Les adieux à la vieille Europe

Elle est encore là, mais quelque chose a été perdu pour toujours, nous le sentons bien. L’Europe, vieillie, a trébuché sur ce qui, autrefois, lui a donné vie.

L’Ancien monde s’est embourbé dans les contradictions. Après avoir fait serment d’être fidèle à la démocratie, il s’est soumis aux fonctionnaires de Bruxelles que personne n’a élus. Il a l’égalité pour crédo, les dividendes vont pourtant à l’Allemagne. Il accueille les migrants qui ne reconnaissent pas ses valeurs. Il est l’ami de l’Iran et se brouille avec l’Amérique.

L’Europe n’est pas capable de convenir d’un budget commun. Elle soutient le pluralisme, mais stigmatise du nom de « populistes » ceux qui ne sont pas d’accord avec le courant néolibéral. Une propagande ouverte est en marche et un néoparler, une « novlangue », a fait son apparition. La population a été abrutie, mais cela n’aide pas. Les locomotives ralentissent leur course, le Sud rue dans les brancards, l’Est se braque. Le Royaume-Uni ne sait plus ce qui est mieux de partir ou rester.

C’est ainsi que se termine une grande époque. De nouveaux temps arrivent et, pour la première fois en quelques millénaires, l’Europe n’y est pas du tout préparée.

Vu de côté, certains sont tentés de ne pas estimer ses convulsions à leur pleine valeur. D’autres ironisent, se moquent, raillent. Il n’est pas facile de lever le regard sur le véritable sens des événements.

En fait, ce n’est pas l’Union européenne qui se débat dans ses conflits intérieurs. C’est l’esprit européen, le foyer de la civilisation, l’avant-garde pensante de l’humanité qui s’éteint sur les lambeaux de sa puissance. L’Europe n’est pas le centre du monde, mais plutôt, le centre de la migration. Elle perd ceux qu’elle a jadis soumis : la Chine, l’Inde, l’Asie dans son ensemble. Trump l’a acculée dans un coin. Son élite et ses gouvernements trahissent leurs peuples. Ses « invités » commencent à la commander.

La chute de l’Europe, c’est la dissolution des ordres séculaires. La fissuration des fondements sur lesquels le monde moderne s’appuie. L’Europe est la source d’une culture qui existe depuis plus d’un millénaire, depuis l’époque romaine. Beaucoup, et nous également, avons puisé à cette source. La philosophie, la religion, les conceptions du monde, les sciences, l’enseignement, l’approche de la vie, le progrès, tout est venu d’elle et s’est diffusé sur les autres continents, même par le colonialisme, et a grandi sur d’autres terres. Maintenant, elle fane, se tarit.

La base intérieure transcendante, incorporée à nos gènes se dessèche. Nous sommes tous d’origine européenne, même si nous n’y sommes jamais allés. En la perdant, nous perdons une partie de nous-mêmes.

Plus qu’un continent

Sur quoi repose l’Europe depuis déjà 2000 ans. Qu’est-ce qui lui a donné vie, des forces ?

Si nous analysons ce qui est au cœur même de l’Europe, nous y trouvons l’héritage juif, une influence mutuelle transformée selon les impératifs du temps et de la nature humaine. Ce n’est pas un hasard si la période de la formation de l’Europe est appelée aujourd’hui « judéo-chrétienne », bien que ce qualificatif soit déroutant. Si on lève tous les voiles, au sens idéologique et conceptuel du terme, l’Europe a reçu sa première impulsion de la kabbale.

« Platon et ses prédécesseurs se sont emparés de l’enveloppe extérieure de la science de la kabbale, ont passé beaucoup de temps avec les élèves des prophètes. Ils ont dérobé les fondements de la science de la kabbale et se sont revêtus d’atours qui ne leur appartenaient pas »

C’est ainsi que s’exprime le Baal Soulam, kabbaliste du siècle dernier.

