Les dix plaies de la Russie qui menacent Israël

© Stocklib / Yevhenii Strebkov
© Stocklib / Yevhenii Strebkov

Dans quelques jours, les Juifs du monde entier célèbreront la fête de Pessah et se remémoreront les dix plaies infligées à l’Egypte pour contraindre Pharaon à libérer les Hébreux retenus en esclavage.

Les Israéliens de 2022 peuvent aussi énumérer les dix plaies que Poutine leur a imposé en déclarant la guerre à l’Ukraine.

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe a bouleversé les relations internationales, modifié les alliances diplomatiques et impacté les prix de nombreux produits.

Certes, les liens commerciaux d’Israël avec les pays de la zone de guerre sont limités ; en revanche, Israël reste dépendant de la Russie et de l’Ukraine pour certains produits et services.

La guerre que Poutine mène en Ukraine a donc des retombées immédiates sur la vie quotidienne des Israéliens ; voici les dix plaies de la Russie qui menacent Israël.

  1. Les œufs de Pessah : l’Israélien est un gros consommateur d’œufs qui, en partie, proviennent de l’étranger. Pour faire face à la demande intérieure, Israël importe des œufs frais d’Europe centrale et notamment d’Ukraine qui lui fournit environ 40 millions d’œufs par an, pour la fête de Pessah en particulier. Dans l’urgence, Israël a dû chercher d’autres fournisseurs qui permettront d’atténuer la pénurie d’œufs au menu de fête de l’Israélien.
  2. Le diamant brut : la Russie est un gros fournisseur de diamants bruts et de pierres précieuses à Israël. L’industrie israélienne du diamant se fournit pour plusieurs millions de dollars par an auprès des mines de Russie ; une rupture des approvisionnements russes met en difficulté l’activité de la taille de diamants déjà très dépendante de l’étranger.
  3. La haute technologie : avant la guerre, les entreprises israéliennes de haute technologie étaient actives en Ukraine où elles employaient autour de 15.000 techniciens et ingénieurs. Le conflit a privé des dizaines de sociétés israéliennes d’une main d’œuvre à bas salaire et très formée, l’idéal pour les jeunes startups qui peinent à recruter en Israël. Dorénavant, la high tech israélienne devra chercher ailleurs les grosses têtes qui lui font défaut.
  4. Les céréales : la Russie et l’Ukraine sont parmi les premiers exportateurs mondiaux de céréales et ils fournissent 60% des importations israéliennes de blé. Un arrêt complet, ou partiel, des exportations de blé de la zone de guerre engendre de graves pénuries pour un pays comme Israël qui doit puiser dans ses réserves et chercher d’autres fournisseurs.
  5. Les engrais : l’agriculture israélienne est très dépendante des engrais russes. Chaque année, la Russie fournit à Israël environ 12.000 tonnes d’engrais minéraux et chimiques ; en stoppant ses exportations d’engrais, la Russie menace une partie de la production agricole d’Israël alors que le prix des engrais a flambé sur les marchés internationaux.
  6. Les matières premières : la Russie et l’Ukraine ont une forte influence sur les marchés des matières premières comme le gaz, le pétrole et le charbon dont ils sont des fournisseurs essentiels. Les prix de ces matières premières ont fortement augmenté depuis le début de la guerre, se traduisant en Israël par une envolée des prix au détail et par un regain d’inflation.
  7. Les matériaux de construction : la Russie et l’Ukraine fournissent à Israël plusieurs milliers de tonnes de matériaux de construction, comme fer et acier. Les promoteurs immobiliers israéliens ont déjà tiré la sonnette d’alarme : le renchérissement du prix de certains matériaux de construction, voire leur pénurie, va se répercuter sur les prix de l’immobilier et rallonger la durée de construction.
  8. Les oligarques : de puissants hommes d’affaires russes, proches du pouvoir politique de Poutine, se sont réfugiés en Israël. Chassés de plusieurs pays européens, des oligarques russes qui possèdent aussi la nationalité israélienne comme Roman Abramovitch, ont trouvé refuge en Israël, provoquant la colère des dirigeants occidentaux.
  9. La globalisation : l’ouverture du marché israélien aux produits étrangers se traduit par une dépendance qui s’avère critique en cas de crise internationale. Alors qu’Israël veut réduire ses droits de douane pour augmenter la concurrence des produits étrangers et abaisser les prix, la guerre en Ukraine remet à l’ordre du jour une règle bien connue : il faut diversifier les sources d’approvisionnement et ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…
  10. La neutralité : Israël n’a pas vraiment imposé des sanctions à la Russie, prenant le risque de froisser ses alliés américains et européens. Cette neutralité n’a pas renforcé la position internationale d’Israël comme Etat démocratique et pourrait se retourner contre lui dans le cas d’un conflit régional avec les Palestiniens.

Très vite, Israël va devoir panser ses plaies pour atténuer l’impact du conflit, freiner les prix, relancer son activité économique et maintenir son influence dans la région.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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