L’enjeu de notre siècle, stopper les épidémies

Le marché vide du Carmel à Tel Aviv le 24 mars 2020, suite aux ordres du gouvernement de fermer tous les bars, restaurants, centres commerciaux et marchés afin de contenir la propagation du coronavirus. Photo de Miriam Alster / Flash90
Le marché vide du Carmel à Tel Aviv le 24 mars 2020, suite aux ordres du gouvernement de fermer tous les bars, restaurants, centres commerciaux et marchés afin de contenir la propagation du coronavirus. Photo de Miriam Alster / Flash90

«On ne peut pas comprendre les processus historiques sans prendre en compte les virus et les pandémies, les facteurs écologiques et les animaux sauvages. Toute cette pandémie a débuté par une chauve souris… qui a changé le cours de l’histoire. » Yuval Noah Harari

Nous dépensons toutes nos énergies uniquement en faveur de la seule obsession qui est d’enrayer l’épidémie du coronavirus, mais que va-t-on faire ensuite ? Attendre la prochaine ?

Et si nous gardions des forces pour nous concentrer tout de même sur la racine du problème et le résoudre à sa source ? Entre autres en mettant fin aux géants incubateurs à virus que sont les élevages d’animaux et commerces d’animaux sauvages en tout genre.

Nous le savons, le Covid 19 est le début d’une longue série d’épidémies.

Si nous n’agissons pas, lorsque la prochaine épidémie, qui sera beaucoup plus grave, arrivera, le Covid 19 prendra soudain l’allure d’un petit épisode anecdotique. Il semble pourtant être un avertissement que nous aurons refusé de voir.

Selon Yuval Noah Harari, si nous ne sommes pas capables d’agir pour mettre fin à cette dérive c’est parce que nous sommes devenus incapables de coopérer entre nous.

Ce qui permis à l’humain de se différencier des autres êtres vivants et d’être l’espèce dominante est sa capacité à communiquer à très grande échelle avec ses pairs et de créer une coopération entre eux grâce à des récits ou des idées abstraites auxquelles ils vont croire et qui leur permettront de suivre un but commun.

Le grand danger, ce n’est pas le virus. C’est le fait que l’humanité elle-même ne coopère pas. (…) Nous avons la connaissance scientifique, le pouvoir technologique pour surmonter la pandémie. Le problème ne relève pas des connaissances. Nous n’avons pas la sagesse pour utiliser tout ce pouvoir dans la bonne direction. (…) Si nous réagissons en générant de la haine, de l’ignorance et de la rapacité, à ce moment-là, il sera beaucoup plus difficile de s’occuper du virus. Cela va créer un monde violent, désuni et très appauvri.  » Yuval Noah Harari

Il évoque aussi la gestion des politiques israéliens de ces dernières décennies s’appliquant à diviser pour mieux régner.

Non pas que cet état de fait soit particulièrement propre à Israël mais nous pouvons utiliser l’exemple de la crise politique israélienne pour illustrer un problème qui se propage au niveau mondial.

Le spectacle du rassemblement de foule à Jérusalem pour l’enterrement d’un grand rabbin en pleine crise sanitaire, qui a rendu les forces de police impuissantes à faire respecter la loi, est un excellent exemple de perte de contrôle des citoyens qui ne se sentent plus du tout partie prenante de la société dans laquelle ils vivent pourtant.

Les différents groupes, poussés depuis trop longtemps chacun dans leur communautarisme égoïste, maintenus par la peur de perdre leurs privilèges, ne sont plus capables de faire bloc pour vaincre un problème société grave.

Si le blocage politique auquel nous assistons depuis un an et demi en Israël n’est pas prêt de prendre fin, c’est justement car les différents groupes et communautés sont persuadés que voter à nouveau pour les mêmes dirigeants leur garantiront la durabilité de leurs acquis, ceci sans tenir compte évidemment des conséquences sur le reste de la société puisqu’ils ne réfléchissent plus en termes de société mais en terme de groupes.