« Mon professeur, Pythagore, le père de la philosophie, a emprunté ses enseignements aux kabbalistes. C’est lui qui fut le premier à traduire le mot kabbala, inconnu de ses contemporains, en langue grecque par le mot « philosophie ».

Ces propos sont de l’illustre scientifique et humaniste allemand Yohann Reuchlin voici cinq cents ans. Y fait écho ce qu’écrivait Raymond Lulle, écrivain et chercheur du XIII siècle:

« Les sciences comme la théologie, la philosophie et les mathématiques tirent leurs principes et leurs racines d’elle (la kabbale). C’est pourquoi toutes les sciences sont subordonnées à cette sagesse, et leurs principes, leurs lois sont subordonnés à ses principes et à ses lois. Leurs argumentations sont par conséquent insuffisantes sans elle ».

Pas seulement la religion, mais le cœur même, l’essence de la civilisation occidentale est née en cette période où les enseignements de la kabbale en imprégnaient les bourgeons. Cette imprégnation est devenue le catalyseur d’une nouvelle ère, le Nouveau monde ayant atteint le stade de globalisation dans lequel nous vivons actuellement. L’Europe s’est unie et s’est désagrégée, est tombée et s’est relevée. Toujours, elle se concentrait pour aller de l’avant, s’engouffrait dans l’avenir, se battait, ne se contentait pas de son acquit.

L’esprit dans lequel elle a ouvert la voie a été imité, suivi par d’autres peuples. Oui, cet esprit était dur, haineux, mais il était suivi de tous. L’Amérique est aussi son enfant. Si l’Europe n’a hérité des kabbalistes que d’une étincelle qu’elle a modifiée. Même cette lueur a suffi pour l’éclairer pendant une longue période et l’élever à un niveau sans précédent.

A l’époque de la Renaissance, les Européens ont de nouveau repensé leurs fondements et ont découvert que leurs racines viennent de la kabbale. Les fondateurs de cette période en traitent ouvertement. Giovanni Pic de la Mirandole, savant italien, qui avait étudié l’hébreu pour faire des recherches sur les travaux de kabbale reconnait que :

« La véritable interprétation de la Loi qui a été découverte par Moïse … est appelée kabbale ».

De facto, c’est en cette période que les philosophes platoniciens ont fondé l’école kabbalistique. Jerry Satinover, scientifique de notre époque, dit que « ils ont soumis la kabbale à des recherches minutieuses. Une partie l’étudiait en secret, d’autres ouvertement. Certains l’ont payé de leur vie ». Malheureusement, leur courage, leur probité scientifique n’ont pas été appréciés à leur juste valeur ni par les Européens, ni par le peuple juif.

D’une manière ou d’une autre, l’Europe a parcouru un long chemin sur lequel les Juifs l’ont sans cesse accompagnée. L’échange de potentialités s’est poursuivi pendant des siècles. Puis, avec les premières étincelles des libertés nées des régimes libéraux, la participation juive a pris des proportions colossales.

« Comme un soleil, Israël est présente dans le cortège de l’Europe : partout où il brille, une nouvelle vie sort de terre, et les endroits qu’il quitte s’étiolent ».

C’est ainsi que s’exprime Werner Sombart, économiste allemand, sociologue du début du XX siècle.

Pourtant rien ne dure éternellement. Notre époque n’est pas devenue pour l’Europe seulement une étape intermédiaire, elle couronne ses réussites, et en écrit l’épilogue. Oui, nous vivons dans cette « période épique », mais il n’y aura pas de suite. Quelque chose d’autre prendra la relève.

Comment ce processus se déroulera-t-il ? La nouvelle époque dépendra de nous également, du peuple d’Israël. Que faire, tout dans ce monde est en rapport avec les Juifs.

La base juive

« Nous avons besoin de la solidarité avec Israël, – a dit le président de la Tchéquie Milos Zeman, devant les parlementaires de la Knesset. – En trahissant Israël, nous nous trahissons nous même ».

