Les Derniers

Bracha Ghilai, 75 ans, survivante de la Shoah, montre son bras tatoué chez elle à Holon, près de Tel Aviv, le 23 janvier 2005. (AP/Ariel Schalit)
Bracha Ghilai, 75 ans, survivante de la Shoah, montre son bras tatoué chez elle à Holon, près de Tel Aviv, le 23 janvier 2005. (AP/Ariel Schalit)

Depuis l’instauration officielle de la journée internationale de la Shoah le vingt-sept janvier, Israël, pays du monde rassemblant le plus grand nombre de survivants et rescapés, a commémoré cette journée.

Avec la pandémie du corona, Zoom, devenu le principal média virtuel a remplacé les rencontres et cérémonies officielles, comme il a remplacé l’école, les cours, conférences et rassemblements joyeux des familles ou pire l’absence des proches pour la lecture du Kaddish avant leur dernier voyage.

Après deux années marquées par l’emprise du virus, nous avons dû adapter nos vies et notre quotidien à ce que jamais nous n’aurions pu imaginer : la perte de notre liberté au gré des confinements, frontières fermées, voyages interdits (presque) sans distinction et pire, l’effrayante épée de Damoclès sur nos têtes, décidant comme à Yom Kippour de la vie ou de la mort de chacun…

Il y eut un éclair d’optimisme suivi d’une immense joie à l’arrivée des premiers vaccins en Israël, une annonce qui suscita pour une fois la plus grande admiration et l’envie de la majorité des pays du monde. Pas pour longtemps hélas car nous allions faire la connaissance des « variants » si nombreux, que j’en ai oublié les noms…

Nous avons obéi aux injonctions vaccinales destinées aux personnes de notre âge, le troisième « booster » nous a permis de revenir en France, de revoir nos enfants et nos familles après deux ans d’absence. Ce voyage fut suivi d’un autre quelques mois plus tard afin de célébrer un « évènement » rare : mon anniversaire et mon changement de décennie.

Pour cet anniversaire si spécial mes enfants m’ont offert le magnifique cadeau d’un séjour au Maroc qui nous a réjouis tous ensemble et qui s’est terminé à Paris avec une soirée fraternelle inédite après tant d’années.

Et puis retour en Israël…

QUATRE-VINGTS ANS

Donc ce nombre, c’est bien moi ! Je vais devoir m’adapter et l’intégrer…

En premier lieu mon livre autobiographique « Comme un Tison sauvé du feu » sorti en juillet 2019, nominé pour le Prix Wiso 2020 des Auteurs francophones en Israël, est-ce fini, n’ai-je plus rien à ajouter parce qu’il est trop tard et que le corona est passé par là… ?

Les pages nouvelles à tourner, le regard mémoriel sur la Shoah autre que victimaire, ma force intérieure dois-je en faire le deuil, tout comme ma peau que je ne reconnais plus, ce corps fidèle qui m’accompagne depuis tant d’années et pour qui j’ai une infinie reconnaissance, lui aussi ?

Jamais je ne me suis sentie en accord avec mon âge chronologique et je ne suis pas entrée dans la peau de la « vieillerie », alors pourquoi ne pas faire une force de cette différence et changer l’image associée à l’âge et l’histoire de la Shoah…?

Alors oui je fais partie de « Ces Derniers » ceux dont la France parle aujourd’hui, comme si d’un coup le temps allait lui manquer, les « Derniers » ces Juifs dont l’appartenance fut taxée du même prix à payer : arrestations, déportations, exterminations, enfance cachée et après-guerre sans repères. Cinquante ans de silence puis on appela « Shoah » ce que nous avions tu…

Ce nom est le lien qui nous unit mais je m’en suis détachée, car depuis longtemps la France n’est plus mon territoire. Si je l’ai quittée ce n’est pas (encore) à cause de l’antisémitisme mais parce que je suis revenue à la maison Israël…

Je ne fais plus partie de ces « Derniers », la Juive en gagnant de l’âge est devenue Israélienne et elle a appris la joie forte qu’apporte le Judaïsme, son histoire et son étude, au sein de sa Nation retrouvée.

Ce cadeau est pour mes enfants et mes petits-enfants, mon père, mes grands-parents, mes oncles, ma mère et ma famille ainsi que mon Peuple.

L’écriture de mon livre en Israël est un miracle, est-ce le même que celui qui eut lieu neuf mois après ma naissance au Vel d’Hiv, quand je fus sauvée d’Auschwitz…?

à propos de l'auteur
Meira est un "soldat sur le front" ! Un parcours atypique, une grande partie de sa famille a été déportée pendant la rafle du Vel d'Hiv, enfant cachée jusqu'à la fin de la guerre. Elle a vécu la majeure partie de sa vie à Paris. Meira a fait techouva et son alyah en 1996 et elle vit toujours à Jérusalem. Elle aime le théâtre, l'art, mais surtout la vie ! Membre à Aloumim (Association israélienne des enfants cachés en France pendant la Shoah) et volontaire à l'Unifan, Meira espère que sa famille la rejoigne en Israël. En attendant, elle se bat afin de changer l'image de victime imposée à ceux qui ont vécu enfant, cette époque alors qu'au contraire c'est d'un "combat de vie" qu'il s'agit. Meira a aussi écrit un livre "Comme un tison sauvé du feu" aux éditions Les trois Colonnes.
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