Les axes socio-économique du gouvernement israélien : Economie et logement

Les postes ministériels ne seront pas distribués en fonction des compétences du titulaire dans un domaine particulier mais généralement pour services rendus ou pour impératifs de coalition. En tout état de cause l’expérience des mandats précédents démontre que les ministres ont peu de latitude dans leurs fonctions car la décision finale appartient au Premier ministre.

Par ailleurs, les cinq micro-listes susceptibles d’entrer dans la coalition ont des appétits politiques d’autant plus grands que Benjamin Netanyahou a les bras liés s’il veut survivre politiquement. Deux postes de ministres par petits partis pourraient à peine satisfaire leurs exigences ce qui entraînerait un gouvernement pléthorique d’une trentaine de ministres sans rapport avec la taille du pays et le nombre de députés à la Knesset.

Durant la campagne électorale, les programmes politiques n’avaient pas été abordés car les protagonistes s’étaient concentrés sur les attaques personnelles et sur les échanges de noms d’oiseaux. Même les problèmes sécuritaires et surtout ceux qui fâchent avaient été éludés. La réalisation des objectifs socio-économiques du nouveau gouvernement dépendra donc des personnalités désignées dans les ministères-clés. Mais le Premier ministre n’est pas au bout de ses peines pour la constitution de son équipe, une étape essentielle avant sa mise au travail. Les marchandages sont devenus une marque de fabrique d’Israël.

Réintégrer les mêmes ministres au même poste serait contre-productif avec une impression de déjà-vu et mènerait à une inertie gouvernementale. Si Netanyahou veut traiter avec sérieux et conviction les questions économiques, il doit placer au ministère des Finances un homme neuf, compétent et expérimenté et pas usé par l’échec.

Moshé Kahlon a montré ses limites durant le mandat précédent mais cela ne l’empêche pourtant pas d’exiger à nouveau ce ministère, sa condition pour entrer dans la coalition. Une solution pourrait être envisagée en réduisant ses attributions pour les diluer dans une dénomination nouvelle pompeuse et en faisant éclater le ministère en plusieurs entités cloisonnées et techniques pour plus d’efficacité. Pour le satisfaire, le ministre risque donc de devoir avaler de nombreuses couleuvres, en particulier l’obligation d’arbitrage pour limiter le droit de grève des monopoles gouvernement ce qui n’est pas du goût du principal syndicat Histadrout.

Le budget 2020 doit être adopté au début des grandes vacances en tenant compte de la réduction impérative du déficit. Cela passera probablement par une hausse des impôts, une réduction des allègements fiscaux et une réduction des dépenses. Ces mesures peu populaires devraient être proposées par un ministre ayant une légitimité professionnelle et un charisme indispensable s’il faut prendre des décisions douloureuses.

En effet, le ministère des Finances vient de publier des chiffres inquiétants concernant l’augmentation du déficit budgétaire en février, en raison d’une baisse des recettes fiscales. En clair, l’État dépense plus qu’il ne reçoit d’impôts. Le déficit budgétaire a atteint 3,5%. Au cours des deux premiers mois de 2019, il s’est élevé à 5,6 milliards de shekels (1,4 milliard d’euros) contre un excédent budgétaire de 2,3 milliards de shekels (560 millions d’euros) au cours des deux premiers mois de 2018. En février les recettes fiscales ont baissé de 6,8% par rapport à la même période de 2018.

Parmi les questions économiques, le problème du logement devient dramatique car l’augmentation des prix rend l’acquisition pratiquement impossible pour les jeunes ménages dans les principales villes du Centre, sauf à accepter de vivre dans les territoires ce qui n’est pas une option très populaire, surtout depuis la recrudescence des attentats perpétrés contre des civils en Cisjordanie.

Depuis la privatisation des sociétés de construction d’Etat, la mise à disposition de logements sociaux a chuté. La promesse de Moshé Kahlon  de libérer des terrains domaniaux pour les mettre à la disposition des promoteurs, à un prix limité, n’a pas été suivie d’effet. Il n’est pas normal qu’un Israélien ayant un emploi stable ne puisse pas acquérir un logement social sans avoir à s’endetter toute sa vie. En France et au Royaume-Uni, huit années de salaire moyen sont nécessaires pour acquérir un petit logement de 70m², mais seulement deux au Danemark. En revanche, il faut au moins treize années de salaire en Israël.