L’Europe semblait être au sommet de la perfection, au seuil de l’unité totale, mais quelques années seulement ont passé, et elle est obligée de réfléchir sur les raisons de son fiasco. Et cela l’amène, de manière inconsciente, à nous, à ceux à partir de qui tout a commencé.

Des personnes qui partagent l’avis de Zeman, il y en a trop peu. Tout comme des milliers d’années en arrière, les Européens ne reconnaissent pas les sources de leur civilisation, ne comprennent pas le rôle de la population juive et… n’aiment pas les Juifs. L’esprit antisémite grandit partout dans l’ancien monde. Les menaces ne cessent de s’accroitre et elles ne proviennent pas seulement des musulmans, bien loin de là. En ce qui concerne la politique européenne à l’égard d’Israël, elle a au moins le mérite de ne pas en être encore au BDS.

Comme Zeman, soyons francs : l’Europe en vient progressivement à la conclusion habituelle que nous sommes à l’origine de ses malheurs. Un jour, elle le dira tout haut, sans gêne aucune, et créera les conditions pour une nouvelle Shoah.

Qu’est-ce que nous n’avons pas fait pour elle ? Pourquoi en revenons-nous au point de départ ? Est-ce qu’on peut empêcher ce processus ?

Oui, répond la kabbale. On peut et on doit. Depuis deux mille ans nous endurons la chute spirituelle la plus éprouvante de notre histoire. C’est pourquoi nous n’avons pas pu donner l’essentiel à l’Europe qu’est la compréhension de la véritable unité. Notre message sur ce thème, l’Europe persistait à ne pas le comprendre, elle le défigurait, le mettait en pratique pour nuire. L’Union européenne ne fait pas exception non plus, à l’heure où elle passe par la prise de conscience de ses propres maux.

Avant que les Juifs ne soient à nouveau montrés du doigt, il faut prendre des mesures.

Non, nous ne pouvons pas expliquer aux Européens combien ils font fausse route. En nous regardant, ils sentent qu’ils sont dans le bon droit qui, sans équivoque, les amène à penser que les Juifs sont « coupables » du fait de leur judéité. C’est ancré dans le subconscient, dans le bagage spirituel des générations. Toute l’histoire de l’Europe est imprégnée de cette haine. Nous les avons trahis et, sans comprendre ni le comment ni le pourquoi, ils ne nous écouteront pas.

Pourtant, nous pouvons leur montrer ce dont ils ont véritablement besoin : d’une unité qui rassemble tous les hommes, sans perdants. Une authentique prospérité sans avoir à payer pour la naïveté. Lorsque les peuples le verront de manière criante, le jugement dans leur cœur sera changé en espérance. Ils sentiront qu’il vaut la peine de s’accrocher à nous, de nous suivre, parce que nous avons la base spirituelle qui permettra de sauver tous.

Oui, nous-mêmes, nous n’avons pas conscience de cette capacité que la kabbale met à notre disposition. En deux millénaires, nous l’avons complètement oubliée. Le temps est venu de nous en souvenir. Ce n’est pas seulement une science, elle est ce qui nous relie pour former un seul et même tout, elle est notre base – inébranlable, à la différence de celle de l’Europe. Grace à elle, nous nous renouvellerons et nous occuperons notre place dans le monde. Grâce à elle, l’adieu à la vieille Europe sera le prologue à la véritable unité.

About the Author
Michael Laitman est Professeur en Ontologie, PhD en Philosophie et Kabbale, et MSc en Biocybernétique Médicale. Il était le disciple le plus notoire du kabbaliste, Rav Baruch Ashlag (le RABASH). Prof. Laitman a écrit plus de 40 livres, traduits dans une douzaine de langues; il est le fondateur et le président de l'Institut ARI, et il est un conférencier recherché. Son dernier livre, "Comme une Gerbe de Blé: pourquoi l'unité et la garantie mutuelle sont-elles à l'ordre du jour", explique la racine, la cause et la solution à l'antisémitisme.
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