Les enfants turbulents du Rav Kook

Le Rav Kook (Abraham Itzhak Hacohen, 1865-1935), premier Grand rabbin ashkénaze d’Israël rompit avec l’hostilité au mouvement national juif prévalant dans le monde religieux orthodoxe : la (re)construction d’une vie juive sur la Terre sacrée annonçait – à terme – la venue du Messie.

Le courant sioniste religieux (dati-léoumi) était né. En proclamant l’alliance entre « le peuple d’Israël, la thora d’Israël, et la terre d’Israël », et en déployant un effort intense d’éducation, l’idéologie du mouvement prospéra. Longtemps allié des travaillistes, le vieux Parti national religieux (Mafdal) évolua de plus en plus à droite.

Ses éléments les plus dynamiques créèrent après la victoire de 1967 le mouvement d’implantation de localités juives dans les territoires conquis. A ce jour, le nombre de Juifs habitant de l’autre côté de la Ligne verte dans les 135 implantations légales et la centaine d’implantations illégales est de 450 000.

Le sionisme religieux n’a jamais été aussi fort. Les hommes porteurs de la kippa tricotée et les femmes en jupes longues représenteraient au moins 10% de la population juive d’Israël. Avec une moyenne de 4 enfants par foyer (six dans les Territoires), cette communauté devrait voir ses effectifs doubler en une génération, les ‘sorties’ étant compensées par les ‘entrées’ de jeunes Juif(ve)s voulant se rapprocher de la tradition. Paradoxalement, la représentation parlementaire du courant n’a jamais été aussi faible.

L’Union des partis de droite du Grand rabbin Rafi Peretz, qui vient d’être nommé ministre de l’Education, et de son allié, le très actif leader d’extrême droite Bezalel Smotrich, tout nouveau ministre des Transports, n’a obtenu que cinq sièges lors des élections du 9 avril dernier.

Deux listes concurrentes (la Nouvelle droite des dissidents Naftali Benet et Ayelet Shaked, et le mouvement Zéout du très extrémiste Moshé Feiglin) n’ayant pas atteint le seuil d’éligibilité (3,25%), plus de deux cent cinquante mille voix (soit l’équivalent de sept sièges) furent perdues.

Fort de cette (mauvaise) expérience, le courant national-religieux entend bien prendre sa revanche le 17 septembre prochain. Il faudrait pour cela que les deux nouveaux ministres, ainsi qu’Ayalet Shaked – laïque mais très populaire dans l’électorat de droite -, Naftali Benet – aujourd’hui SDF politique –, et Moshé Feiglin – toujours imprévisible -, règlent leurs problèmes de leadership.

En surmontant cette difficulté, le sionisme religieux pourrait apporter au Likoud – avec ou sans Binyamin Netanyahou – la dizaine de mandats nécessaires pour que le bloc de droite – avec ou sans Avigdor Liberman – soit à nouveau majoritaire. Une nouvelle mission historique pour les enfants turbulents du Rav Kook.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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