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Les armes à la main

Meira relate l'enterrement du jeune soldat français Jordan Bensemhoun, 22 ans, tombe à Gaza

Hier j’étais au cimetière,

Ce soldat que j’accompagnais à sa dernière demeure n’était pas mon fils, mon petit-fils, mon frère,  mon père, mon oncle, mon cousin, mon voisin,

Il avait 20 ans ou bien 19 ou peut-être 22,

Il était « hayal boded » ce qui signifie soldat seul en hébreu,  sans famille en Israël,

Je ne le connaissais pas,

Tout comme les milliers d’autres venus lui dire adieu,

Lui dire merci,

Lui dire combien on l’aimait,

Combien il allait nous manquer,

Manquer à son pays,

Et que nous étions là  pour partager la douleur de ses parents à qui il manquerait à tout jamais.

Ce soldat venait de Lyon et il était « monté » seul à 16 ans.

Il était Golani, la plus prestigieuse unité de l’armée d’Israël,

Il est mort au combat pour défendre son pays, la Nation,

Son Peuple, sa famille,  nous, moi,

A Lyon et surtout à Paris on manifestait, des hordes furieuses faisaient le siège des synagogues et l’on criait à nouveau « mort aux juifs » ,

C’était aussi la commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv,

Le Premier Ministre a fait un beau discours,

Les Notables  aussi,

Les juifs ayant vécu cette époque se sont cantonnés dans leur posture habituelle de victime, la seule autorisée quand on vit en Europe et surtout en France,

Alors moi, la rescapée dont la place est restée vide au milieu d’eux,

Moi bien vivante et combattante dans mon pays en guerre,

Au cimetière d’Ashkelon,  j’ai prié et j’ai pleuré pour Jordan,

Venu de France pour me défendre,

Mort à Gaza les armes à la main

About the Author
Meira est un "soldat sur le front" ! Un parcours atypique, une grande partie de sa famille a été déportée pendant la rafle du Vel d'Hiv, enfant cachée jusqu'à la fin de la guerre. Elle a vécu la majeure partie de sa vie à Paris. Meira a fait tchouva et son alyah en 1996 et elle vit toujours à Jérusalem. Elle aime le théâtre, l'art , mais surtout la vie ! Membre à Aloumim (Association israélienne des enfants cachés en France pendant la Shoah) et volontaire à l'Unifan, Meira espère que sa famille la rejoigne en Israël. En attendant, elle se bat afin de changer l'image de victime imposée à ceux qui ont vécu enfant, cette époque alors qu'au contraire c'est d'un "combat de vie" qu'il s'agit.
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