La flambée des prix s’explique par la stagnation de l’offre et par une demande en expansion, alimentée par un nombre croissant de ménages et par la baisse des taux d’intérêt. Il y a un manque de terrains dans le centre du pays où la demande est forte, les infrastructures sont sous-développées dans les zones périphériques, et les procédures d’urbanisme impliquent de nombreux acteurs publics aux intérêts divergents. Il faut compter treize ans pour remplir les formalités nécessaires à l’élaboration des plans et à la construction d’un logement en Israël, soit plus du double des pays de l’OCDE.

Ainsi, on voit dans les villes de nombreux terrains transformés temporairement en parking public dans l’attente des autorisations. Il manque environ 100.000 logements soit l’équivalent de deux années de construction. On construit environ 45.000 logements par an en Israël. Des mesures ont été prises effectivement pour le démantèlement de sites militaires du centre du pays transférés au Néguev, dans le complexe militaire Ariel Sharon, ainsi que pour la construction de nouvelles infrastructures routières.

La rareté de logements résulte d’un monopole étatique sur les terrains qui sont libérés contre des taxes élevés et une bureaucratie décourageante. Même en Cisjordanie et à Jérusalem, le blocage des terrains limite les constructions. En fait, il faut augmenter la quantité de terrains destinés aux logements pour réduire les coûts des terrains. Il faut rendre la procédure de construction plus rapide et plus souple.

La question fondamentale reste l’autorité qui sera chargée du contrôle de l’administration de la planification et de l’Autorité foncière israélienne, qui a évolué entre le ministère des Finances et celui de l’intérieur et dont les titulaires vont se battre pour obtenir la responsabilité. C’est pourquoi certains dirigeants veulent transférer localement les pouvoirs en matière de construction, aujourd’hui dévolus au gouvernement central afin de «rationnaliser la politique du logement social».

Les questions du logement touchent toutes les classes sociales et influent sur l’évolution de l’alyah car les nouveaux venus peuvent difficilement se loger avec un loyer modeste. La rareté des logements et leur coût ont réduit de manière importante l’arrivée de Juifs en provenance des pays occidentaux comme la France et le Royaume-Uni. Pendant la campagne électorale certains partis ont découvert des solutions, même ceux qui étaient au pouvoir alors qu’ils ne les ont pas appliquées. Mais un certain espoir se fait sentir car la hausse des prix des logements se ralentit.

Bien sûr l’acquisition d’un appartement n’est pas encore à la portée de tout un chacun mais aucune mesure n’a été prise par le gouvernement précédent malgré les promesses de Moshé Kahlon qui a fait illusion à son poste. La possibilité d’acheter un appartement avec un crédit à long terme existe déjà mais les acheteurs butent sur la mise de fond obligatoire qui peut atteindre parfois 40 à 50% du prix de l’appartement.

L’ex-général Yoav Galant, du parti Koulanou, avait hérité du ministère de la construction pour lequel il était peu compétent ce qui explique qu’il n’a pas fait preuve de beaucoup d’initiative et que ses réalisations ont été presque nulles. Il voulait, en vain, réformer de manière complète le marché du logement en regroupant tous les services en une seule officine.

Il estimait devoir donner une priorité au logement social en octroyant des prêts aux familles nécessiteuses sur le même principe des années 1970 où les loyers étaient déductibles à long terme, lors de l’achat à un prix modéré d’un logement. Il s’agit en fait d’encourager la construction d’appartements locatifs à long terme et de subventionner les logements pour les travailleurs nécessiteux.

La désignation du ministre des Finances sera un test pour savoir si le premier ministre recherche un ministre potiche récompensé pour sa fidélité et ne faisant pas de vague ou alors, un professionnel libre d’apporter sa touche pour engager des réformes en profondeur.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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