Les scissions déjà existantes s’aggravent au moment où la société devrait s’unir pour faire face à la crise sanitaire.

Nous assistons à la fin de la confiance du peuple envers son gouvernement. Ce fait n’est évidemment pas dû au virus, mais à la stratégie politique qui depuis trop longtemps encourage les divisions et détruit la solidarité au sein de la société israélienne. Ainsi ces politiques ont créé de la haine entre les différentes parties de la société israélienne pour que leurs électeurs se sentent menacés et craignent tout changement politique et tout nouveau dirigeant. La perte de confiance se diffuse partout, envers les médias, les universitaires, les scientifiques, la police, et évidement aussi les citoyens les uns envers les autres.

« Pour surmonter une crise la coopération de la population est nécessaire et ces politiciens ont créé une situation où nous ne pouvons plus avoir cette coopération. » Yuval Noah Harari

Nous sommes les acteurs de notre présent et les constructeurs de notre futur, rien n’est perdu, rien n’est jamais trop tard pour changer la société, pour réformer, pour changer de voie et cesser les abominations écologiques qui vont bientôt nous coûter très chers en termes de désastre humain et environnemental.

Cesser de traiter les animaux comme des machines à produire, car si les virus sont vivants ils peuvent être véhiculés seulement par des êtres vivants et transmis entre eux (humains et animaux).

Nous espérions une prise de conscience face à la maltraitance animale et les conditions sanitaires intolérables que nous leur infligeons, les répercussions écologiques et sanitaires ne faisaient déjà aucun doute, mais cette épidémie marque un tournant.

Nous espérions une prise de conscience spirituelle sur la nécessité de s’unir et d’être solidaire, l’épidémie du Covid 19 a tué nos illusions.

Nous espérions des gouvernements forts qui en situation d’urgence grave puissent riposter avec stratégie, intelligence, savoir-faire et cohésion avec des programmes déjà prévus à mettre en application au moment décisif.

Nous espérions être protégés en cas de crise grave par nos pays respectifs et être traités avec respect et humanité, pourtant nos malades sont morts seuls dans la froideur d’un couloir ou au mieux une chambre d’hôpital vide.

Nous espérions tellement de choses. L’union, la solidarité, la bienveillance, l’amour du prochain, une l’élévation spirituelle mais finalement la dynamique de division fut trop installée et tout devient prétexte à l’opposition.

Mais l’espoir n’est pas éteint, car comme le dit Yuval Noah Harari, tous les grands changements de société marquants se sont toujours faits progressivement sur une assez longue durée, espérons alors que nous avancerons tout de même vers une voix qui laissera la place à la paix, l’amour, la bienveillance et le respect du vivant.

Pour un monde qui adoptera enfin un comportement éthique digne de notre civilisation, une humanité qui choisira de respecter la vie et la condition de toutes créatures vivantes pour préserver sa propre survie.

Les crises écologiques à venir et l’arrivée de technologies de ruptures comme l’intelligence artificielle vont désorganiser et changer l’ordre de nos priorités, notre économie et l’ensemble de nos systèmes.

A nous de savoir quelles cartes tirer, quelle éthique adopter et quelle voie emprunter pour que notre humanité garde la main sur ses valeurs.

L’Invité(e) des Matins : Yuval Noah Harari : « Nous sommes juste une espèce de singe »

 

à propos de l'auteur
Karine est parisienne d’origine, mère de 4 enfants et a fait son alyah en 2016. Active et engagée dans le monde associatif dans plusieurs domaines de société, le handicap, l’éducation et le véganisme en France et en Israël, elle publie des chroniques dans plusieurs magazines en ligne sur ces sujets. Elle est aussi co-fondatrice de la plateforme de réflexion Hashiva, think thank francophone israélien, thérapeute holistique, naturopathe, sophrologue et titulaire d’un master en sciences humaines.
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