Les dossiers brûlants qui attendent le gouvernement israélien

© Stocklib / El Roi
© Stocklib / El Roi

Le gouvernement israélien qui sera bientôt mis en place ne bénéficiera pas des 100 jours de grâce traditionnels : plusieurs dossiers urgents sont en attente, parfois depuis plus de deux ans.

C’est plus particulièrement le prochain ministre des Finances qui aura fort à faire ; avant d’engager les réformes d’ampleur dont le pays a besoin, il devra parer au plus pressé.

Voici les cinq dossiers prioritaires qui attendent le prochain gouvernement israélien.

  1. Le budget 2021

Le dernier budget de l’Etat voté en Israël est celui de l’année fiscale 2019 ; il a été adopté par la Knesset en mars 2018.

Depuis, trois ans se sont écoulés durant lesquels le pays a affronté une crise sanitaire grave – qui a entraîné un chômage élevé et une récession grave –, suivie d’un conflit militaire coûteux.

La première des priorités de la future coalition gouvernementale sera de préparer et faire voter un budget pour 2021 et peut-être aussi pour 2022.

Ce budget sera adapté à la nouvelle donne économique de 2021 ; il mettra à la disposition du gouvernement les moyens nécessaires pour relancer l’activité et l’emploi – tout en limitant le déficit budgétaire et en contrôlant la dette publique.

  1. L’emploi

La relance de l’emploi reste la priorité : en mai dernier, encore 200.000 salariés avaient décroché du marché du travail depuis plus d’un an pour cause de Covid-19 – alors que 135.000 postes vacants ne trouvaient toujours pas preneurs.

Le modèle israélien de « congé sans solde » a fait ses preuves : les allocations chômage versées aux salariés qui ont perdu leur emploi pour cause de crise sanitaire ont été efficaces à court terme (quelques mois) mais le mécanisme devient nuisible à long terme (plus d’un an).

Le gouvernement devra inciter les salariés à reprendre un emploi et les employeurs à embaucher ; des formations professionnelles permettront d’adapter les Israéliens aux nouvelles formes de travail – comme télétravail et freelance.

Par la suite, il sera nécessaire de réformer le système d’indemnisation du chômage, notamment en reconnaissant les formes de chômage partiel qui permet de prévenir les licenciements.

  1. Le système de santé

La crise sanitaire a mis en évidence les manquements du système de santé qui sont liés à l’insuffisance des investissements publics.

C’est ainsi que, par habitant, la dépense nationale de santé en Israël était en 2019 – la veille de la pandémie – une des plus basses des pays développés.

Résultat du sous-investissement chronique dans la santé : le nombre de lits d’hôpitaux en Israël est particulièrement bas, avec seulement 3 lits pour 1.000 habitants, contre 6 lits en France.

Mais surtout, le coronavirus a mis en évidence la pénurie de personnel soignant ; la création de nouveaux postes – médecins et infirmières – devient urgent pour garantir le bon fonctionnement des structures médicales.

  1. L’opération « Gardien des Murailles »

L’opération militaire israélienne « Gardien des Murailles » à Gaza s’est achevé après 11 jours de conflit : les roquettes du Hamas qui ont atterri en Israël ont détruit des logements, bâtiments publics, usines, infrastructures, etc.

Les nombreux dommages matériels devront être réparés et les victimes civiles indemnisées ; sans compter l’activité locale qui a été interrompue durant deux semaines.

De son côté, la Confédération israélienne des Industriels a estimé la perte de production à 1,2 milliard de shekels (300 millions d’euros) – notamment du fait que les employés ne sont pas venus travailler.

A Tsahal aussi, on a fait les comptes ; l’armée israélienne estime le coût de onze jours de guerre à environ 2 milliards de shekels (500 millions d’euros).

Autrement dit, le nouveau gouvernement devra trouver un équilibre entre les diverses demandes de rallonges budgétaires ; le budget militaire devra être réexaminé afin de ne pas porter atteinte aux budgets civils qui auront besoin de ressources supplémentaires.

  1. Le logement

Se loger bon marché en Israël reste un défi presque impossible à relever ; les prix de l’immobilier ne cessent de flamber – notamment en raison d’un rythme de construction trop lent.

Le prochain gouvernement devra se fixer comme priorité immédiate de résoudre la pénurie de logements en accélérant la construction, notamment dans le centre du pays où la demande est la plus forte.

Les mesures à engager attendent dans les tiroirs des ministères concernés : augmentation des terrains à construire disponibles sur le marché, allègement des procédures d’autorisation de construire, réforme de la fiscalité immobilière, etc.

Au-delà de ces cinq dossiers brûlants, le prochain gouvernement israélien devra affronter d’autres défis non moins urgents, comme : le coût de la vie, l’éducation, les transports, les énergies renouvelables, l’environnement, etc.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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