvrait le courage et l’abnégation des première générations de réfugiés russes fervents. La fidélité des fidèles les incita spontanément à louer et/ou acheter des lieux comme le « garage » de la Rue Pétel (longtemps siège patriarcal) ou le magasin qui devînt l’Eglise Notre-Dame des Affligés (Boulevard Saint Victor).

Ne peut-on envisager une solution identique à celles des premiers venus qui ont agi dans le but de garder leur autonomie tout en cultivant leur héritage et en le faisant connaître ? D’autant, que le 26 décembre 2019, le Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe russe a décidé de nommer l’archiprêtre Nicolas Cernokrak, recteur de la paroisse, doyen et enseignant pendant de longues décennies à l’Institut Saint-Serge, dans la Commission de théologie et de l’Instruction théologique de la Conférence inter-conciliaire de l’Eglise Orthodoxe.

Le protopresbytre Jean Gueit, vice-président du conseil diocésain de l’Archevêché des églises orthodoxe de tradition russe en Europe occidentale fut nommé le même jour à la commission liturgique et de l’art ecclésial.

Lors de la session du 29-30 janvier 2020 de ladite Conférence inter-conciliaire du patriarcat de Moscou, les deux prêtres ont participé aux débats au nom de l’Archevêché et le père Jean Gueit a souligné combien l’esprit de liberté régnait parmi les représentants, une grande ouverture d’esprit et de dialogue, précisa-t-il alors que certains exprimaient des doutes et des réticences.

Ne pourraient-ils pas, au nom de l’Archevêché qui traverse un temps aussi cruel d’épreuves, expliquer au Patriarche Kyrill qui a dit combien il était affecté par cet incendie ayant touché l’un des monuments les plus précieux de la présence orthodoxe et russe en Europe occidentale, une aide technique et financière. D’autant qu’ils sont spécialistes de théologie et d’art ecclésial.- et aux père synodaux –

Pourquoi ? La question s’apparente, sur le plan moral et théologal, à l’interrogation viscérale du cri « Eykha/איכה » qui saisit aux entrailles par une supplique et un cri déchirant « Comment !? Comment peut-il se faire ? » La question a hanté le recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il y eut des siècles de solidité, des décennies de prudence et de prières consolantes, joyeuses dans la petite paroisse du 15-ème arrondissement parisien. Oserait-on même comparer le sinistre de la cathédrale catholique au Momentum destructeur du temple orthodoxe ?

Dans les deux cas, selon chaque tradition, on a pu sauver la réserve eucharistique chez les catholiques et l’antimension, linge indispensable pour la célébration eucharistique byzantine.

Il reste la valeur financière qui n’est pas seulement une question d’appel spontané aux dons.

Les œuvres qui ont brûlé apparaissent, dans la joie pascale, comme un rappel que le Feu Sacré mais aussi celui qui – comme par paradoxe – ronge et porte une charge diabolique intervenue à des heures difficiles à discerner. Les flammes de Saint Séraphim de Sarov, ce sont des heures, des années, des décennies de prières d’âmes qui ont crié vers Dieu et ont demandé, supplié, dit merci, se sont réjouies. La Présence Divine, une et trine, a assuré un secours, une protection, une communauté en lien avec l’église toute entière.

Est-ce que les œuvres, les murs étaient assurés ? C’est un point important que la vie moderne permet pour protéger les biens, les « sacramentaux de la foi ». Quels sont les projets d’édition d’ouvrage des œuvres de Mère Marie et Sr. Jeanne ? Il y a un devoir de respect au regard de la valeur des pièces qui étaient rescapées de tant de tribulations. Donc un devoir de mémoire et de responsabilité. L’appel au fonds et tout-à-fait légitime, encore faut-il agir en toute limpidité au regard des lois associatives. Les donateurs seront d’autant plus enclins à aide – largement sûrement et depuis de nombreux pays, s’ils reçoivent l’assurance que les protections légales ont été souscrites et garantissent les œuvres comme la paroisse, les bâtiments en cas de sinistres. Cela doit apparaître clairement.

Il ne faut pas que l’anéantissement d’œuvres rescapées des catastrophes ignobles du 20-ème siècle finissent dans une « seconde mort » dont parlait François d’Assise. Celle qui – à la réticence de beaucoup dans son Eglise comme ailleurs – avait eu l’humanité de venir en aide à ses compatriotes russes juifs. Elle avait osé prendre la place d’une femme juive sauvée des gaz et du four crématoire. Il ne faudrait pas que l’antisémitisme/judaïsme rampant en Europe occidentale, en France, dans les Eglises chrétiennes en ce moment et un regain sensible de distanciation envers l’essentiel apport du judaïsme à l’Orient chrétien continue d’impacter négativement un lien essentiel que les combats guerriers ou indentitaires peuvent raviver à outrance.

Cela ne correspond pas à l’air du temps. A Ravensbrück, mère Marie aida ses compatriotes, des prisonnières soviétiques et les aidaient ! Elle ne discutait pas « juridiction », « hérétiques » et autres babioles toujours à la mode, sinon même sources de graves conflits irrationnels en 2022. Ces témoignages nous sommes parvenus grâce à des chrétiennes occidentales comme Geneviève de Gaulle.

Il faut voir dans sa personne, dans son absence et la disparition de ses œuvres dans une ville où se sont croisées des destinées et des fois si authentiques, comme un appel à se réveiller pour percevoir la lutte toujours vivace contre toute humiliation en raison de l’origine, de la langue, de la culture, de la religion. C’est du domaine d’un feu qui brûle sans se consumer (père Scrima).

Les flammes qui ont anéanti la paroisse Saint Séraphim de Savrov sont indissociables de très nombreuses paroisses, chapelles, églises russes, en particulier sur le vaste territoire sibérien montrent combien la Lumière qui jaillit au Feu Sacré le Samedi Saint à Jérusalem, s’étant comme des feux qui appellent à la conversion, à un discernement long et exigeant de catastrophe et rétablissement en son temps.

Ces flammes ont attaqué un haut-lieu de la prière et de la présence slaves russe orthodoxes à Paris. Il faudra du temps ; des actes communaires et généreux, positifs. Cet article est le premier post qui me permet d’aborder maintenant de manière plus profonde, théologique et matérielle, la question particulièrement difficile des enjeux qui interviennent dans la guerre en Ukraine et les enjeux complexes de la gestion des réalités cléricales, juridictionnelles.

“La Lumière du Seigneur illumine tous !”

à propos de l'auteur
Abba (père) Alexander est en charge des fidèles chrétiens orthodoxes de langues hébraïque, slaves au patriarcat de Jérusalem, talmudiste et étudie l'évolution de la société israélienne. Il consacre sa vie au dialogue entre Judaisme et Christianisme.
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