Les dossiers 1000, 2000, 3000 et 4000 de…Trump

DOSSIER -  20 novembre 2020, le président Donald Trump écoutant une conférence de presse dans la salle de briefing de la Maison Blanche à Washington. (Photo AP / Susan Walsh, dossier)
DOSSIER - 20 novembre 2020, le président Donald Trump écoutant une conférence de presse dans la salle de briefing de la Maison Blanche à Washington. (Photo AP / Susan Walsh, dossier)
Donald Trump est visé par plusieurs procédures de justice pour lesquelles il bénéficie de l’immunité jusqu’au 20 janvier 2021. Il est fort probable que les juges vont alors s’activer quand il deviendra un citoyen normal.
C’est pour cela qu’il tente tous les moyens de faire croire à sa réélection en multipliant les tweets : «j’ai gagné l’élection». C’est la méthode utilisée par son cher ami en Israël qui vient de demander un ajournement pour soumettre sa réponse aux accusations jusqu’à la résolution des autres problèmes de la procédure. Mais le tribunal a refusé cette doléance de Netanyahou.

Trump persiste à vouloir se justifier en arguant que des «fraudes massives se sont déroulées pendant le scrutin», sans pour autant ni lui et ni ses avocats apporter des preuves de ses allégations. Effectivement, en quittant la Maison Blanche, il risque en effet la prison dans le pire cas.

Dossier 1000 : fraude fiscale et fraude aux assurances

Il s’agit de la seule enquête criminelle en cours connue à ce jour contre Donald Trump. Le procureur démocrate de Manhattan, Cyrus Vance, a lancé depuis deux ans une procédure pénale pour fraude fiscale et fraude aux assurances. Le New York Times avait publié une vaste enquête en septembre 2020, sur fond de documents irréfutables prouvant que Donald Trump n’avait payé que 750 dollars d’impôts fédéraux en 2016 et 2017 et qu’il n’en avait payé aucun au cours des dix dernières années. Il a d’ailleurs toujours refusé de publier ses déclarations d’imposition, alors que ses prédécesseurs l’avaient fait normalement.

Il est parvenu à bloquer une assignation à comparaître en prétendant qu’elle avait un but politique. La Cour suprême des Etats-Unis a infligé un revers cinglant à Donald Trump le 9 juillet, en affirmant que la justice était en droit de réclamer les archives comptables du président américain, y compris ses déclarations d’impôt.

Elle a toutefois bloqué, pour l’instant, le transfert de tels documents au Congrès. Par ailleurs, la procureure de l’État de New York, Letitia James, vient d’ouvrir une enquête pour déterminer si la Trump Organisation, appartenant à la famille, n’avait pas menti sur la taille de ses actifs pour obtenir des prêts et avantages fiscaux.

Dans une première décision, la Cour suprême avait réaffirmé que le président ne jouissait pas d’une immunité totale et qu’un procureur new-yorkais pouvait bien lui réclamer une série de documents financiers portant sur ses affaires entre 2010 et 2018. « Aucun citoyen, pas même le président, ne peut éviter d’avoir à produire des documents en cas d’enquête pénale », a-t-elle affirmé.

Dossier 2000 : l’affaire Stormy Daniels

Le procureur Cyrus Vance s’intéresse au financement de la campagne de Trump en 2016. L’actrice et réalisatrice de films pornographiques, Stormy Daniels, a reçu 130.000 dollars de la part de l’équipe de campagne du président en échange de son silence. Elle a affirmé avoir eu des relations sexuelles avec Trump, entre 2006 et 2007, bien sûr démenties par Donald Trump. Pourtant, l’ancien avocat personnel du président, Michael Cohen, avait reconnu avoir fait ce virement ce qui a entrainé, en février 2019, sa condamnation à trois ans de prison pour diverses fraudes et violation des lois électorales.

La playmate Karen McDougal avait pour sa part reçu 150.000 dollars pour ne pas évoquer ses relations sexuelles avec Donald Trump en 2016. Par ailleurs Cohen n’avait pas été tendre avec Trump lors de son audition devant le Congrès : «Le président des Etats-Unis est un raciste. C’est un escroc. C’est un tricheur». Cette accusation est  dramatique pour quelqu’un qui a été pendant dix ans son avocat.

Dossier 3000 : collusion présumée avec la Russie

Donald Trump est soupçonné d’avoir eu des relations avec la Russie en 2016 sur la base d’un rapport établi, en avril 2019, par le procureur spécial Robert Mueller. Pour l’instant aucune preuve formelle de collusion entre Trump et la Russie n’a été relevée mais le procureur se justifie en précisant qu’il avait été contraint de stopper son enquête en raison du statut de Donald Trump : «Si nous étions certains que le président n’avait pas commis de crime, nous l’aurions dit».

Il a cependant précisé que durant son mandat, Trump avait tout fait pour entraver le déroulement de l’enquête au point qu’il risque une poursuite pour «obstruction de la justice». Lors de son audition devant la Cour suprême, Michael Cohen avait fait part de ses soupçons sur une collusion entre Trump et la Russie.

Dossier 4000 : enquête sur l’Ukraine

Cette affaire aurait dû déjà entraîner la destitution de Donald Trump. Le 25 juillet 2019, le président américain avait téléphoné à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour lui demander «une faveur» alors que les Etats-Unis devaient verser 380 millions de dollars d’aide militaire à l’Ukraine.

Il a exigé en échange de cette aide que l’Ukraine enquête sur les agissements en Ukraine en 2014 de Joe Biden et de son fils Hunter. Ce dernier a été au Conseil d’administration de Burisma Holdings, un regroupement de sociétés ukrainiennes dans le domaine de l’énergie, alors que son père avait demandé au pays de «réduire sa dépendance» envers la Russie en gaz naturel.

Lors de l’élection présidentielle de 2020, la campagne de réélection du président Donald Trump et de ses alliés avait promu des allégations de corruption axées sur la relation entre Burisma et Hunter Biden. Les affirmations propagées par un rédacteur en chef de Breitbart News, avaient formé la base d’une campagne de pression de Trump et de ses associés pour pousser le gouvernement ukrainien à annoncer une enquête sur le rôle du jeune Biden avec Burisma.

Les Républicains espéraient utiliser les allégations de Burisma pour ternir la campagne présidentielle de Biden, mais une enquête menée par les comités sénatoriaux de la sécurité intérieure et des finances contrôlés par les Républicains, peu avant l’élection présidentielle de 2020, n’a finalement trouvé aucune preuve d’influence ou d’actes répréhensibles de la part de Joe Biden.

Trump avait échappé à la destitution grâce à sa majorité au Sénat. Mais à son départ de la Maison Blanche, rien n’empêche le procureur de Brooklyn de relancer le dossier.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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